Faire danser les alligators sur la Flûte de Pan

21 Déc

danser-alligators170

Deux semaines consécutives au Théâtre de l’Oeuvre pour découvrir deux écrivains dont je ne connaissais rien ou presque. Après les Nuits Blanches d’Haruki Murakami, c’est cette fois Louis-Ferdinand Céline lui-même qui était à l’honneur, dans une pièce initialement montée au Théâtre des Déchargeurs et qui fait donc son chemin hors les murs. Je sais, c’est la culture française et je devrais avoir honte. Mais j’avoue ne pas avoir lu « Voyage au bout de la nuit »ni « Mort à crédit », ni les pamphlets du très controversé auteur (et médecin). Pas plus que Proust, Sartre, Gide et Colette, et encore bien d’autres. Que celui qui a vraiment tout lu me jette la première encyclopédie Universalis.

Enfin, que mes amis comme moi ignorants se rassurent, ce spectacle est tout à fait adapté à un public non averti. Il n’en est même que plus passionnant, puisque l’on y arrive vierge de tout présupposé sur celui qui est manifestement connu tout autant pour son génie littéraire que pour ses positions antisémites sous l’Occupation. Et c’est bien ce personnage là que l’on découvre dans un numéro d’acteur totalement époustouflant.

Durant 1h50, en effet, Denis Lavant, qui incarne Céline, nous montre toute la verve du célèbre écrivain, qui livre son bilan juste avant de mourir, en 1961. Dans un spectacle dont le tour de force est d’être composé à plus de 90% des mots de l’auteur, compilés et adaptés par Emile Brami. Ainsi, l’on découvre son talent absolu pour les formules qui font mouche, son humour certes caustique mais inégalable (exemple sans doute mal reformulé : avoir le Goncourt ne m’intéresse absolument pas, mais l’argent qui va avec, ça oui), sa cruauté aussi, envers ceux qu’il méprise. Et puis son perfectionnisme dans l’écriture, son amour des mots qui transparaît dans chaque expression.

Voyant ce personnage à la fois sentimental et totalement isolé, capable de s’auto-critiquer sans ménagement, mais plus sévère encore envers ses contemporains, d’une exigence sans fard qui sans doute a fortement contribué à une certaine radicalité, on ne peut qu’être fasciné. Parce qu’il est entièrement empreint de sa vocation, en arrivant même à une sorte de folie de l’écriture, à la fois maître et esclave de son talent.

Et ce cheminement intellectuel qu’il nous livre, en 1961, juste avant de s’éteindre, est incarné par Denis Lavant avec un brio rare. On le sent entièrement habité par le personnage, dans le corps, dans les tripes, dans l’élocution particulièrement brillante dont il nous gratifie également. Entraînant totalement le public avec lui, le faisant rire aux éclats puis grincer des dents. L’obligeant à être actif du début à la fin, à analyser les propos retranscrits. Montrant que, tout comme celui qu’il incarne, lui aussi est un artiste de génie. Une performance à ne pas manquer.

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