Nuits blanches

15 Déc

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Les adaptations de romans sont fréquentes au cinéma, plus rares au théâtre. C’est pourtant le pari de Corinne Atlan, qui a choisi de transformer en monologue pour les planches le livre « Sommeil » du désormais célèbre Haruki Murakami (je dis célèbre parce qu’il est prolixe et que ses bouquins semblent se vendre mieux que les dernières baguettes à l’heure de la fermeture de la boulangerie, mais j’avoue ne jamais avoir ouvert un de ses ouvrages). Ne connaissant l’auteur que de nom, je ne peux absolument pas renseigner les puristes sur la fidélité au texte original (j’ai déjà dû vérifier trois fois que je ne m’étais pas plantée dans l’orthographe du prénom et du nom, soyez donc indulgents envers ma culture littéraire).

L’on y voit donc apparaître une femme dans un décor à la fois moderne et qui cherche à évoquer le Japon avec de grandes tentures peintes, mais qui pourrait être n’importe quelle femme de la classe moyenne aisée de n’importe quel pays déjà émergé. Mariée depuis plusieurs années à un dentiste et mère d’un petit garçon, elle commence par exposer sa vie si simple, avec beaucoup d’humour et en même temps beaucoup de détachement. Prendre le petit déjeuner en famille, regarder ses deux hommes partir dans une routine savamment orchestrée, cuisiner le repas du soir, accueillir son mari pour le déjeuner avec les restes de la veille ou des nouilles de riz, finir le repas et le ménage, accueillir son fils, dîner, coucher son fils, se retrouver avec son mari. Une vie sans fantaisie mais qui semble agréable. Une vie qui d’ailleurs lui a toujours plu.

Jusqu’au jour où cette femme perd le sommeil. Victime d’un cauchemar très onirique, elle se réveille à minuit et demie une première fois pour ne plus dormir pendant 17 nuits, au moment où elle raconte son histoire. D’abord simplement troublée par son cauchemar, elle se sert un verre d’alcool puis se remet à lire. Activité qu’elle ne preatiquait plus depuis des années. Des heures entières, elle redécouvre Anna Karénine, et surtout de ne penser à rien ni à personne, d’avoir ce loisir de se créer son univers.

A partir de ce jour, si elle reste extérieurement la même, se pliant aux mêmes règles avec son entourage, elle est intérieurement chamboulée. On la voit ne plus se reconnaître dans cette vie qui hier semblait la combler. Trouver sa famille totalement ennuyeuse et sa vie dénuée de sens. Seules comptent ces nuits qui lui sont désormais offertes et qui permettent à sa pensée de se développer. Qui lui laissent aussi le temps de se noyer dans les volumes de sa bibliothèque. De déguster du chocolat alors que son mari a plus ou moins banni cet aliment du foyer. Ses interrogations font bien sûr écho à des réflexions entendues ça et là sur ce qui meut une personne, sur le modèle de la famille nucléaire, et autres débats classiques. Mais le texte est avant tout centré sur cette femme qui ne cherche pas à se rebeller ni à changer de vie, mais accueille juste l’opportunité offerte par ses nuits blanches (ne pas chercher de réalisme biologique dans son absence de fatigue ni sa capacité à rester debout, il n’y en a aucune). Nathalie Richard incarne cette femme durant une heure, avec, on le sent, beaucoup d’amusement. L’interprétation pleine de légèreté pour un texte pourtant dense laisse apparaître une forme de jubilation devant cette capacité à « rêver éveillée ». On sent ainsi beaucoup de finesse et un travail réussi pour donner corps et caractère à cette femme atypique , qui d’apparemment éteinte, prend de plus en plus d’épaisseur. Une belle expérience théâtralo-littéraire.

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Une Réponse to “Nuits blanches”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Faire danser les alligators sur la Flûte de Pan | plumechocolat - 21 décembre 2014

    […] l’Oeuvre pour découvrir deux écrivains dont je ne connaissais rien ou presque. Après les Nuits Blanches d’Haruki Murakami, c’est cette fois Louis-Ferdinand Céline lui-même qui était à […]

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