Du marketing shampooinesque

21 Fév

6shampooing

En préalable de ce billet, je voudrais dire que j’ai un profond respect pour le marketing, d’autant plus grand que quand j’étais jeune (oui, je sais, je le suis toujours), je nourrissais l’espoir un peu fou de devenir marketeuse. J’ai même poussé ma vocation jusqu’à obtenir un diplôme de mercatique qui m’a permis, parce que la logique n’est pas toujours mon fort, de finalement ne jamais appliquer ce que j’avais appris grâce à une conjonction de facteurs qu’il serait trop long de narrer ici, mais tournant principalement autour du nombre plus élevé de personnes ayant un diplôme en marketing que de postes à pourvoir dans ce même domaine. Bref, après cette longue introduction totalement narcissique (comme l’ensemble de ce blog cela dit en passant, parce que pourquoi tenir un blog si l’on n’est pas un tout petit peu atteint d’un besoin narcissique de valorisation de soi-même diraient sans doute Jung et Gérard Miller), je tiens à redire que j’aime bien le marketing. Les promotions, la mise en valeur en tête de gondole, les mailings ciblés, le changement de packaging, les marques ombrelles, les matrices SWOT et autres techniques de prix psychologiques m’intéressent toujours.

Mais bon, parfois, il faut avouer que les choses vont trop loin et que l’on se demande à quoi ont pensé le chef de produit et le directeur marketing en haut du 43ème étage de leur tour de la Défense. Surtout lorsque l’on veut acheter un produit cosmétique. Par exemple un vulgaire shampooing. Eh bien, sachez mesdames et messieurs qu’un vulgaire shampooing, cela n’existe plus qu’au fin fond de l’étagère du bas de votre parapharmacie, et encore.

Si vous cherchez un produit qui « lave les cheveux normaux » ni plus ni moins, vous ne trouverez plus ça. Ce qui veut dire en premier lieu qu’il faut que vous sachiez comment sont vos cheveux. Parce qu’ils ne peuvent pas être normaux (de toute façon, Jung et Gérard Miller vous diraient aussi que la normalité n’existe pas, ce qui tombe assez bien finalement dans le cas présent). Donc, a priori, votre cheveu correspond à au moins un de ces qualificatifs, et de préférence à plusieurs : fin, sec, coloré, cassant, gras, mixte, racines grasses à pointes sèches, racines sèches à pointes grasses, clair, foncé, frisé, lisse, fourchu, à pellicules, etc. Malheureusement, il n’existe pas (enfin pas encore, mais cela finira sans doute par venir) de conseillers-diagnosticiens des cheveux dans les grandes surfaces. Il vous revient donc la lourde tâche de vous situer vous-même dans cette liste de critères compliqués, ce qui, vous l’aurez compris, aura des implications primordiales sur la suite de votre achat. Imaginez que vous ayez des cheveux foncés mixtes et cassants et que vous choisissiez la variété pour cheveux foncés mixtes et fins, c’est toute votre vie qui pourrait s’en trouver transformée.

Malgré tout, parce que vous n’avez pas peur des défis et que vous avez déjà testé un certain nombre de shampooings dans votre vie, vous avez réussi à définir à peu près ce que vous cherchez dans la jungle des produits lavants capillaires (vous remarquerez à quel point cette expression est démarketisée et peu glamour). Et là vous découvrez que vous avez oublié, comme si vous étiez le pire des béotiens, de définir « l’effet magique » recherché : nutrition, volumateur, sublimateur, lissant densificateur, régulateur de sébum, hydratant, relaxant (oui oui, relaxant), texturisant, là encore les qualificatifs sont nombreux. Bon an mal an, vous essayez l’appariement logique entre la nature autoproclamée de vos cheveux et l’effet privilégié (pour fin et épaississant, cela est relativement facile mais peut-on associer un cheveu fin et un shampooing texturisant, rien n’est moins sûr). Enfin, comme si cela ne suffisait pas, les laboratoires cosmétiques adorent montrer qu’ils innovent et vous rajoutent forcément des des ingrédients miracles : vous pouvez donc trouver sur le marché les produits suivants : au collagène, au fibra-cyclane, au biocomplex B11, au complexe dermo-kératyl, au nutrigloss, et même des shampooings avec des paillettes dedans.

A minima pour sélectionner le bon flacon, il faudrait donc sans doute une agrégation en shampooinologie. Et je vous fais grâce du choix du parfum qui peut ne pas vous plaire et remettre en cause tout votre cheminement décisionnel pour en acheter un dont l’odeur vous plaise davantage. L’hyperchoix c’est bien, mais pour ma part, trouver quel shampooing me correspond peut me prendre plus de temps que tout le reste de mes courses. Tout ça pour à la fin, découvrir qu’ils ont tous les mêmes ingrédients aux noms barbares, dont de l’eau, du sodium laureth sulfate, du sodium lauryl sulfate (donc très différent du premier), de la betaine, de l’aminopropyl triethoxysilane, du benzyl alcohol, du linalool et des arômes artificiels tout aussi chimiques.

En bref, de toute façon, vous ne comprendrez pas ce que vous vous versez sur la tête. Alors rendez vous service, prenez le premier dont vous supportez l’odeur et éloignez-vous de ce rayon avant de tomber sur les crèmes hydratantes.

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