La Carte du Temps – Trois visions du Moyen-Orient

9 Mai

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Il est complexe de parler du Moyen-Orient en 2015 sans que le discours revête un côté passionnel, surtout lorsque l’on parle d’Irak, d’Israël et de Palestine. L’auteur américaine Naomi Wallace a pourtant fait ce choix en 2010 lorsqu’elle a écrit ce faux tryptique, et elle a eu raison. D’abord parce qu’elle a du talent, et puis surtout parce qu’elle a choisi de ne pas faire un travail de journaliste commentant des faits, mais de montrer ces humains pris en otage d’intérêts qui les dépassent.

Dans le premier des textes représentés, « entre ce souffle et toi », un père palestinien vient à la rencontre d’une jeune infirmière israëlienne à l’heure où elle termine son travail. Sa présence n’a rien de fortuit, et pourtant, il est difficile de prime abord de comprendre pourquoi il est là. L’homme paraît délirant, il est surtout déchiré par la mort de son jeune fils quelques années plus tôt, tué par des soldats Israëliens en pleine rue. La jeune femme qui commence par le voir comme un doux dingue commence ensuite à prendre peur face à l’insistance de cet homme à la carrure imposant à lui parler à elle. Petit à petit, elle va découvrir la vraie raison de sa visite, qui est qu’il est persuadé que les poumons de son fils ont été transplantés à l’infirmière et que son enfant vit en elle. De l’hébétude face à cette thèse, elle passera à l’opposition farouche tandis que lui ne démordra pas de son argumentation, cherchant à retrouver une part de son enfant. L’on voit lors de cette première séquence un duel des sentiments, une prégnance des résistances, la force aussi de deux désespoirs forts, celui d’un père détruit et d’une jeune femme dont la survie est incertaine malgré sa greffe quelques années plus tôt. Et puis il y apparaît aussi cette force de l’espoir, que le jeune garçon ne soit pas totalement mort, que l’infirmière déjoue les statistiques encore plusieurs années. Il est difficile de ne pas se laisser toucher par ces personnages, que leur ethnie sépare et que leur humanité rapproche. Et de vouloir très fort que l’humanité gagne plus souvent. Lisa Spatazzi et David Ayala sont très convaincants dans ce face à face où l’on retient souvent son souffle.

La deuxième histoire, « un état d’innocence », se déroule dans la bande de Gaza, au zoo de Rafah, dont il ne reste plus grand chose, et les quelques animaux vivants sont pour certains amochés. Un soldat israëlien nettoie avant la fermeture quand surgit de nulle part une femme palestinienne. La voyant d’abord comme une terroriste, il va petit à petit la laisser l’apprivoiser. Là encore, il finira par comprendre qui elle est et ce qu’elle est venue faire. Entre eux apparaît régulièrement un architecte, obsédé par ses mesures et ses normes, qui vient curieusement donner un peu de légèreté à ce face à face. Si les intentions sont belles, j’avoue avoir trouvé ce texte moins intéressant, et la chute également, malgré l’interprétation de très bon niveau.

Dans la troisième séquence, « un monde qui s’efface », on retrouve David Alaya dans un rôle très différent où son charisme est encore plus marquant. Il y incarne un Irakien, qui sous l’apparence initiale d’un homme naïf voire simplet, est en fait profondément marqué par les deux guerres et ce qu’elles lui ont pris. Il y présente ses oiseaux, qui ont tous le nom d’une personne qui a compté pour lui. Et qui est désormais décédée. Petit à petit, son apparence joviale et candide va laisser émerger le récit de ses décès. Avec cette fois un peu plus de militantisme de l’auteure contre les blocus américains et leurs conséquences sur la vie des Irakiens. On se laisse porter par cette fausse fable profondément touchante qui ne laisse pas indemne, avec en plus un numéro d’acteur époustouflant qui donne envie de revoir ce comédien plus souvent.

Pour ceux que le thème intéresse, différents évènements sont organisés autour de ce spectacle, dont une rencontre avec l’équipe artistique le 17 mai.

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