Petit traité de courage

4 Jan

Ecosse 2014 (1029)

Voilà déjà 4 jours que nous avons changé d’année civile et que le monde ne s’en trouve pas pour autant révolutionné. Cette situation était bien évidemment prévisible, aucune annonce particulière n’ayant été faite qui laissait augurer de changements soudains et importants en 2015 (et ce malgré les efforts louables de nombreux chefs d’Etat pour présenter des vœux se voulant optimistes à des citoyens notoirement désabusés, ayant pour la plupart préféré se gaver de foie gras et de champagne plutôt que de les écouter). Et, toutes choses égales par ailleurs, nul ne saurait raisonnablement attendre de vous ou de moi des résolutions sitôt formulées, sitôt oubliées (à plus forte raison lorsque ces engagements très ambitieux ont été pris au moment du digestif, après le champagne, le vin blanc, le vin rouge, et une autre tournée de champagne). Alors, plutôt que de vous pousser à trouver un point d’amélioration pour les 361 jours restants, j’aimerais vous inciter au courage. Et pas spécialement juste pour un an. Plus pour tout le temps.

Littéralement, selon la définition donnée pour une encyclopédie ne répondant ni au nom de labrune, ni au nom de lablonde, le courage est la « fermeté ou force de caractère qui permet d’affronter le danger, la souffrance, les revers, les circonstances difficiles ». Or, fiers coqs français que nous sommes, les difficultés, nous savons bien nous en plaindre. Mais nous placer face à elles et leur donner un grand coup de poing en pleine face nous est un peu moins naturel. Pourtant, ne rêvons-nous pas souvent d’avoir un punching-ball sur lequel nous défouler ? Oui, mais non, mais si, mais ce n’est pas ce qu’on veut dire, allez-vous objecter (tout comme je suis la première à le faire quand un revers survient, préférant de loin les coups droits).

Donc à la prochaine circonstance difficile, objectif bannissement du réflexe pavlovien de blâmer les autres (si vous êtes honnêtes, comme tous ceux qui se sont cassés les dens sur ses bouquins, vous reconnaîtrez que Sartre est imbitable et qu’on peut par conséquent se passer de se réclamer de sa philosophie). Le courageux est celui qui évitera de compter les mauvais points et de trouver qui est le responsable des scories ou de la montagne d’ordures à balayer et se demandera comment retrouver un environnement propre (non, je ne suis pas une militante EELV, je ne suis même pas une recycleuse citoyenne presque parfaite et je ne m’en repens pas, le courage, c’est aussi assumer les convictions que l’on n’a pas). En revanche, le courageux admettra le problème plutôt que de le fuir et d’attendre qu’un manique plus obsédé par la crasse que lui trouve un moyen de se débarasser des saletés quile gênent. En admettant son énervement ou son impuissance, il pourra commencer à la combattre. Vaincre un ennemi que l’on n’a pas nommé rend la bataille compliquée.

Et puisque l’on parle de combattre, le courage requiert certes de la force de caractère, mais aussi des moyens. Pour taper sur un punching-ball, on enfile ses gants de boxe, c’est plus efficace. Pour nettoyer la crasse, on prend un balai, une serpillère et du produit désinfectant. Et éventuellement, on demande de l’aide, par exemple celle d’une benne à ordures pour emmener l’objet de notre contrariété très très loin. Parfois, souvent même, on est tentés de vouloir tout faire seul, quitte à devoir effectuer 15 trajets avec notre petite Polo. Mais le courage, c’est aussi de reconnaître que d’autres seront plus efficaces, et qu’on a besoin d’eux. Souvent, cela nécessite de mettre un coup de poing à ce monsieur Parfait ou à cette madame JeSuisForte au-dedans de nous, et de montrer un peu d’humilité (et l’humilité faisant partie de la perfection et pouvant contribuer à faire grandir sa force, il serait dommage de s’en piver) et ce n’est souvent pas la moindre des difficultés. Parce que souvent, c’est là que le courage fait mal. Solliciter de l’aide, reconnaître qu’on s’est trompé quand c’est le cas et qu’on ne peut pas les réparer seuls. Parfois même aller voir spontanément la ou les victime(s) collatérale(s) de l’erreur et assumer plutôt que de fuir en attendant qu’elle(s) en fasse(nt) la découverte et arrive(nt) à passer outre (ce temps pouvant ne jamais prendre fin, à vos risques et périls donc).

Et puis vient enfin le temps de l’action. Plan d’attaque en main, le courage nécessite d’atteindre le but, même si des imprévus surviennent. Le courage va souvent aussi de pair avec le dé-courage-ment, l’envie de laisser tomber. C’est le moment de relancer les dés, et d’envoyer le désespoir ad patres en lui disant qu’il ment (vous admirerez, je l’espère, le courage dont j’ai fait preuve pour défier Raymond Devos sur deux phrases). Et l’on s’aperçoit souvent à cette étape que notre volonté farouche est beaucoup plus résistante que du diamant brut (et les diamants sont les meilleurs amis des femmes, on le sait, et en effet ça n’a rien à voir avec le sujet quoi que si on creuse un peu, être le meilleur ami d’une femme vaut le coup de se surpasser un peu). Et que la satisfaction qui découle de la poursuite de la bataille et de la victoire est aussi vive que l’admiration que l’on éprouve face à un diamant bien taillé.

Une fois notre bravoure prouvée, il ne reste alors qu’à arborer avec fierté le joyau loyalement gagné… jusqu’à ce qu’un tiers ait le courage de nous faire redescendre sur terre.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

amenaviguante

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Broute le gazon

mais souris pas ! t'en as sur les dents !

cylklique

Des images... et des mots

rienaredire

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Chroniques erratiques d'une emmerdeuse

Wandering City et tout le reste

Les confidences extraordinaires du Professeur Bang

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

#EtaleTaCulture – La Culture Générale pour briller en société

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

%d blogueurs aiment cette page :