Chambre froide

14 Sep

chambre-froide-big

Qu’on le veuille ou non, il faut rendre aux grandes salles parisiennes ce qui appartient aux grandes salles parisiennes : elles ont l’art de produire des spectacles magnifiques. Et avec Chambre Froide, la Pépinière, qui m’avait déjà permis entre autres de découvrir le cercle des illusionnistes, ne fait pas défaut. Tout commence donc dans cette magnifique cuisine géante d’un blanc immaculé, qui pourrait à elle seule susciter de multiples vocations de décorateur de théâtre (et la jalousie de tous les Parisiens dont l’appartement tout entier n’égale pas les dimensions de cette pièce…).

Trois femmes y sont réunies, à l’occasion du dîner mensuel qui réunit depuis le lycée 4 couples mariés dont l’un est absent ce soir-là. Toute ressemblance avec Desperate Housewives est apparemment revendiquée par Sally Micaleff qui assure la mise en scène. Après le repas, le rituel veut que les femmes passent à la cuisine tandis que les hommes jouent au mini-golf dans le salon de cette demeure que l’on imagine ainsi d’une taille conséquente. Des couples huppés de la bonne société américaine, en quelque sorte.

C’est dans ce cadre des plus glamours que nous découvrons donc Nicky, la maîtresse de maison, éditrice à succès, Molly, femme oisive noyée sous les messages et déclarations d’amour de son époux, et Débra, reine du lycée et étudiante brillante qui ne vit plus que pour son mari. Des apparences de bonheur que leurs discussions ne vont pas tarder à fissurer. La mari de Nicky est en effet accusé de corruption et lui intime de quitter son job et revendre ses parts pour le sauver. Molly est en fait la proie d’un mari possessif qui la surveille nuit et jour et lui refuse l’enfant dont elle rêve depuis plus de 15 ans. Quant à Debra, celle dont le masque tient le plus solidement, elle est totalement négligée par un homme à la carrière d’agent immobilier raté, qui l’a en plus séparée de son fils en l’expédiant en pension et n’a pour s’occuper que sa maison qu’elle risque de perdre.

Si dans un premier temps, les mesquineries féminines fusent, la pièce et la relation entre ces trois femmes prennent un tout autre tour lorsqu’elles découvrent que leurs maris se sent enfermés tous seuls dans la chambre froide récemment aménagée par le propriétaire des lieux pour y stocker les volailles et animaux qu’il va chasser. Et si cet accident était l’occasion de se libérer de l’emprise de leurs bourreaux ? Tout se joue dès lors sur la décision de les libérer ou non avant congélation complète.

Magnifiquement portée par les trois comédiennes Pascale Arbillot, Anne Charrier et Valérie Karsenti, ce huis clos alterne humour et cynisme pour mieux nous interroger sur toutes les questions du couple, de ce que l’on doit ou pas sacrifier pour l’autre, de l’égoïsme, de la présence encore vive des clichés paternalistes, de ce que l’amour peut et ne peut pas. Et puis aussi de la peur, du frisson, de l’envie, des possibilités, de la responsabilité, et bien d’autres choses encore. Avec une intelligence égale de l’écriture et de l’interprétation. Et une question qui restera sans réponse : dans la même situation, que ferait-on ?

Si vous aimez les spectacles rythmés, où tout est parfait, avec du suspense et qui donnent à rire et à réfléchir, cette pièce est faite pour vous. Si vous aimez les belles cuisines aussi. Dans le cas contraire, je ne peux rien faire pour vous convaincre, hélas.

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