Réflexion sur l’acte de pleurer

4 Avr

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Si l’on nous rebat les oreilles depuis plusieurs années de grandes théories sur le développement personnel, le mieux-vivre, le bien-manger, l’art des relations amoureuses et tutti quanti, il est un domaine sur lequel la pensée ne semble guère progresser : celui des pleurs. En tant que personne sensible et à l’émotivité plutôt surdéveloppée (eh oui, il fallait bien une phrase égocentrée dans ce billet), le manque d’acceptation des pleurs est une chose qui à la fois me surprend et me peine (pas au point de verser des larmes toutefois, je tiens à le préciser).

L’on tient en effet souvent pour bonnes, acceptables, ou tout au moins compréhensibles toutes les autres manifestations d’émotion, du fou rire nerveux au bon coup de sang colérique, en passant par l’excitation disproportionnée ou la nervosité. En revanche, voir des larmes couler le long des joues d’un être humain est communément vu comme une réaction, au choix, puérile ou honteuse ou traduisant une incapacité à contrôler les événements de sa vie. Les pleurs n’ont leur place qu’en cas de décès ou de maladie, si possible grave.

Et pourtant, pleurer n’est à mon sens ni plus ni moins naturel que manifester n’importe quelle émotion. Il peut être aussi bon de pleurer que de rire à gorge déployée. Parce que les larmes évacuent les tensions, l’estomac noué, et qu’elles sont une manière de s’écouter. Elles peuvent venir d’une intense fatigue qui crée une impression de malaise, de ne plus arriver à gérer les choses, de l’empathie face aux difficultés d’autrui, et, le plus souvent, de la confusion ou des difficultés rencontrées sur le moment. Pleurer, lorsque l’on a la gorge serrée, c’est simplement accepter de reconnaître sa fragilité. Et la soigner aussi, par un acte concret qui a en plus le mérite de rendre les canaux lacrymaux tous propres tous beaux. Beaucoup de gens se privent ou ne parviennent pas à pleurer et en souffrent d’ailleurs. Parce qu’ils ont trop intériorisé le côté honteux de cette manifestation de leur sensibilité. Ou parce qu’ils ont peur de cette dernière. Alors que les personnes sachant larmoyer n’y voient qu’un acte banal, qu’elles peuvent vite oublier (nonobstant les pleureurs professionnels qui ont fait de leur talent un instrument dont ils obtiennent moult avantage, au grand dam des victimes bien choisies de ce circus lacrymalus.

Pour ma part, je trouve qu’une personne qui pleure est belle au même titre qu’une personne qui sourit. Evidemment, esthétiquement, lorsque la morve lui vient, c’est aussi flippant qu’un rire démoniaque. Mais dans ce qu’elle livre d’elle-même en laissant l’eau lui couler du visage, elle est profondément touchante. Seulement, pour la plupart des observateurs, ces tas de larmes ont un côté qui désarme. Parce qu’on leur accorde trop de gravité au lieu de les accueillir comme l’expression de la fragilité précédemment évoquée. L’émotif qui pleure n’est pas forcément plus malheureux que le sensible qui se contient (et qui risque un jour d’imploser ou d’exploser en une réaction violente). Il est simplement face à une situation qu’il ne maîtrise plus et exprime son désarroi, seul ou en public. Et qu’il soit seul ou face à un tiers dont il attend juste la capacité à accueillir sa faiblesse, sans l’aider forcément mais surtout sans le juger, il se débarrasse par cette voie du trop plein qui l’empêche de penser. Pour mieux se recentrer. Et très souvent, cela lui suffit. Il n’y a pas de suite à donner. Parce que l’exercice libère et aide à passer à la page suivante : celle du sourire qui illuminera son visage et le rendra capable, à son tour, d’accueillir la peine d’un autre.

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Une Réponse to “Réflexion sur l’acte de pleurer”

  1. wanderingcity 4 avril 2016 à 18:53 #

    Je suis bien d’accord! Vive les larmes (en plus ça fait du bien).

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