Suresnes Cité danse #Connexions 2

6 Mar

Tous les ans, le programme de Suresnes Cité Danse et tous les ans, je renonce parce que le lieu me paraît éloigné, surtout depuis mon lieu de travail. Et pourtant j’apprécie beaucoup les danses urbaines qui y sont représentées malgré ma totale ignorance des styles qui y sont mêlés pour des créations atypiques et originales. Et puis je trouve toujours le programme alléchant. Et puis cette année, j’ai vu qu’un spectacle que je n’avais pas pu aller voir en décembre, « ce que le jour doit à la nuit » du chorégraphe Hervé Koubi était à l’affiche. Et qu’en plus il y avait une représentation un dimanche après-midi. C’était un signe. Je ne pouvais invoquer aucune excuse. Donc j’ai pris ma place.

En arrivant, je venais donc pour voir ces 12 danseurs venus d’Algérie (et du Burkina Faso pour l’un d’eux), pays où se trouvent les racines du chorégraphe et qui lui a inspiré cette création. 12 hommes vêtus de blanc et qui expriment leur vécu, leur sensibilité, l’âpreté et la douceur de leur vie par la danse. La bande annonce me faisait rêver d’avance. Du coup, je n’avais même pas fait attention au fait que dans #Connexions 2, il y avait justement le chiffre deux. Comme double effet Kiss Cool.

jann_2

Et donc, avant de voir ces 12 hommes mi-apôtres mi en colère, il y avait une première partie. Installée à ma place, je lis donc le programme de ce « Diagnostic F20-9 », chorégraphie de et par Jann Gallois, musicienne de formation ayant découvert le hip-hop il y a dix ans et ayant suivi en parallèle une formation à l’art dramatique. F20-9, c’est le symbole de la schizophrénie. Bon, soit, voilà j’ai lu et ça va commencer me dis-je alors, toute découverte a son intérêt, ce n’est pas que le sujet m’inspire mais pourquoi pas. Et là la lumière s’éteint et apparaît cette jeune femme pétillante. Et surdouée de son corps et de ses émotions. La danse, c’est difficile à raconter parce que je suis une béotienne et qu’il n’y a jamais une histoire que l’on peut vraiment mettre en mots. Mais j’ai pris une claque comme on dit. Parce ce que la gestuelle est magistrale. Cette capacité à jouer avec son corps en mêlant la rigidité du trouble psychologique incarné et la souplesse des mouvements, je n’avais jamais vu cela avant. Et puis cette façon de montrer le drame d’une maladie où l’on passe de l’euphorie à une peur qui confine à la paranoïa, de l’hyperactivité à des mouvements lourds et traînants, cette façon d’incarner une descente aux enfers progressive mais inéluctable, tout cela me laisse sans voix, presque sans souffle. Au bout de 40 minutes, cela s’arrête. Trop vite. J’ai oublié que je n’étais pas vu pour voir Jann Gallois. J’ai oublié aussi pourquoi je suis venue.

Hervé Koubi; création 2014

Heureusement il y a quelques minutes d’entracte. Je réémerge. Je reprends le feuillet et je revois le om du spectacle, du chorégraphe, des douze danseurs et de ce discours sur l’Algérie. Je n’arrive pas trop à me concentrer mais je suis là et puis cet homme extraordinaire qu’est Hervé Koubi vient dire quelques mots sur lui. Sur le silence dont il a souffert dans sa famille sur le passé algérien de ses grands-parents. Sur le besoin de retrouver ses racines. Lui qui est de ce que j’ai pu lire un grand professionnel reconnu est d’une gentillesse et d’une modestie non feintes. Je suis émue. Je vais l’âtre aussi par ces douze hommes. Par le travail qu’ils ont effectué pour donner corps à cette vision de jour qui doit sans doute quelque chose à la nuit et inversement. Par le talent qui vient compléter ce travail. Mais aussi par la grâce qu’ils ont. Oui, un homme ça peut être grâcieux sans rien perdre de sa virilité. Et c’est même très beau quand il parvient à cet état. Et puis ces douze hommes forment une troupe. Ce ne sont pas 12 égos qui suivent une mise en scène décidée par un 13ème, mais un groupe homogène malgré le caractère bien visible de chacun. Qui forme un tableau vivant. Avec des jeux de synchronisation et de décalages de mouvements, avec des tours de force et des « entrechats urbains ». Avec tout ce que chacun d’eux a à donner de singulier. Jann est toujours dans mon esprit, mais je ne boude pas mon plaisir (surtout celui de voir autant d’hommes bien charpentés donner le meilleur d’eux-mêmes sous mes yeux). Et puis viennent les saluts et cette émotion d’Hervé à les présenter un par un comme ses frères, lui qui a grandi dans un autre pays très loins d’eux. Certains débatteurs publics pourraient prendre de la graine de l’expérience si simple de la rencontre.

Le rideau se referme, j’ai la tête pleine de connexions, et un mois plus tard alors que j’écris ces lignes, l’image de cette jeune danseuse et de sa création m’émeut encore. Les mots de ce chorégraphe émérite aussi. Mais j’ai onze mois pour me préparer à la prochaine édition. Et vous aussi.

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