De l’art de conclure

6 Mar

Salon de la photo 2014 (3)

Chers lecteurs, à la vue de ce titre, je vous sens curieux, voire fébriles, attendant impatiemment un énième article parlant de techniques de séduction et vous donnant enfin la recette miracle pour rendre n’importe quelle personne vous plaisant folle de vos charmes. Étant opposée à toute forme de manipulation en matière affectivo-sexuelle, je me vois contrainte de vous décevoir et de vous renvoyer aux rubriques love de feu OK Podium pour les moins de 15 ans et de ses équivalents pour votre tranche d’âge pour les autres. Vous trouverez aussi certainement d’excellents conseils sur les forums des sites de rencontres ou autres sites Internet dédiés à l’art très couru d’approcher sa proie (vous pouvez même sans doute trouver de l’inspiration sur chasseetpêche.com si ce site existe).

L’objet, ou plutôt le sujet de mon article du jour est celui de la conclusion elle-même, et plus précisément de la conclusion des histoires, qu’il ‘agisse des livres, des films ou des comédies de boulevard ou drames représentés sur scène. Parce que j’ai remarqué que souvent, cette partie est celle qui est la moins réussie d’une œuvre. Or elle constitue la dernière impression face à ladite œuvre et à ce titre celle sur laquelle le lecteur / spectateur restera de façon irrémédiable. En théorie, elle devrait donc en être l’élément le plus soigné. Que nenni, faisant fi d’une règle pourtant rabâchée pendant toute notre scolarité soulignant (la plupart du temps à juste titre) que le correcteur, s’il choisissait de ne lire qu’une partie de notre composition écrite / exposé / mémoire, se concentrerait sur la conclusion, les auteurs / scénaristes / réalisateurs se complaisent à mettre à leur production un point final qui n’en est pas un.

Imaginez ainsi que j’ai stoppé cet article à la fin du premier paragraphe, ou du deuxième. Vous m’en auriez très certainement voulu de créer du teasing pour ne rien dire derrière dans le premier cas, ou d’exposer le sujet de mon ire puis de vous laisser en plan dans le deuxième cas. Et vous auriez eu bien raison, puisque la vérité est que j’aurais en fait joué les feignasses avec mon article à titre racoleur juste pour obtenir du clic. Or comme vos clics n’ont d’autre utilité que d’enrichir l’hébergeur de ce blog qui y poste de la pub à l’insu de mon plein gré en échange de la mise à disposition de son interface, vous faire cliquer juste pour le plaisir de faire grimper mes statistiques aurait été d’une part peu fair play comme je l’ai déjà pointé de l’index ci-avant, et d’autre part totalement irrationnel parce que l’enrichissement de l’hébergeur n’est absolument pas l’un de mes objectifs dans la vie. Du coup je poursuis sur cette histoire de conclusion pour dénoncer tout particulièrement deux hérésies en la matière.

La première technique que j’abhorre est celle de la conclusion qui annonce clairement qu’il y aura un volume ou un opus 2 et constitue presque une technique d’achat forcé. En effet, dès lors que l’on est bien rentré dans l’intrigue, si l’on veut la fin, on ne pourra pas faire l’impasse sur le tome ou film suivant, voire sur le numéro trois, alors même que l’on n’a pas reçu d’avertissement de départ : attention, vous entamez un cylce de 2/3… / n épisodes, prévoyez le temps et le budget nécessaires pour pouvoir terminer. Il ne s’agit pas pour autant de s’opposer au principe des histoires à épisodes, mais il est tout de même possible de faire exister chaque opus par lui-même en le faisant se terminer par une phrase ou une séquence permettant un redémarrage ou un rebondissement tout en ayant un sens intrinsèque.

La deuxième hérésie que je tiens à dénoncer, et la pire à mon sens, est celle de la fin qui n’en est pas une. La phrase ou la scène s’achève et pof, fin du livre ou du film / spectacle. Sans que l’auteur ait pris le parti du bon / du méchant / du choix déterminant du ou des héros/ de terminer sur une note joyeuse ou une morale fataliste. Et le pire est que l’auteur se justifie en général par cette excuse totalement bidon de « laisser le public se faire son opinion ou imaginer ce qui va se passer ». Alors là que l’on soit bien clairs, quand je veux me faire une opinion sur un sujet, je me documente à fond et consulte des avis contradictoires avant de me positionner. Mais ces avis sont tous assez tranchés. Et si je veux imaginer des histoires, je les imagine. Mais quand je suis dans une position de consommatrice de biens culturels, j’attends que l’on me livre un produit fini. Jamais mon boulanger n’oserait me refourguer une baguette sans croûton en me disant « d’imaginer » quel goût et impressions j’aurais eu en consommant ce petit morceau de pain croustillant. Je ne trouve donc pas plus acceptable qu’un auteur ose me retirer cet ultime moment de plaisir que je recherche en découvrant comment s’achève sa création. Et surtout pas qu’il utilise des excuses bidon pour justifier son oubli ou sa difficulté à trouver l’idée qui rendra son œuvre soit géniale soit hélas un peu plate, quand bien même tout le reste était très réussi. Comme le dit le proverbe, ne pas choisir, c’est se priver de toutes les options, choisir, c’est se priver de toutes les options sauf une (j’ignore si ce proverbe existe réellement mais je pense que oui).

Je demande donc de façon très officielle et formelle à tous les auteurs aimant un tant soit peu leur public d’en prendre soin en lui livrant des histoires clé en main, lui permettant de s’abandonner avec délectation à l’absence de réflexion et de se laisser séduire sans résistance telle une proie facile par leur œuvre irrésistible.

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