Orphans

9 Oct

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Il m’aura fallu douze visites au Théâtre Essaïon avant de parler de ce lieu sur mon blog. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir passé des moments forts dans ce lieu, mais le fait est que je l’ai davantage fréquenté avant la création de ce blog que depuis. Situé dans une petite impasse à 5 minutes à pied de l’Hôtel de Ville, ce petit théâtre dynamique transporte le spectateur très loin du quotidien, les deux salles étant situées en sous-sol, dans des caves voûtées qui semblent un peu hors du temps, et créent une atmosphère intimiste et surranée qui séduit d’emblée.

C’est dans la plus grande des deux salles que j’ai eu la chance de découvrir Orphans, adaptation d’une pièce américaine écrite par Lyle Kessler en 1983. Deux frères abandonnés par leur père et ayant perdu leur mère très jeunes vivent à Philadelphie. L’aîné, Treat, est d’une violence souvent incontrôlable et incontrôlée dont il se sert pour commettre de menus larcins permettant de les nourrir tous les deux. Le second, Philip, curieux de tout et très intelligent, est confiné dans leur logement par son frère, qui a réussi à lui faire croire qu’il souffrait d’allergie à lair extérieur et lui interdit de surcroît la lecture, et plus largement toute forme de culture, le frappant régulièrement lorsqu’il a le malheur de lire le journal.

Un jour, Treat monte d’un cran dans les crimes et délits et kidnappe Harold, qu’il prend pour un rentier ou un banquier richissime, et qu’il souhaite échanger contre une rançon. Mais Harold n’a rien lui non plus d’un personnage exemplaire et vit de trafics à bien plus grande échelle que Treat et ses vols à la tire ou rackets. Se libérant facilement, il va prendre à la fois sous son aile et à son service ces deux frères qui le touchent, l’aîné par son côté tête brûlée lui rappelant comment il était jeune, le deuxième par sa candeur et son intelligence.

Entre ces trois cabossés de la vie, tous trois orphelins depuis leurs plus jeunes années, vont se créer des relations intenses qui vont faire bouger les lignes. Orphans est avant tout une pièce psychologique (et le mot ne doit pas faire peur), en ce sens qu’elle creuse en profondeur les réactions, les émotions, et les personnalités de ces trois anti-héros qui étaient vraiment faits pour se rencontrer. Bastien Ughetto, qui tient le rôle de Philip, est bluffant par sa maîtrise du jeu corporel et ses acrobaties qui reflètent sans nul doute une pratique du hip-hop bien maîtrisée, mais aussi par son expressivité et sa justesse dans son rôle de faux benêt apeuré en manque cruel d’affection. Vincent Simon, qui incarne Treat, est également extraordinaire en petit caïd totalement dominé par la violence intérieure qui l’habite. Et Etienne Ménard, dont le rôle en tant qu’Harold est plus celui de soutien et d’obstacle en soutien des deux personnages principaux, semble tout à fait à son aise dans cette étrange famille recomposée.

Du début de la fin, on se laisse toucher par la force émotionnelle dégagée par la pièce et par ce qu’elle dit des relations humaines. On en ressort presque déçu de laisser ces trois hommes livrés à eux-mêmes, et comblés par la très grande beauté de la pièce et l’investissement des comédiens (et sans doute de la metteur en scène, Sylvy Ferrus).

Un vrai coup de cœur qui a même un goût de revenez-y.

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