Quelques pensées sur le féminisme

12 Nov
féminisme

                                     Source : http://www.photo-libre.fr

Je lis régulièrement, comme bon nombre de personnes passant du temps à fureter sur Internet, des articles sur le féminisme, qui, le plus souvent, je dois l’avouer, tendent à me crisper contre leurs auteurs qui revendiquent haut et fort leur féminisme. Même si je suis souvent d’accord avec les constats faits, et même si je souhaite que les femmes puissent accéder à la liberté et aux mêmes droits que les hommes, l’appréhension que ces personnes ont des causes qu’elles défendent ne me satisfait pas. Aussi ai-je décidé, plutôt que de débattre, voire même de me battre verbalement avec les auteurs de ces articles,de réfléchir à cette notion.

Et d’abord de commencer par le commencement, à savoir la définition. L’excellent site du Centre National des ressources Textuelles et Lexicales propose la version suivante : « mouvement social qui a pour objet l’émancipation de la femme, l’extension de ses droits en vue d’égaliser son statut avec celui de l’homme, en particulier dans le domaine juridique, politique, économique ; doctrine, idéologie correspondante ». Le Larousse, lui, est proche mais avec des nuances avec son « mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société ; attitude de quelqu’un qui vise à étendre ce rôle et ces droits des femmes ». Je vous épargnerai les autres variantes. Le féminisme requiert donc explicitement l’appartenance à un groupe constitué et agissant. Condition logique pour obtenir des résultats puisque l’union fait la force. Et qui, en même temps, exige d’adhérer à ce que le Larousse nomme « l’idéologie » de ce groupe. 

Et c’est là que la plupart du temps, je me sens profondément éloignée des gens qui militent pour que les femmes s’émancipent au même titre que les hommes peuvent le faire. Alors même que je soutiens cette émancipation et que j’ai beaucoup d’admiration pour ce qu’ont fait et ce que font sans doute encore certains de ces groupes. Parce qu’en majorité déjà, je trouve qu’en France en tout cas – j’avoue ne pas être allée étudier en profondeur ce qui se passe ailleurs – les mouvements qui se font entendre ne remettent pas en perspective les priorités en termes d’émancipation. Dans les priorités que j’établis subjectivement se trouvent l’égal accès et encouragement à la scolarité et plus tard à l’emploi, l’égale liberté de choix dans son statut marital et dans le choix de son conjoint, et l’accès aux mêmes droits citoyens. Certes, en France, tous ces droits sont désormais effectifs, mais depuis quelques décennies seulement, et certains groupes sociaux conservateurs ne favorisent pas toujours leur application effective, en tentant un travail de sape parfois assez efficace envers leurs membres.

Encore une fois, même si j’avoue ne pas avoir fait de recherches poussées, et que je ne doute pas qu’il existe ça et là des articles, des associations ou des actions spécifiquement tournés vers la question de l’éducation des filles, de leur encouragement à exploiter leurs capacités au maximum dans leurs choix d’études et/ou professionnels et à devenir des femmes qui travaillent et sont libres de vouloir ou pas vivre en couple, et impliquées dans la vie citoyenne, j’ai le sentiment que ces causes sont plus souvent celles d’ONG, d’associations de quartiers, de personnes ou de groupes de personnes ne se définissant pas explicitement comme féministes.

En revanche, les articles écrits sur un ton scandalisé contre les déclarations de telle ou telle personnalité, contre tel comportement, contre les comités de direction où les hommes s’arrogent toutes les places, bref toujours CONTRE quelque chose fleurissent. Évidemment, on peut et il est sain de dénoncer des situations qui, elles, ne sont pas saines, et montrent un sentiment de supériorité du masculin sur le féminin. Le harcèlement dans les transports et dans la rue est inacceptable, les écarts de salaires à poste, ancienneté et compétences égaux également, et certaines personnalités « poussent le bouchon un peu trop loin, maurice » (copyright feu les choco’suis de Nestlé) dans leur désir de provoquer pour mieux se faire remarquer. Il est donc bon de lutter CONTRE ça, en ayant tout de même en tête la hiérarchie des priorités. Le fondamental d’abord, l’important ensuite.

Et mener un combat n’exige pas d’avoir un discours d’opposition systématique, qui peut conduire à l’opposé de l’effet recherché. Si l’on prend l’exemple très concret de l’égalité salariale, celle-ci s’est dernièrement réduite, mais non pas parce que le salaire des femmes augmente pour se rapprocher de celui de leurs homologues masculins, plutôt parce qu’en tendance, celui des hommes tend à diminuer légèrement. Évidemment, des nuances existent selon les métiers et secteurs d’activité, mais ce petit exemple illustre le risque que tout le monde y perde lorsque l’on se situe  dans l’affrontement (sauf l’actionnaire en l’espèce, mais ceci un autre débat).  J’observe ainsi très souvent des discours dans lesquels l’homme symbolise le mal (ce n’est sans doute pas pour rien qu’on le traite aussi de mâle) et doit entièrement et d’un coup violent tout balayer de son héritage, y compris le fait de tenir la porte par galanterie ou de porter des objets lourds lorsqu’il voit une femme ployer sous le poids de son sac. Je ne comprends pas ce féminisme où tout geste de courtoisie devrait disparaître parce qu’il est dicté par « des siècles de machisme et de domination », et que l’homme serviable a « forcément une idée derrière la tête ». Si l’on nous rend un service sans contrepartie et de bonne volonté, pourquoi vouloir à tout prix démonter les mécanismes psychologiques ayant conduit l’autre à ce geste sympathique (s’il s’avère que cet autre désire en fait une contrepartie, c’est lui que ça regarde, à moins qu’il ne l’ait précisé au préalable et fait signer un contrat de reconnaissance de dette pour service rendu avec précision du type de rétribution attendu) ? Il existe aussi des hommes maladroits mais bien intentionnés, et il est dommage qu’ils se voient d’emblée assimilés aux malotrus assumés, du seul fait qu’ils ne sont pas des femmes.

Je crois donc que le féminisme au sens de l’action militante pour favoriser l’émancipation des femmes ne peut s’affranchir d’une évacuation de la colère envers le sexe opposé. Tous légitimes que puissent être les ressentiments de femmes militantes ayant été victimes d’hommes rustres, ceux-ci ne doivent pas s’étendre à l’ensemble des hommes faute de quoi le dialogue et l’échange ne pourront pas s’établir et inciter ceux qui sont responsables du développement ou du maintien du sexisme anti-femmes à changer de comportement. Tenir un discours du type « tous les hommes sont des pervers abrutis » face à un « toutes les femmes sont des salopes sans cervelle » n’émancipe personne. Donc, à moins d’avoir humour et un sens de la répartie exceptionnels, les grandes tirades ou les phrases acides ne me paraissent en rien servir une quelconque cause d’élévation. Diminuer les hommes qui cherchent à diminuer les femmes rapetisse tout le monde (comme pour les salaires en somme, mais là, il n’y a aucun actionnaire pour récupérer quand même un bénéfice).

J’aimerais voir ce féminisme là relayé, s’il existe, celui qui encourage les hommes à être des gentlemen (même si d’aucuns objecteront que les gentlemen n’étaient en fait que des alcooliques notoires d’un autre temps, habillés de costumes en tweed ridicules, qui se réunissaient sans les femmes pour jouer au golf, boire du whisky et fumer des cigares, mais c’est justement l’occasion de moderniser le concept en le dé-machisant) et à se faire remarquer positivement, et à considérer comme éminemment souhaitable que celles qui représentent la moitié des humains voire plus dans certains pays aient autant d’importance qu’eux sur tous les plans.

Au lieu de cela, je vois beaucoup d’aigreur, de prises de bec, de « il faut faire ci et pas ça », de volonté d’abolir totalement le recours à toute blague contenant une once de sexisme (alors que l’humour, s’il n’est pas malveillant et fait en présence de personnes pouvant être blessées, est aussi un exutoire), de stricte parité dans les instances de direction plutôt que de réfléchir à un principe de parité réfléchi, tenant compte de la structure du salariat (il me semble ainsi étrange de souhaiter 50% d’hommes à la tête d’une entreprise comptant 85% de femmes pour prendre un exemple caricatural mais parlant). Et surtout, je bondis lorsque des femmes se disant féministes veulent interdire à des hommes de les rejoindre. Au nom de quoi les hommes seraient-ils privés d’un droit par celles qui veulent acquérir plus de droits ? Qui plus est du droit à leur permettre d’accéder à plus de respect et de liberté ? Je n’aime pas ce féminisme dogmatique, qui est loin à la fois du fondamental et de l’important.

Je rêve en bonne utopiste plutôt d’un monde où l’action féministe permettrait sa propre extinction en parvenant à ce que chacune ait les mêmes droits, chances, liberté et bénéficie du même respect que chacun. Hélas, il reste du boulot, et toutes les bonnes volontés sont invitées à se retrousser les manches pour y arriver. Les avancées déjà obtenues montrent que c’est possible ENSEMBLE.

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