Le Vol

8 Août

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Incontestablement, il y a des personnes qui révèlent leur talent jeunes. Sonia Némirovsky fait partie de ces personnes. 29 ans, de jolis rôles, deux pièces (et quelques chansons) déjà écrites, dont celle-ci, le Vol, qui nous emmène à Buenos Aires en 1976, lorsque la junte militaire renverse le gouvernement d’Isabel Peron (plus de détails dans le lien vers le dossier de presse en bas). Une période peu connue ici par ceux – et je m’y inclus – qui n’ont pas étudié l’histoire de l’Amérique latine. Une période sans doute impossible à raconter vraiment, et c’est précisément là l’intérêt du Vol. De faire l’impasse sur le cours d’histoire, le sang, le changement de pouvoir, la vie des habitants et tout ce qui pourrait être dit. Mais de nous montrer tout ce qui n’a pas été dit.

Le Vol, c’est l’histoire de deux adolescents insouciants, qui ont « 15 ou 18 ans » comme le dit le texte, et qui s’aiment. Ils sont jeunes, beaux, ils découvrent la douceur de leur peau, l’euphorie des premiers émois amoureux, ils sont un peu comme Rimbaud en son temps, ils ne son pas sérieux. Et puis le monde extérieur va entrer dans leur monde intérieur et le briser d’un coup sec. Un matin, elle n’est plus là. Ses affaires sont là, ses valises aussi, mais elle non. Il découvre un vide. Sans un mot, sans un indice, sans aucune explication. Plus d’amoureuse, plus d’embrassade, plus de gaieté, seulement un immense vide et une infinité de questions.

Il n’aura de cesse de l’attendre, de la chercher, d’espérer, de vouloir une preuve qu’elle est morte ou qu’elle est vivante, enfin au moins un semblant d’explication, une ébauche de sens face à la violence de cette disparition. La narratrice, interprétée par Suzanne Marrot, nous apporte des éléments de contexte, elle nous aide à lire entre les lignes dans les dialogues imaginaires que lui vit dans sa tête avec celle qui lui manque, et que la mise en scène habile de Bertrand Dégremont ne permet de voir joués sans que les personnages ne se touchent vraiment à aucun moment. Mais le jeune homme n’a pas ces clés pour comprendre, deviner, admettre. Et il refuse aussi de le faire. Cramponné à l’espoir qu’un signe lui permette enfin de savoir ce qui est arrivée à celle qu’il aime.

Comme lui, magnifiquement et subtilement incarné par Grégory Barcot, on se prend à croire qu’une issue joyeuse arrivera, ou au moins une issue, une trace, le témoignage d’un voisin, ou même la réapparition de cette jeune rieuse insouciante, sans doute un peu moins insouciante après quelques années, viendra rompre l’attente. Que la vie reprendra. Mais aucun indice ne permet de savoir. Alors on se laisse emporter par l’imaginaire de cet homme qui vieillit en survivant, qui quitte son pays, qui y revient parfois, toujours désireux de trouver une trace d’elle. Qui s’empêche d’avancer. Mais qui s’y résout aussi. Cet homme qui a peur, qui a mal, qui sous des apparences de vie normale met les autres à distance pour ne pas être blessé.

Si certaines réflexions ou certains dialogues se répètent parfois, l’intensité du jeu permet de rester accroché jusqu’au bout à cette histoire tragique, de supporter les moments les plus durs et de respirer dans les phases d’espoir. Et d’avoir envie en sortant d’aimer toujours comme à 15 ou 18 ans. Une pièce originale et superbement jouée.

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