10 choses à savoir sur les articles intitulés « 10 choses à savoir sur »

20 Sep

Nous sommes aujourd’hui dimanche, qui plus est le dimanche marquant le dernier jour de l’été, aussi il serait fort mal à propos de traiter d’un sujet sérieux nous plongeant dans la mélancolie de l’automne naissant ou nous faisant penser aux affres des sombres premières heures du lundi matin.

Aussi ai-je préféré pour égayer un peu cette soirée verser dans la plus absolue futilité avec un titre racoleur débouchant sur du vide sidéral en termes de connaissances. Inutile de chercher ici quelque information d’intérêt ou découverte grammaticale, si vous espérez encore, chers lecteurs, passez votre chemin car mon titre est certes racoleur mais pas mensonger.

Après cette longue et inutile introduction, je tenais à partager avec vous ma fascination pour cette quantité pléthorique d’articles commençant par « 10 choses à savoir sur… ». Certains me rétorqueront qu’il existe aussi des  » 20″ des « 30 » ou même des « 50 choses à savoir sur ». Mais le temps est hélas compté aux pigistes payés à l’article tout comme à moi-même qui ne suis pas payée du tout pour vous distraire, donc nous nous arrêterons ici au chiffre 10, que cela vous plaise ou non.

Trêve de délayage scriptural donc, il est temps de vous livrer mes 10 observations plus ou moins éclairées et  absolument pas étayées sur ces fameux mémos en 10 points :

1/ Le sujet ou l’objet de ces articles est en général de si peu d’intérêt qu’il est même étonnant qu’on puisse trouver 10 choses à raconter dessus. Par exemple sur le nouveau chanteur adulé par les collégiennes. Ou sur le fer à friser. Ou sur une bimbo de téléréalité. Ou sur les paniers bio (soit dit en passant, je n’ai rien contre les paniers bio, enfin je n’ai rien pour non plus, en achète qui veut). Il y aurait a priori plus à dire sur la pâte à modeler play-doh (ce qui a sans doute déjà été fait d’ailleurs ; oui j’ai cité une marque mais j’ai le droit je n’exerce aucune mission de service public, ce qui vaut mieux pour ce pauvre service public déjà mal portant).

2/ Ces articles ne nous apprennent jamais rien de novateur. En tout cas rien qui ne soit pas déjà sur la page wikipédia ou un forum doctissimo (ou pour les plus sérieux de ces articles sur LE site de référence sur le sujet traité ou la page officielle de la future ex-star).

3/ Ces articles pourraient être repris presque mot à mot pour la plupart d’entre eux, avec une fonction rechercher / remplacer un peu performante. Même principe que celui du mythique pipotron pour ceux qui ont pu s’amuser dessus à l’époque de Windows 98 (oui, je viens de citer un nom de produit mais ça ne compte pas vraiment puisqu’il n’existe plus désormais, ou alors uniquement dans une MJC au milieu du Wadi Rum, et encore, les bédouins sont étonnamment bien équipés en iPhones). Bref, si ces articles pullulent, c’est aussi parce que leur structure est presque immuable et extrêmement facile à reproduire.

4/ Étonnamment, malgré la lucidité que l’on peut avoir naturellement sur le contenu de la page commençant par « 10 choses à savoir sur… », on la parcourt tout de même. Parce que c’est court 10 choses. Ou qu’on espère en dépit de tout bon sens apprendre vraiment au moins une information qui nous fera briller un jour dans un dîner. Ou que la « star » ou le produit dont il est question nous est totalement inconnu et que cela veut probablement dire qu’on est has been. Donc pour éviter de passer à côté, on parcourt.

5/ Moins étonnamment, arrivé à la fin des 10 éléments de la liste, on ne se sent pas plus intelligent, on n’a rien à retenir pour le prochain dîner, ou l’on réalise que le people au nom inconnu de nous sera oublié de ses quelques fans d’ici moins de 18 mois (n’est pas Johnny qui veut). Ou encore que le robot Trucmuche n’est qu’une pâle copie du robot Biduletruc dont l’inventeur de ce dernier a d’ailleurs intenté un procès au fabricant du premier (notez que cette information là est digne d’intérêt, elle, en tout cas si l’on s’intéresse aux procès pour contrefaçons).

6/ Si l’on devait demander à un lecteur une seule chose de la liste dont il se souvient le lendemain, il est probable que seul un hypermnésique serait capable de répondre. Demander la restitution de deux de ces informations essentielles relève de l’utopie la plus complète.

7/ La plupart du temps, les mots les plus remarquables de l’article sont dans le titre. Si celui-ci est banal et ne mentionne que le nom de la personne, du phénomène ou de l’objet, personne ne le parcourra. Alors que si vous lisez « 10 choses à savoir sur l’incroyable ascension de Gérald Vibot », vous visualiserez des images d’Everest. Et la chute sera rude quand vous réaliserez que ce brave Gérald est « juste » une star de bal musette.

8/ Lorsque l’on rédige un article de ce type, il est en général très difficile d’arriver à énumérer 10 faits relatifs au sujet. Ce que j’illustre ici par l’exemple depuis le départ avec ces huit premiers points qui ont tout juste dû vous arracher un demi-rictus d’amorce de sourire.

9/ Dans les très rares cas où les « 10 choses à savoir sur » concernent une personne, un épisode de l’histoire, une invention ou tout autre sujet digne d’intérêt, réduire l’individu ou le thème choisi à 10 de ses caractéristiques est très insatisfaisant, et pour celui qui écrit et pour celui qui lit. La preuve en est d’ailleurs que le journaliste ne peut dans ces cas-là de rajouter un 10bis ou un PS (non, pas le parti politique) en bonus.

10/ Ces articles pâtissent, outre toutes leurs faiblesse, de l’absence de conclusion. Jeter des informations en vrac sans les relier par une phrase de mise en perspective bien sentie, c’est un peu se moquer de la tête du public. Pour déroger à la règle, ce billet aura donc une conclusion.

CONCLUSION : vous observerez chers lecteurs, que je ne vous ai menti ni dans la phrase ci-dessus ni dans l’introduction. Vous avez sciemment parcouru ces lignes et perdu 5 minutes de votre précieux temps. Peut-être même 10 pour les moins alertes d’entre vous. Sachez toutefois que la rédaction de ces lignes n’a abouti à aucune destruction d’arbre, ni même à celle d’une feuille d’automne puisque celui-ci ne commencera que dans 20 minutes, ce qui devrait plaire aux plus écologistes d’entre vous. Il est désormais temps pour vous et moi d’aller dormir pour bien conclure ce dimanche et cette belle saison estivale.

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Une Réponse to “10 choses à savoir sur les articles intitulés « 10 choses à savoir sur »”

  1. Boby 27 septembre 2015 à 21:41 #

    Lu. et j’ai rien appris – mais je le savais !!!!

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