Partir pour ne pas oublier

1 Sep

Allemagne 24-27 Août 2015 Frankfurt (1562)

Les vacances estivales sont une période souvent ardemment attendue. Et au risque de décevoir, je n’ai pas une once d’originalité mais énormément d’ardeur lorsque le moment de la fin de l’attente se produit. Le vendredi soir tant espéré et qui n’en finissait pas de se rapprocher depuis des semaines est enfin arrivé. Le dossier contenant les réservations de logements, et les billets de train était soigneusement imprimés depuis l’avant-veille. A force d’expérience, la valise a été faite en un temps record et la suite a révélé un surencombrement moindre qu’habituellement (ce qui ne veut pas dire que je sais désormais voyager léger, on en est encore très loin, mais heureusement, les roulettes sont encore d’aplomb).

La veille du départ, ce sentiment d’euphorie. Laisser les soucis de ces sept mois denses et un peu rock’n’roll (rien à voir avec la légèreté d’un tube des Stray Cats) et sortir de mon cadre habituel pour me centrer sur l’instant présent. Celui de la découverte. De ces mille petits détails que l’on est incapable de repérer sur son trajet ou dans son environnement quotidien et qui soudain sautent aux yeux quand on est dans un territoire inconnu. Perdre ses repères habituels pour mieux repérer l’ordinaire des autres, extraordinaire à nos yeux.

Des souvenirs se bousculent encore dans ma tête. Ce petit garçon tout émerveillé de monter sur un tracteur agricole. Ces jeunes se filmant en train de faire du skate-board avec un caméscope sans doute ressorti d’un grenier, à peine plus moderne que les caméras super 8 auquel il avait du succéder. Ces gens de tous âges dansant le tango sur une place publique redécorée en guinguette. Cette discussion d’apparence banale entre deux amis quinquagénaires (oui, j’écoute les gens qui parlent tout haut). Ces figures improbables sculptées sur les immeubles. Ce serveur qui vient gentiment me prévenir que mon t-shirt remonte dans le dos (nota bene : porter désormais uniquement des hauts très longs avec ce pantalon d’été). Ce passage sans transition d’un « quartier populaire » à une sorte de mini-village avec maisons à colombages.

Partout, ce mélange de surprise et de familiarité. Tous ces détails bucoliques me touchent parce qu’ils me renvoient à moi-même. A des impressions fugaces déjà ressenties. A des souvenirs ravivés. Et puis à l’humanité de ces visages croisés, de ces bribes de discussion interceptées. Le voyage n’est pas une fuite, il est une façon autre d’aborder notre propre existence. Sans nécessairement aller chercher des destinations exotiques, juste un lieu que l’on ne connaît pas. Et accepter de se laisser porter par cette terra incognita. Ce qui ne veut pas dire de tout laisser au hasard (planificatrice je suis, planificatrice je resterai), encore que cela soit possible dans une mesure assez large si on le désire (mais une planificatrice le désire rarement). Juste d’être prêt à bousculer ce qu’on avait prévu si l’instant présent nous offre un de ces instants qui nous font préférer être ici plutôt qu’ailleurs. Et accepter aussi les pensées que le voyage nous conduit à avoir.

Loin de la routine et des obligations, les interrogations que l’on avait en partant ne disparaissent pas. Les joies et les peines, les certitudes et les doutes, les factures et les cartes postales reçues des « juillettistes » seront les mêmes une fois refermée la parenthèse des congés. Et ils referont surface durant cette même parenthèse. Mais différemment. On pourra ainsi rigoler de l’indigestion évitée en convertissant en nombre de boules de glaces à un euro le montant du troisième tiers des impôts. Ou relativiser son impatience à la caisse de son supermarché habituel quand le client de devant semble mettre des heures à ranger son barda en constatant sa propre indécision devant les 30 parfums de glace alors que 10 personnes attendent derrière. Ou encore se dire que le bonheur est simple comme le goût du premier contact des lèvres avec cette exquise boule de glace (je nierai formellement devant quiconque sous-entendra une telle chose avoir développé une addiction aux glaces artisanales).

Changer de cadre ne fait pas varier notre vie. Par contre, cela fait évoluer notre regard et notre façon d’aborder nos propres réactions. Et puis le calme des vacances permet de laisser les pensées affluer, s’incruster, s’en aller parfois, bref prendre une place plus juste sans avoir à apporter des réponses. Partir, c’est se rappeler que l’on est plus que les mois écoulés, que l’on peut vivre la matinée sans s’inquiéter de la soirée et que le surlendemain viendra en dépit des prévisions de fin du monde du grand ordre des adorateurs de lézards. Et découvrir aussi que les horizons qui s’ouvrent à nous sont souvent beaucoup plus larges que l’on pensait lorsque l’on pédalait le nez scotché sur le guidon (ce qui est une technique éminemment peu pratique avouons-le).

Pour la plupart d’entre nous, que nous ayons profité ou pas de nos quelques jours au soleil ou sous la pluie, la rentrée est désormais là, présente. Mais ce que nous avons appris dans les là-bas où nous étions, nous pouvons nous en souvenir. Et partir l’appliquer juste dans la rue d’à côté. Partir. Bousculer l’habitude. Pour mieux se souvenir… de soi-même.

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