Accepter l’aide des autres

7 Juin

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Avant, je voulais souvent m’en tirer toute seule toujours.

Avant, j’avais parfois une fierté un peu excessive, voire déplacée.

Avant, je mettais un point d’honneur à dire que tout allait bien.

Avant, quand tout allait bien, je le gardais aussi pour moi parce que je ne voulais pas trop déranger en étalant ma joie.

Avant, je pensais que c’était faire preuve de faiblesse que de ne pas compter que sur ces biceps pour monter sa valise en haut du porte-bagages.

Avant, j’étais gênée de demander. Même avec beaucoup de précautions. Même à des gens qui s’étaient dits disponibles si j’en avais besoin.

Avant, j’étais maladroite souvent, j’attendais beaucoup trop et quand je demandais de l’aide, je voulais que ce soit tout de suite immédiatement, sans  voir que je pouvais tomber au mauvais moment, mais que deux heures ou un jour plus tard, l’autre aurait été libre pour moi.

Avant, j’avais peur aussi, vraiment très peur de me retrouver sous l’emprise de personnes qui profiteraient de l’ascendant que leur procurerait l’aide qu’ils m’apporteraient ou m’avaient apporter. Cette peur d’être redevable et qu’on me le fasse sentir, c’était vraiment une crainte prégnante. Parce que c’est arrivé plus d’une fois et que ça m’a blessée profondément. Au point que je ne voulais plus faire confiance du tout aux autres.

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Et puis j’ai compris que seule, je n’étais pas vraiment efficace pour m’aider parce que je manquais de recul, et puis tout bêtement parce que je me sentais trop seule.

J’ai compris aussi que la fierté mal placée, ça agace ou ça apitoie, mais que ça ne force jamais l’admiration. Les autres se disent à juste titre que c’est stupide.

J’ai compris que quand je disais que tout allait bien, j’attendais au fond que l’on creuse la question, qu’on insiste, qu’on voit que je portais un masque. Mais que ça n’arrivait pas puisque je donnais le change et que j’avais l’air d’aller bien, donc qu’on me croyait et que c’était normal. C’est que les autres ne me traitaient pas en menteuse.

J’ai compris en même temps que la joie, quand elle est vécue seule dans son coin, c’est un peu petit. La partager avec authenticité, ça a souvent en effet démultiplicateur parce que les autres se laissent un peu « contaminer » et vous renvoient de la gaieté. Et que l’on peut à la fois se réjouir pour soi et être à l’écoute de celui qui vit des choses moins drôles. Et que même lui, mon bonheur peut le nourrir un peu. Parce que moi aussi, quand je suis morose et qu’un ami m’annonce une bonne nouvelle, ça diminue ma morosité.

J’ai compris aussi que les hommes qui mesurent 1,85m et pèsent 90kgs ont de vraies facilités à soulever ma valise. Et qu’en plus ça leur fait sincèrement plaisir de le faire. C’est pareil pour untel qui dessine super bien et peut m’aider pour créer un logo si je lui donne les idées, ou unetelle qui a une bonne adresse de resto à me conseiller pour m’éviter de chercher une heure sur Internet. Ils sont sincèrement contents, parce que je leur montre aussi que je les reconnais dans leurs compétences, et que j’ai bien entendu leur offre de me rendre service. Et du coup, je suis contente à mon tour quand le monsieur du train me demande de l’aider à attraper son crayon qu’il a fait tomber parce que moi, je suis proche du sol, ou que l’on me demande conseil pour une sortie théâtre.

J’ai compris aussi que l’on pouvait demander si l’on choisissait son ton et son moment, en laissant toujours l’autre libre de refuser ou de différer. Sans larmoiement ni chantage affectif ni urgence ni ton impératif rappelant qu’on a soi-même donné un coup de main le mois dernier. Et ne pas se formaliser d’un refus une fois, puisqu’il n’augure pas de la fois suivante.

Et puis j’ai compris aussi qu’il y avait des degrés dans la confiance. Et qu’il fallait accepter l’aide des autres au prorata de la confiance qu’ils ont gagnée. Ni plus ni moins. S’ils veulent intervenir davantage dans ma vie ou s’ils se montrent indiscrets, je leur dis stop, que je ne le souhaite pas. S’ils posent d’emblée leurs conditions, je suis libre d’accepter ou non le marché, en sachant que c’est un échange et que je ne suis donc pas dans une relation d’amitié. Cela aide aussi à positionner mes relations, donc ça fait du « deux aides en une ». Et ça marche plutôt bien.

Maintenant que j’ai compris tout ça, je me réjouis de la sollicitude authentique d’une partie de mon entourage. J’ai mis de côté dans le même temps la fausse sollicitude de l’autre partie. Enfin pas totalement non plus, je suis toujours en apprentissage, et je ferai encore quelques erreurs c’est sûr. Mais j’apprends assez vite, j’ai de la chance. Et j’ai surtout énormément de reconnaissance pour tous ceux qui ont été là hier et le sont encore aujourd’hui. Ils me sont précieux, j’espère qu’ils savent à quel point.

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4 Réponses to “Accepter l’aide des autres”

  1. TyphonBaalHammon 7 juin 2015 à 22:38 #

    « quand je disais que tout allait bien, j’attendais au fond que l’on creuse la question, »

    Une chose que j’ai apprise ces dernières années : ne jamais se laisser souffrir en silence. Faire semblant que ça va bien quand ça va pas, c’est malsain.

  2. laurelietm 7 juin 2015 à 21:56 #

    Très beau texte. J’aurais pu dire exactement la même chose. Accepter l’aide et les cadeaux, la plus belle preuve d’amour que je me suis donnée! Merci pour ton texte!

    • plumechocolat 7 juin 2015 à 22:05 #

      Je t’en prie, merci à toi pour ton retour et pour le lien sur ton blog.

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  1. Accepter l’aide des autres | Un chat sur la tête - 7 juin 2015

    […] Accepter l’aide des autres. […]

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