Je ne serai plus jamais vieille

7 Oct

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Lorsque la très charmante Laetitia m’a proposé de découvrir cette pièce, j’ai dit oui d’office, certaine pour la connaître un peu qu’elle ne recommanderait pas un spectacle sans que la qualité d’une part et la force du message d’autre part soient au rendez-vous. Je me suis ensuite rendue sur la page du théâtre qui contenait le pitch, j’y ai vu seulement que la pièce traitait de harcèlement moral. Je pensais voir une pièce sur une femme victime de cela au travail. J’étais très loin du sujet.

La pièce parle d’une femme, Adèle, que son mari a progressivement enfermée. Jadis brillante et pétillante, elle est assignée à résidence et coupée de toute vie sociale propre. Elle ne paraît en public qu’avec lui et lorsqu’il le décide. Le reste du temps, elle reste sur le rocking chair qu’il lui a assigné à penser au passé et à tenter de ne pas penser au présent. Et le lundi, Luba, la femme de ménage, vient faire la poussière. Adèle s’énerve souvent contre Luba. Elle lui retourne sa rage intérieure, celle de cette femme en elle qui n’arrive pas à se révolter. La poussière sert d’exutoire face à ce qu’Adèle refuse d’admettre, cet emprisonnement qui la tue à petit feu.

Il est dur d’admettre que votre mari vous a tout pris lorsque vous l’aimez et encore plus sans doute que vous l’avez laissé faire. C’est ce qui s’est passé avec Guillaume : commençant par conseiller Adèle sur sa tenue vestimentaire, il l’a progressivement fait renoncer à ses projets professionnels qui la rendaient plus appréciée que lui, à toute vie professionnelle également, puis aux sorties, puis simplement à contacter ses amis en lui retirant son téléphone mobile. Et elle est désormais cantonnée à l’attendre, toute la journée, prostrée sur cette chaise. A tenter de rassembler ses idées. A lutter contre cette intuition qu’elle a que ce qu’elle vit n’est pas normal, et contre l’envie de fuir. A trouver des justifications aux actes de son mari (il m’aime, c’est pour mon bien, il a raison). A n’avoir de répit que le lundi lorsqu’elle peut à son tour rendre un peu de la violence qu’elle subit.

Petit à petit donc, on découvre l’ampleur de l’emprise que Guillaume a sur Adèle. Toujours avec pudeur. Le jeu magnifique de Christine Citti, tout en douceur, pondère la dureté de la situation de cette femme. Avec, seule chose qui m’a gênée, une distance parfois trop forte. Sans doute par excès de prudence dans l’écriture. Fabienne Périneau, l’auteur, a, et cela n’engage que moi, pris une distance avec ce qui paraît indicible, que j’ai souvent trouvée dommageable. Même si certains passages en disent plus long sur la violence physique, il manque ces éléments centraux sur le mécanisme atroce qui a amené cette femme intelligente et pétillante à passer docilement sous la coupe de son bourreau. La sincérité du jeu de Christine Citti, sa force aussi, ne pallient pas entièrement ce seul point négatif de l’ensemble.

Parce que la performance de la comédienne est impressionnante, et que les faits dénoncés ici sont trop peu mis sur le devant de la scène. Beaucoup de femmes vivent hélas des tragédies similaires à celle dénoncée ici de façon exacerbée, sans doute des hommes ici. Cette tragédie de se perdre parce que l’autre veut avoir tout pouvoir, de vivre dans l’enfermement conjugal là où on aspirait à la liberté qu’offre l’amour. Et à ce cheminement si long, parfois infaisable, pour reprendre les rênes de son existence. Adèle y parviendra-t-elle ou non et comment ? Si vous voulez le savoir, il ne vous reste qu’à prendre votre billet ou espérer que le texte soit publié.

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