Les papotins ou la tâche de Mariotte

12 Fév
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Photo : Pierre Grosbois

Parfois, il y a des spectacles auxquels on se rend sans a priori, par envie de découvrir ou pour la curiosité que provoque le petit résumé. On arrive alors sans attente, en sachant que l’on prend le risque d’être déçu, et en acceptant ce risque, parce qu’il est inhérent au spectacle vivant. En somme, c’est un peu comme acheter un billet de tombola, on n’y croit pas forcément réellement, mais il y a toujours cet espoir de gagner, pas forcément le gros lot mais au moins un lot. Et parfois on gagne vraiment. Récit de ma cagnotte.

Je suis arrivée hier à la maison des Métallos dans cet état d’esprit. Curieuse de savoir ce que pourrait donner un spectacle qui parlent d’autistes qui ont créé un journal dont je n’avais jamais jusque là entendu parler, lequel journal s’appelle le papotin. Qui existe depuis 25 ans tout de même et est réalisé par autistes et dont le rédacteur en chef est chef de service éducatif à l’hôpital de jour Santos-Dumont à Paris. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Parce que quand même, il faut dire que c’est potentiellement casse-gueule de parler d’autisme, en faisant jouer des acteurs qui eux, ne souffrent d’aucun autre trouble que celui de l’amour de leur étrange métier. En premier lieu pour les acteurs. Parce que lorsque l’on touche à une différence si difficile à appréhender, il faut trouver le ton, l’émotion et l’attitude justes, sans forcer des traits qui par nature le sont mais sans les gommer non plus.

C’était difficile donc, de réussir. Mais cette difficulté n’a fait peur ni à Eric Petit-Jean qui a écrit le spectacle à partir des textes du Papotin, ni aux quatre interprètes qui méritent plus que des éloges : Pierre Hiessler dit Nathanaël, le peureux chanteur de playback, Philippe Richard dit Thomas, le génie des nombres au carré, Philippe Vieux dit Arnaud, le fan de voitures chatouilleur de pieds, et Silvia Cor dite Carole, la galérienne du bus de banlieue réinventeuse de contes. Par leurs mots, leurs intonations, leurs mimiques, leurs gimmicks, ils arrivent à toucher à l’âme de chaque spectateur. Avec l’humour décapant des journalistes du papotin, qu’ils parlent d’amour ou de guerre, qu’ils s’expriment en leur nom ou interrogent des célébrités, qu’ils ouvrent grande la bouche ou qu’ils se taisent.

Comme l’écrit Eric Petit-Jean lui-même dans sa note d’intention : « ce n’est pas un spectacle sur l’autisme (…) Ce qui m’intéresse dans cette pathologie, c’est sa théâtralité, le fait qu’elle touche à la communication, dans un monde où savoir communiquer est devenu une question de survie ». Et par leurs phrases atypiques, par leur premier degré, par leur absence d’inhibition en même temps que par leur peur des autres, ils nous disent quelque chose non pas seulement sur eux, mais sur l’humain, sur la simplicité d’être soi, et la complexité d’avoir peur de qui l’on est. Ils ont des expressions désopilantes et des moments d’emballement qui impressionnent. Mais à travers ce que toute l’équipe ayant permis la mise en œuvre de ce spectacle lui aussi atypique, on ressent en tant que public une joie et une paix profonde à être là et à se laisser toucher par un univers inconnu, qui reste toujours un peu inaccessible, mais d’une richesse incroyable.

Décrire réellement ce qui se dit, ce qui se trame sur scène n’aurait pas de sens. Même si l’on apprend au passage comment résoudre le problème du chômage (François Hollande devrait venir écouter cela), que les femmes et les filles c’est bien, et que les garçons ça ne sert à rien (mais ça on le savait déjà un peu), que l’on pourrait regrouper la petite sirène, la belle au bois dormant et blanche neige en une seule histoire, et que l’on découvre le 2ème métier de Ségolène Royal, ces détails n’en disent pas assez pour retranscrire cette expérience. A l’image de celle de la tâche de Mariotte qui est la prise de conscience du point aveugle de chaque œil lorsque l’autre est fermé (très intéressante découverte, papiers imprimés à l’appui). Alors qu’en tant que public, on se laisse envahir par ce que communiquent ces 4 comédiens à la philosophie particulière, il n’y a pas non plus d’angélisme sur l’autisme. Juste un moment suspendu où l’on reçoit cette différence « canalisée » pour les besoins de la forme théâtrale comme un cadeau que l’on attendait pas. Et dont l’on ressort soi-même heureux et différent.

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