Au naturel

12 Oct
PERS024

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Souvent j’entends dire que lorsque l’on chasse le naturel, il revient au galop. Nonobstant le fait que mon naturel ne semble pas se promener à dos de cheval et le vôtre sans doute pas davantage, ce dicton encore populaire (et ce malgré le caractère désuet des dictons en général, et de celui-ci en particulier) me semble avoir fait son temps et mériter amplement un séjour aux oubliettes (elles aussi appartenant à un autre siècle fort éloigné du nôtre). Parce que franchement, sincèrement, qui aujourd’hui ne cherche pas, dans de nombreux domaines, à tout simplement chasser le naturel ?

Commençons par un exemple simple qui concerne davantage les femmes, et, dans un élan de dévotion narcissique, prenons-moi comme sujet de cette illustration. Ma tête le matin au réveil ferait passer Morticia Addams pour une vacancière revenant des Bahamas. Il est donc évident que ce visage naturel ne saurait être montré au commun des mortels. Par conséquent, la crème teintée et la terra cota sont les meilleures amies de mon anti-naturel assumé. Ils semblent avoir eux-même adopté des amis répondant aux doux noms de blush et gloss.

Une autre grande tendance naturelle consisterait à sélectionner pour ses repas des aliments riches en goût mais en même temps en matières grasses et/ou en glucides. Le monde étant mal fait et notre corps aussi, ces aliments ont tendance à nous faire grandir en largeur, contrairement à la soupe. Conséquence de tout cela, il est absolument inenvisageable de laisser nos penchants premiers prendre le dessus sur nos mensurations. Un point pour le chou braisé, zéro pour cette assiette de charcuterie, la beauté est artifice et sacrifice.

Pour ceux ayant un travail ou étant étudiants, ou cherchant un travail, bref tous ceux qui occupent leurs journées autrement qu’en loisirs ou en dévotion à leur famille, le naturel n’a pas non plus cours en présence des figures d’autorité managériales, professorales ou recruteuriales (ce mot existera un jour, je ne fais qu’anticiper). A échéances régulières, ces personnes dont dépend votre avenir professionnel expriment des idées au moins un peu déconnectées du réel, si ce n’est aberrantes, et qu’elles attendent que vous approuviez. Or intérieurement, vous êtes en train de dérouler l’intégralité de la discussion qui se tiendrait si vous laissiez votre naturel parler (cette discussion allant , en termes presque politiquement corrects, de « mais arrêtez avec vos conneries » à « vous êtes le pire des avortons incompétents et méchants qu’il l’ait été donné de rencontrer, vous devriez vous rentrer cette idée au même endroit que votre balai »). Ayant conscience qu’il serait fort inopportun de laisser libre cours à votre fraîche spontanéité, vous noyez le poisson et réprimez votre rage avant d’aller l’évacuer ailleurs.

Mais foin de sujets qui fâchent un dimanche soir, et parlons désormais de ce lieu où le naturel est le plus malmené, je veux parler de la séduction. Car malgré toutes les bêtises que l’on vous dira sur les vertus du charme naturel, monsieur attire peu l’œil de mademoiselle en jogging trois bandes (oui, mes références naturelles datent bien du siècle dernier) et mademoiselle celui de monsieur en baggy (vous pourrez objecter à raison que ces vêtements très particuliers n’attirent pas naturellement le plus grand nombre, il me fallait cependant des exemples qui marquent un peu les esprits, j’ai choisi les premiers qui me sont venus sans réfléchir). Bref, là encore, dans l’espoir de faire effet sur la proie non cible non toujours pas personne suscitant son intérêt, chacun va mettre un soin particulier à enjoliver son style naturel. Mais au-delà de l’aspect vestimentaire, c’est dans les discours que l’on va mentir enjoliver le plus . Parce qu’il apparaît, après un long tour de table, que moins on en dit sur soi, plus l’on plaît (ce qui est paradoxal dans la mesure où les deux parties souhaitent être appréciées dans leur entièreté et commencent à cette fin par dissimuler ce qui la compose, mais passons là sur ce questionnement philosophique de mauvais aloi et concentrons-nous sur la beauté du personnalité-bâchage, lequel n’a rien à voir avec le caractère-bashing). Le jeu (situé sur l’échelle du gaming plus près du jeu de mains que du trivial poursuit) impose donc d’en révéler peu mais uniquement ce qui est suffisamment flatteur ET non flagrant (sinon ce ne serait pas la peine de le dire, cela se verrait) pour s’attirer les faveurs de l’autre. Un peu comme transformer un Monet en Van Gogh dans l’espoir d’aller admirer les meules de foin (alors qu’il est de notoriété publique que les jardins de Giverny offrent un cadre plus vif, coloré, et surtout confortable pour les pauses printanières). Cette technique semble ainsi fonctionner autant que la fameuse crème teintée rehaussée de blush évoquée il y a quelques lignes. Et pourtant, dans un cas comme dans l’autre, au premier passage sous l’eau, l’éclat de la poudre aux yeux disparaîtra.

Chassez le naturel, donc, et il reviendra se venger…

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