La paille, la poutre, et l’aiguille dans la botte à son pied

25 Jan

Parfois, la vie ressemble un peu à un oscilloscope cathodique déficient avec des ondulations totalement incohérentes et beaucoup trop nombreuses. Depuis le mois de septembre, c’est peu ou prou le sentiment que j’ai à l’égard de la mienne. Trop de choses à gérer tout le temps et pas souvent les pauses nécessaires pour prendre un peu de recul. Néanmoins, au milieu des évènements qui se succédaient, j’ai tenté de réfléchir à ma vie amoureuse. Parce qu’entre les « tu es jeune, tu as bien le temps » (eh oui, même au 21ème siècle, les gens ne comprennent pas que le désir d’être en couple n’est pas qu’une question de temps de vie restant), et les « si tu veux des enfants, il faudrait que tu songes à te caser » (les mêmes gens, au 21ème siècle, ne se disent pas que peut-être qu’on y songe mais que les pensées ne donnent rien, et qu’on peut aussi ne pas être obsédée par sa date de « péremption » niveau maternité), il est parfois nécessaire de se demander où l’on en est. Ou plutôt pourquoi on est là. Personne ne l’avoue vraiment, mais tout le monde le fait, c’est ainsi quasiment depuis que le monde est monde.

Pour autant, se demander seule n’est pas forcément d’une grande évidence, parce que l’on n’a sur soi que son propre regard et qu’il manque d’extériorité. J’ai donc, sciemment pour une fois, interrogé des personnes que je connaissais plus ou moins bien, sur ce qui, à leurs yeux, pouvait faire obstacle à mon « casage » en bonne et dûe forme. Autant mettre les choses au clair tout de suite, il n’est ressorti de cette « opération vérité » aucune illumination géniale. Et si j’avais écouté tout ce qui m’a été dit, je serais sans doute atteinte d’au moins 5 psychopathologies notoires. Je tiens aussi à prévenir mes lecteurs les plus curieux qu’ils ne bénéficieront pas d’informations détaillées sur les conseils plus ou moins avisés que j’ai pu recevoir de ça et de là.

Après ces non révélations dont je perçois bien le caractère totalement déceptif, il est tout de même temps de vous parler un peu de ce que j’ai pu ressortir de cette « expérience » de se placer sous le jugement de personnes qui me connaissent au moins à peu près correctement. D’abord, ce qui est le plus frappant, c’est l’énorme tendance de beaucoup à projeter leurs idéaux sur les autres. Certes, le phénomène n’est pas nouveau, mais il fausse considérablement l’avis donné. Sur ce point, la question de la volonté de construire une relation durable est particulièrement emblématique. Beaucoup de personnes aujourd’hui, pour des raisons propres à chacune d’elles, ne souhaitent pas s’engager sur la durée. Je suis de celles qui n’apprécient guère l’éphémère, quelle que soit la nature des relations. A mon sens, on peut s’adresser à l’autre en tenant compte de cette dimension. Et j’ai rencontré dans plusieurs cas une volonté farouche de me convaincre de « rentrer dans le moule ». Sans aucune méchanceté, mais sans argument non plus susceptible de me convaincre des avantages de ce moule. J’avoue avoir décliné poliment les incitations à découvrir les joies de la « légèreté ». Il ne s’agit pas de refuser l’échec et de s’empêcher de prendre le risque de la réussite, juste de ne pas le faire avec ceux qui n’ont pas pour objectif de réussir.

Autre point qui m’a interpellée, la prédominance de la forme sur le fond. Souvent, avec les meilleures intentions du monde, les amis ou bonnes connaissances avec lesquels j’abordais le sujet ne parlaient pas ou peu de questions de personnalité. Je conçois la difficulté de l’exercice et la possible impression de marcher sur des œufs. Cependant, si l’on pose une question, c’est que l’on est prêt à entendre la réponse. Et si on ne l’est pas, on ne peut s’en prendre qu’à soi-même (je ne m’en suis d’ailleurs parfois prise qu’à moi-même après avoir reçu certaines remarques, je le reconnais). Or, dans la plupart des cas, la question de la relation amoureuse semble se cantonner à ce qui se passe en surface. Susciter l’envie de la relation consisterait donc à se plier à des codes. Quitte à tricher sur qui l’on est. Là aussi, j’entends bien que susciter l’envie de vous connaitre en tirant une tête de 6 pieds de long est difficile. Mais cela n’implique pas de se transformer en un autre personnage (le théâtre est là pour ça, ne confondons pas). La plupart du temps, la relecture des propos consistait ainsi en une intimation à rester naturelle mais en ayant préalablement forcé sur le maquillage et été se documenter de façon détaillée sur les passions de l’autre.

Enfin, je dirais que ce qui me marque le plus lorsque j’interroge les autres, c’est l’absence de vision de la relation amoureuse comme un lieu de réciprocité. Sans parler d’équilibre ou de gagnant-gagnant puisque l’amour n’est pas un calcul entre ce que l’on donne ou ce que l’on reçoit, à aucun moment quasiment, il n’a été question d’être attentive à ce que les hommes que je pourrais rencontrer auraient à m’offrir. Il était essentiellement question d’être à l’écoute, disponible, de se comporter comme ceci ou comme cela, de prendre son mal en patience si l’on n’a plus de nouvelles quelques temps. Mais je n’ai pas souvenir, et pourtant j’ai retourné les conversations dans ma tête, que l’on ait su me présenter la relation amoureuse comme un lieu où l’autre nous nourrit. On a cherché à m’apprendre à rendre un homme désireux de rester en ma compagnie, pas cherchant à bâtir l’avenir à deux. J’ai fini par trouver ces échanges tristes. Pas tristes me concernant, mais tristes par ce qu’ils traduisent d’un manque d’élan des uns vers les autres. D’un manque de volonté de grandeur.

De ces quelques semaines passées à questionner les autres, j’ai ressorti plus d’interrogations que de réponses. Une forme de déception aussi d’une ambition trop petite au regard de la grandeur qu’il peut y avoir quand deux êtres décident de s’aimer. Aujourd’hui, je laisse reposer tout ce que j’ai entendu et tout ce que j’en ai pensé. Je ne sais pas si je suis jeune. Je ne sais pas si je veux des enfants. Mais je sais que je veux une belle vie. Avec ceux et celles qui contribuent à la rendre lumineuse et que je ne cite pas ici mais qui sont nombreux et que je remercie. Du fond de mon cœur qui aime aimer.

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7 Réponses to “La paille, la poutre, et l’aiguille dans la botte à son pied”

  1. gregatort 28 janvier 2015 à 16:34 #

    Je comprends mieux pourquoi tu m’as dit préféré que je commente sous cette article que sous un autre. Il ouvre une question qui taraude toute les âmes romantiques en quête de l’âme sœur, en prétendant cette quête modeste certes mais quand même « dites-moi comment on fait pour rendre une relation unique et durable »…
    Il y a un paradoxe patent à vouloir cette information:
    « S’il était possible de donner cette réponse, toutes les histoires d’amour seraient les mêmes (à quelques détails prêts) et donc ne seraient que durable éventuellement mais jamais unique (et donc pas flamboyante, bouleversante, passionnelle etc.. etc..).

    Bon d’accord, je simplifie un peu… mais tout de même… il y a un moment où un choix doit être fait… soit on veut d’un amour unique (et on peut espérer le voir durer sans jamais en avoir l’absolue certitude) soit on veut d’un amour durable (qui finira par ressembler à tous les autres… monotonie, flemmardise romantique etc…)…
    Et arrêtons, s’il-vous-plaît, l’un n’est pas plus socialement désirable que l’autre… parce que quand on aime, la société on s’en fout quand même beaucoup.

    Alors après me direz-vous, pour autant que vous soyez arriver jusqu’ici, comment faire pour trouver l’être unique… celui ou celle qui entrera dans le jeu de séduction perpétuel qui emmêle sentiment, engueulade, réconciliation, câlin, bras, bouche, sexe et tout le toutim ?
    Tout part de la constatation du philosophe égyptien dans un film d’Alain Chabat : « L’important, c’est les rencontres »

    Et oui, mais difficile de rencontrer l’âme sœur depuis sa chaise de bureau, depuis son canapé en passant en revue des photos sur Tinder, en sélectionnant des critères « objectifs » sur un site de rencontres, ou encore dans la pénombre d’une salle de spectacle etc…. Il faudrait donc se mettre en situation de rencontrer du monde, des âmes sœurs, frères, issues de germain peu importe…. mais cela n’est évidemment pas suffisant, il faudrait dans un monde parfait se montrer tel que l’on est en toute circonstance… mais en un peu mieux… parce que ne nous y trompons pas: même en couple depuis 15 ans les gens trichent un peu (et s’ils disent le contraire c’est qu’ils mentent ou se foutent de leur partenaire)
    Il s’agit donc d’augmenter les opportunités pour ne rater personne et le faire en se présentant sous son meilleur jour… et surtout, surtout, sans déroger à des principes immuables, évaluer les situations au cas par cas en n’oubliant pas que le désinvolte ne l’est pas forcément tant que cela, que le macho présente forcément un faille, que le papillon sait qu’il est éphémère…
    Vivre sa vie en regardant tout le potentiel de joie et de bonheur que chaque situation peut apporter sans oublier de tenter de réaliser ses rêves… le programme n’est pas si moche …
    Demandez le programme !!!

    • plumechocolat 29 janvier 2015 à 17:25 #

      Je te faisais confiance en effet pour extraire la substantifique moelle de ta pensée sur ce billet en particulier. je n’ai pas tout compris à l’antagonisme apparent entre pérennité et unicité, pourquoi ce qui dure serait-il routinier ? Je ne doute pas que tu sauras éclairer ma lanterne et celle de bien d’autres sur ce point.

      Ensuite oui, il est assez évident que sans rencontre, aucune relation ne se crée, ni éphémère ni durable ni unique ni banale, ni belle ni décevante. ce qui soit dit en passant n’était pas le débat.

      Je crois qu’en fait, comme tu le soulignes, ce qui comptes, c’est l’authenticité dans l’appréhension de l’autre et dans la façon d’être soi, le sourire en plus pour tout de même montrer que l’on est plus qu’une râleuse patentée et donner envie d’aller creuser sous l’éphémère ou le machisme ou ces autres choses que tu évoques ;-). Mais quand même, avoir aussi cette exigence de recevoir si l’on donne et donner si l’on reçoit.

  2. Jean Jacques Jamet 26 janvier 2015 à 00:17 #

    L’amour dont tu parles existait, existe et existera, cela j’en ai la certitude et l’histoire nous l’a prouvé tant de fois. Je pense que tu as raison de te tenir à cet idéal amoureux, cette idée merveilleuse de la réciprocité et la construction d’une relation enrichissante pour le couple. Je crois moi que tu as raison de t’accrocher à cela et de ne surtout pas prendre la voie du compromis. 🙂

    • plumechocolat 26 janvier 2015 à 01:14 #

      Il serait bon que d’autres aient ce même espoir. Que ça fasse des émiles en quelque sorte 😉

  3. mgycqd 25 janvier 2015 à 23:26 #

    Tu t’attaques à l’amour par la face Nord, la plus ardue, assurément… Mais avec une tenue adaptée et beaucoup de volonté, rien n’est impossible 😉

    • plumechocolat 26 janvier 2015 à 01:10 #

      Je viens pourtant sans armes pour attaquer 😉

      • mgycqd 26 janvier 2015 à 20:26 #

        Bon, il reste au moins l’espoir, comme au fond de la boîte de Pandore… Avec ça on peut aller très loin, très haut, très fort !

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