Deuxième rendez-vous

9 Déc

Lisbonne (346)

Elle était à la terrasse du café où ils s’étaient donné rendez-vous. Elle avait beaucoup d’avance et pas réellement envie de flâner de rue en rue. Aussi s’était-elle assise là, en l’attendant, lui qui faisait battre son cœur. C’était la deuxième fois qu’elle le voyait en tête à tête. Elle avait l’impression de redevenir adolescente. Le cœur qui bat la chamade, le trac du comédien avant de rentrer en scène, le besoin presque compulsif de regarder si elle n’avait pas une mèche en épi ou une miette coincée entre les dents. Toutes ces sensations plus où moins agréables qui mêlent l’ivresse des promesses et la peur de la détresse.

Elle regardait un couple attablé non loin de là, des étudiants sans doute. Le jeune homme dévorait des yeux la demoiselle presque semblable à une poupée de porcelaine. Ils semblaient heureux, insouciants. Elle aurait aimé être dans une bulle comme celle-ci, à dévorer des yeux celui qu’elle devait retrouver. Qui sait, la soirée finirait peut-être ainsi. Les mains jointes, les regards appuyés, les sourires qui n’en finissent pas. Mais avant, il faudrait arriver à maintenir ce naturel et cette simplicité de 8 jours avant, lorsqu’ils s’étaient promenés sans y penser durant 3 heures, devisant gaiement.

Mille pensées lui traversaient l’esprit en ces instants. Elle s’en voulait d’accorder de l’importance à ce rendez-vous. Et puis les conseils de ses amis bien intentionnés lui revenaient en mémoire : « sois plus ceci », « sois moins comme cela », « surtout n’en dis pas trop », « valorise-le », « habille-toi sexy mais pas trop », « oriente la conversation sur tel sujet », ces avis éclairés finissant bien évidemment par « enfin je te dis ça, mais l’important, c’est que tu sois naturelle ». Elle avait choisi de n’écouter que cette dernière phrase mais avait tout de même accordé plus de poids qu’elle ne l’aurait voulu aux phrases qui précédaient. Au fond, tout ce rituel des premiers rendez-vous lui semblait à la fois vain et cruel. Se jauger, se juger, se dévoiler mais en laissant une part de mystère planer, attendre un signe les yeux rivés sur son téléphone, ne plus y tenir, envoyer un message, ré-attendre les yeux rivés sur son téléphone, se revoir, ne pas se revoir, plaire puis ne plus plaire ou l’inverse, marquer son territoire, ne pas empiéter sur le sien, cet éternel recommencement, dans le seul but de s’oublier dans le regard de l’autre. L’envie lui prit d’écrire pour se détendre. Elle aimait cela, coucher sur le papier ses impressions sur les lieux où elle se trouvait, imaginer l’histoire des gens qu’elle croisait de façon fugace. Elle choisit cette fois de s’inspirer de deux hommes cravatés à une table d’écart, les décrivant en train de s’arranger sur un contrat de prime importance et en oublia ce qui l’entourait.

Elle ne le vit donc pas arriver. Et la voyant concentrée, il choisit d’abord de ne pas s’approcher. Il était en avance lui aussi, et la voir concentrée ainsi, relevant de temps à autre la tête en mordillant son crayon l’amusait. D’autant plus qu’elle semblait ne rien voir autour. Sauf ces deux hommes en cravate. Etait-il possible qu’elle leur trouve du charme ? Il se rembrunit un peu à cette idée. Lui aussi avait la tête farcie de questions. Il choisit de s’approcher discrètement. Tellement discrètement qu’elle sursauta et renversa son verre sur lui et sur le carnet. Au moins, sa maladresse naturelle était dévoilée, elle restait fidèle au principe fixé. Le voyant confus, hésitant entre sécher le carnet et nettoyer son pantalon, elle ne put réprimer son rire devant ce début de rendez-vous raté. Bien que se sentant ridicule, lui aussi se mit à rire. Il s’excusa pour le carnet, elle lui demanda pardon pour son pantalon, ils réparèrent les dégâts tant bien que mal. Et ils enchaînèrent avec bonne humeur sur toutes leurs anecdotes de situations gênantes. En moins d’une demi-heure, ils avaient oublié leurs questions, les conseils reçus. Ils étaient devenus deux complices qui s’amusaient. Elle n’enviait plus les deux étudiants, il ne jalousait plus les hommes à cravates. L’heure était à cette joie partagée, les doutes auraient bien le temps de s’insinuer plus tard.

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2 Réponses to “Deuxième rendez-vous”

  1. Itinérante 9 décembre 2014 à 08:08 #

    C’était beau de lire cela le matin =)

    • plumechocolat 10 décembre 2014 à 12:39 #

      Je te remercie. C’était agréabble de l’écrire le soir 😉

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