Le portrait de Dorian Gray

21 Juin

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En théorie, le portrait de Dorian Gray devrait être une expérience déplaisante : parce que c’est l’histoire d’un salaud qui, par la magie d’un tableau peint par un de ses amis artistes éperdument fasciné par ce jeune homme, ne portera aucun des stigmates de son âge ni de ses actes. Lequel homme déshonorera sans scrupule plusieurs générations de femmes. Le tout écrit par un auteur misogyne au dernier degré. En théorie seulement. Parce qu’en réalité, je pardonne tous ses affreux propos à Oscar Wilde tant sa plume est belle et bien acérée et ses aphorismes géniaux. Et que voir des acteurs brillants dans de magnifiques costumes sur la scène d’une très jolie salle de l’avenue Montaigne à Paris met presque obligatoirement également dans de bonnes dispositions.

Au vu de ces éléments, je me vois donc dans l’obligation de faire preuve de la plus extrême bonne foi au monde et de rendre hommage à cette pièce. A la naïveté sincère ou à la sincérité naïve, je ne saurais pas trancher, qui émane de Thomas Scott en tant qu’interprète de Basil, le peintre de génie éperdument épris de son modèle et prêt à toutes les concessions pour pouvoir profiter de sa présence. Laquelle disposition lui amènera à présenter à Dorian son ami Harry, philosophe cynique poussant les autres à la débauche et s’érigeant très vite en maître à penser du toujours jeune éphèbe.

Là, je me dois de faire une parenthèse sur Harry. Evidemment parce qu’il est en apparence le second rôle de la pièce, et en réalité son véritable pivot. Mais aussi parce que j’ai découvert Thomas le Douarec, qui est aussi le metteur en scène de cette magnifique interprétation, et que je crois que je suis tombée sous le charme (uniquement théâtral, cela va sans dire…) de sa diction et de son humour, dont il fait profiter le public au moment des applaudissements plus que mérités et qui n’a pas tant que ça à envier à celui de ce vieil Oscar (Wilde, évidemment). Toujours est-il que la bonhomie du personnage fait passer ses leçons de goujaterie comme une lettre à la poste, et rend ses réflexions philosophiques plus accessibles encore que ne l’eût fait un Annabac.

Il est temps enfin d’en venir au « héros » ayant volé les traits du réellement jeune Arnaud Denis (oui, toute personne plus jeune que je ne le suis est forcément réellement jeune puisque je le suis moi-même, et je vous accorde que cette digression n’a aucun intérêt mais vous ne croyiez tout de même pas que j’allais faire une chronique sur Dorian Gray sans introduire un minimum de narcissisme j’espère). Dès le début, il semble détestable, mais on le croit alors récupérable. Jusqu’au moment où, ayant dépassé son mentor en absence de scrupule, il grimpe la plus haute marche du podium de l’antipathie en devenant carrément effrayant. Ce crescendo est rendu avec talent par ce comédien à la biographie déjà impressionnante.

Pièce misogyne oblige, je n’ai pas donné dans mon compte rendu la préséance aux femmes qui ont le malheur de croiser la route de ce Dom Juan sans une seule ride, toutes incarnées par Caroline Devisme, qui nous régale de sa capacité à jouer les caméléons tout autant que de sa très jolie voix de chanteuse a capella. Bien que peu présente, elle illumine le plateau à chacun de ses brefs passages.

Vous l’aurez compris, en allant voir de Dorian Gray, j’ai perdu tout objectivité au premier aphorisme. Et il se peut que vous ne brossiez pas du tout le même portrait de cette pièce si vous vous y rendez, d’autant que vous pouvez avoir un casting entièrement différent, les acteurs étant tous en alternance. Mais j’ai été ensorcelée par cette adaptation, et j’assume tout à fait mon ressenti de midinette. A vous de choisir de vous laisser séduire ou pas.

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