Le Souper

1 Mai

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Il est très intimidant, même pour une spectatrice un peu aguerrie, d’aller voir des « monuments » de la scène française en vrai au théâtre. Surtout quand il s’agit de Niels Arestrup et Patrick Chesnais. Surtout quand je réalise qu’ils avaient travaillé respectivement sous la direction de Peter Brook et de Jean Anouilh avant que je boive mon premier biberon. L’avantage de l’âge et de l’expérience sans doute, les deux comédiens réunis au Théâtre de la Madeleine ont le droit au champagne et au cognac. Sans compter le foie gras, le saumon et la bombe en dessert, autant de mets succulents dont j’aurais bien emporté les restes en doggy-bag.

Enfin passons sur l’aspect culinaire de ce souper entre Fouchesnais et Talleyrarestrup. Dans un magnifique décor avec arcades, chandeliers et argenterie, deux ennemis de toujours se retrouvent en ce soir de juillet 1815 pour sceller une alliance tandis que le peuple en colère gronde sous les fenêtres en brisant quelques vitres au passage. Fouché, président du gouvernement provisoire, est affaibli par la fronde, et Talleyrand, qui souhaite placer Louis XVIII au pouvoir, a besoin d’un allié de poids pour l’y aider.

Pour des hommes de cette trempe, qui ont vu, commis ou fait commettre le pire, l’heure n’est pas aux faux semblants mais bien aux arguments qui feront mouche. C’est donc l’heure pour chacun d’inventorier ses soutiens et de sortir les dossiers qui peuvent fâcher l’autre et faire pencher la balance. Le tout bien entendu sous les apparences de la courtoisie la plus absolue. Mais on sent bien ces deux hommes bouillonner sous les traits de leurs interprètes. Le jeu des silences, le rythme de diction, les déplacements, sont autant de signe que tant les acteurs que les deux hommes d’Etat maîtrisent l’art de l’argumentation et de la persuasion.

Et nous, public, nous sentons tous petits dans son duel verbal, auquel la plume de Jean-Claude Brisville donne une délicieuse légèreté par l’humour qui s’en dégage. On relèvera entre autres, des phrases telles que « On ne saura jamais, tout ce que ma carrière doit à mon ennui. Que ne ferais-je pour le fuir ? » ou « On n’a qu’une parole, il faut donc la reprendre ». Tous petits donc, mais aussi le sourire aux lèvres et avides de savoir quel coup bas ou estocade l’emportera. Et les rebondissements ne manquent pas dans ce dialogue dont l’issue est pourtant connue à l’avance. Avec malgré tout quelques petites longueurs que le talent des comédiens parvient à dissiper.

Une soirée placée sous le signe du rire et du grandiose pour un face à face pourtant parfaitement cynique.

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