Mises en capsules – Edition 2016

3 Juin

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Le festival Mises en capsules du Ciné 13 Théâtre fait partie des quelques évènements culturels annuels que je serais extrêmement malheureuse de rater. Pour résumer rapidement sans me répéter longuement pour ceux ayant lu mes articles des années précédentes, il s’agit d’un festival de « formes courtes théâtrales » de 30 minutes pour chaque pièce. Au total, une quinzaine de pièces sont sélectionnées chaque année, réparties en trois séries de cinq. Donc pour les voir toutes, il est nécessaire de venir 3 soirs sur les 3 semaines du festival. Malheureusement, cette année, pour le 10ème anniversaire du festival et la 5ème édition à laquelle j’assistais, mon calendrier m’a forcé à choisir une seule série parmi les trois. Bonne nouvelle tout de même, je suis absolument ravie de on choix.

Capsule 1 Penser qu’on ne pense à rien, c’est déjà penser à quelque chose (Texte et mise en scène : Pierre Bénézit, avec : Olivier Broche, Vincent Debost, Anne Girouard) Un soir, Barbara sonne à la porte de Paulbert et Wilfried, qui sont en plein travail, à la recherche d’une épicerie pour acheter une bouteille de vin et de son chemin pour se rendre à une soirée chez des amis rue Boulard. Seulement, l’épicerie a fermé depuis longtemps et c’est un tout autre type de boutique qu’on ouvert ces deux comparses étranges qui répètent en boucle une conversation téléphonique étrange. Précisément, ils vendent des conversations que Paulbert écrit avant de leur donner corps et de les tenir devant leurs acheteurs pour leur montrer leur potentiel. Afin de ne rien laisser au hasard lorsque la situation prévue par le client se produit. La confrontation de ces trois personnages va offrir des conversations moins maîtrisées et tout à fait truculentes, sur des sujets aussi divers que l’histoire comme éternel recommencement ou la possibilité de ne penser à rien. Des sujets qui apparemment sont sérieux mais qui, sous la plume de Pierre Bénézit et avec la complicité des trois comédiens, provoquent sourires et éclats de rires. C’est frais, original, sympathique, ça glorifie la beauté des mots et la demi-heure passe beaucoup trop vite. Heureusement, on peut continuer à penser à rien ou à quelque chose encore longtemps après.

Capsule 2 : I.D (Texte : Rasmus Lindberg, Mise en scène : Isabelle Mazin, avec : Christèle Billault, Anneliese Fromont, Côme Lesage, Amélie Prévot, Lucie Reinaudo, Damien Robert, Maud Roulet et Matyas Simon) Autant ne pas le cacher, I.D. est ma seule déception de cette soirée presque magique. Non pas que l’auteur suédois ait manqué d’idées. Au contraire justement, on pourrait résumer cette pièce en un laconique « trop d’idées tue l’I;D ». Toujours est-il que le texte traîne en longueur sans que l’on en comprenne le sens. En gros, les acteurs annonce, en s’adressant au spectateur comme individu qu’il va mourir dans 30 ans. Et l’on est entraînés dans une cave avec des dealers ukrainiens, dans une cuisine à jouer à la crapette, au Québec avec des jeunes tout ce qu’il y a de plus normaux à l’exception de leur accent, à l’hôpital, et dans bien d’autres lieux encore. L’interprétation est parfaitement convaincante, les comédiens pleins de dynamisme, et l’on a vraiment envie d’aimer. Mais rien à faire, définitivement, il manque une cohérence, une histoire que l’on puisse comprendre après une journée de travail et sans avoir besoin d’être agrégé de littérature suédoise. Dommage.

Capsule 3 : Comme elles inspirent (Texte : Raphaëlle Moussafir, mise en scène : Noémie Elbaz, avec : Léna Bréban, Julie Debazac, Elise Diamant, Déborah Grall, Sophie Le TellierIncontestablement, cette « capsule » était attendue vue la bousculade atroce qui s’est produite avant son démarrage, résultant de la renommée de l’auteure et des comédienne d’une part, ayant visiblement convoqué le gratin du théâtre parisien, et d’une malencontreuse panne du système informatique du théâtre ayant entraîné un surbooking pour lequel nous avons eu droit à de multiples excuses. Le fait est qu’il n’est pas ressorti ce qu’il y a de plus beau dans l’umain au sein du public entre jeux de coudes, pieds écrasés, resquillage et autres stratégies pour obtenir le sésame du meilleur fauteuil. Et il a même fallu que certains invités en détaxe acceptent de revenir à une autre date, la salle étant plus qu’archi-comble. Tout ceci aurait en soi pu inspirer une 6ème capsule pour cette soirée. Enfin assise, j’ai pu respirer. Et petit à petit, calquer mon souffle sur celui de ces cinq femmes d’aujourd’hui parlant d’elles, de leurs amours, de leur côté névrosées de super working girl lessiveuses cuisinières et control freak, à la vie trop posée et sage par réaction à leur mère bordélique, déroutées par la maladie de leur génitrice entraînant une rupture brutale avec leur précédent statut d’enfant de leur mère, soucieuses des traditions à leur corps défendant, manquant de confiance en elles, ne se sentant pas à la hauteur des qualités qu’on leur reconnaît. Des femmes en somme comme vous (si vous êtes une femme), comme moi, comme toutes celles que nous croisons sans nous arrêter sur leurs pensées. Et des pensées magnifiquement mises en mots par celle qui s’est fait connaître avec le fabuleux « du vent dans mes mollets ». Quand les phrases sonnent juste, que les comédiennes donnent vie aux émotions, que le rythme est dynamique, bref que tout fonctionne aussi merveilleusement que le mécanisme d’une montre suisse, que peut-on faire sinon se laisser porter par ce qui est face à soi ? C’est précisément ce que j’ai fait. Et je le referai si la version longue du spectacle voit le jour.

Capsule 4 : Pour en finir avec Zorro (Texte :Camille Chamoux, collaboration artistique : Camille Cottin, avec : Camille Chamoux) Camille Chamoux bénéficie de sa petite renommée, avec un joli spectacle, « Née sous Giscard » quia connu un succès mérité. Et pourtant, il semble que le gratin présent pour la pièce précédente n’a pas pleinement réalisé que rester valait le coup. Ce qui dans un sens était salutaire puisque pour cette quatrième représentation de la soirée, tous ceux qui le désiraient ont pu s’installer dans la salle, sans le chaos décrit précédemment. C’est donc dans un climat plus apaisé que cette artiste pétillante a pu nous raconter sa tentative ratée pour inculquer le sens de l’agressivité à des moines bouddhistes en leur apprenant l’anglais (lesquels moines bouddhistes auraient été bien utiles 45 minutes avant pour inculquer la politesse et le calme au public). Mais aussi plein d’autres épisodes pleins d’autodérision sur sa vie de bobo dans le 11ème allant se faire servir une bière dans un bar algérien fréquenté par des hommes ou tester le nouveau restaurant écolo-vegan du quartier. Et quelques arguments bien utiles pour faire taire les misogynes définitivement. Évidemment, j’en ai déjà trop dit en racontant tout cela et écorné quelques surprises de ce nouveau seule en scène. Mais il ne faut pas s’en inquiéter puisque celui-ci dure plus que 30 minutes dans sa version longue qui verra le jour en septembre et que j’ai tout de même su tenir ma langue pour laisser quelques surprises à ceux qui iront la voir. Et de toute façon, racontée par Camille Chamoux, c’est évidemment beaucoup plus drôle que résumé en quelques phrases sur cette page. Quant à Zorro, ce n’est ni son héros, ni le mien, et nous partageons la même vénération pour celui qui a sa préférence sur l’homme au masque qui ne cache rien.

Capsule 5 : La fille qui a décidé de vivre (Texte et mise en scène : Christèle Sabalot-Jungalas, avec : Anna Carraud, Léonard Boissier, Wilfried Delvigne, Ruthy Scetbon) C’est parfois surprenant de constater à quel point une heure de temps peut transformer totalement un lieu et une ambiance. Et pour ce cinquième spectacle, le public s’était bêtement raréfié, parce que ça valait le coup de rester. Mais chaque malheur ayant sa face positive, cette désertion sans doute liée à l’absence de tête d’affiche sur le programme m’a permis d’assister au spectacle confortablement installée au 1er rang sur un des canapés rouges que j’aime tant. Et de regarder Kimmy, jeune adolescente de 14 ans prostituée par son frère et son grand-père, redécouvrir sa part de douceur et d’insouciance avec Mira, jeune adolescent lui aussi ayant découvert trop tard qu’il avait eu des relations tarifées avec une fille beaucoup trop jeune à laquelle il s’attachera très vite. Il y a beaucoup de poésie dans cette histoire qui pourrait être sordide ou violente, mais dont la mise en scène, grâce au recours à une narratrice et à la musique au lieu des mots pour certaines séquences, est très réussie. Il est difficile voire impossible de ne pas s’attacher à ces deux jeunes gens sincères et courageux qui vont apprendre à s’apprécier et à être solidaires par un jeu de circonstances peu ordinaire. Une jolie conclusion pour une soirée riche en émotions.

Si vous passez près de l’avenue Junot avant le 11 juin, surtout n’hésitez pas à vous y arrêter et à prendre un billet pour la soirée, ou un pass pour voir les quinze capsules de l’année.

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