Face aux horreurs

25 Juil

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Voilà désormais plusieurs mois que les nouvelles françaises et internationales sont régulièrement tragiques et que les attentats se succèdent. Turquie, Syrie, Liban, Etats-Unis, Yemen, Irak, Afghanistan, France, Belgique, Allemagne, Burkina Faso, Côte d’Ivoire et sans doute encore d’autres pays que j’oublie ont subi l’indicible. Le plus souvent directement menés ou sous l’influence de l’État islamique ou de Boko Haram, mais parfois aussi de manière isolée, parce qu’un fanatique s’est trouvé en possession d’une arme, et qu’un rapport sans doute contrarié à sa vie l’a amené à tirer sur des innocents. Les mobiles ne changent rien à la tragédie qu’ils engrangent, à l’horreur de savoir qu’une telle violence puisse se développer en un être humain qu’il en tue d’autres sans scrupule, ni à la tristesse et à la colère des survivants face à ces actes barbares.

Comme les autres citoyens du monde et de mon pays, je regarde défiler les nouvelles de ces attentats qui semblent dernièrement se succéder à un rythme de plus en plus soutenu. Je suis envahie de ces nouvelles qui déferlent sur Internet et les réseaux sociaux souvent beaucoup trop vite, souvent avec des contre-informations, souvent avec beaucoup trop de brutalité voire avec un voyeurisme abject que la transmission de l’atrocité des faits ne saurait à lui seul justifier. Paradoxalement, plus ces actes se multiplient, plus j’en deviens distante. Mes émotions ne sont plus dictées par la fameuse règle dite du « mort kilomètre » (soit sommairement le fait d’être davantage choqué par l’explosion d’une bombe dans sa région ou son pays qu’à des milliers de kilomètres). Leur intensité également. Etrangement, j’ai plu tremblé le 3 juillet en lisant les nouvelles de Bagdad que le 14 juillet face à celles venant de Nice. L’empathie, la révolte et le chagrin de ceux qui assistent impuissants à ce défilé d’horribles actualités ne sont pas plus rationnels que la cruauté de ceux qui commettent ces crimes.

Comme les autres citoyens du monde et de mon pays sans doute, je me sens démunie. Je sais que je n’ai pas le pouvoir d’empêcher le prochain attentat, d’empêcher que la haine et le fanatisme détruisent des vies au hasards, celles des victimes et celles de leurs proches. Je sais que mon empathie ou ma prise de distance ne changeront rien à un « phénomène » qui ne semble pas vouloir s’éteindre.

Mais je sais aussi que l’empathie ou la prise de distance sont les seules réponses à peu près saines que je peux, à mon humble niveau, apporter à la barbarie. Parce que je vois à chacune de ces nouvelles que je souhaiterais ne plus jamais voir défiler des débats de plus en plus stériles et virulents se former par médias interposés entre les politiques, par invectives donnant des hauts-le-cœur entre des personnes supposées intellectuellement supérieures ou au moins « bien éduquées » sur les réseaux sociaux. On reproche au maire de telle ville de ne pas avoir été plus vite sur les lieux du drame, à celui de telle autre de n’avoir pas mis plus de policiers en faction au moment de l’explosion ou des tirs de kalachnikov. On reproche à ceux qui continuent d’aller au concert de ne pas mettre leur vie en stand-by et à ceux qui se terrent chez eux de donner raison aux terroristes en cessant de faire la fête. On met sur le même plan tous les terroristes quel que soit leur nombre, leurs motivations, les méthodes employées et l’on ne se prive pas de faire des amalgames entre race, religion, proximité politique, niveau social et autres variables sociologiques et terrorisme.

A chaque fois que ces remarques acerbes émergent, que les politiques et les citoyens s’insultent, que les médias mentent en diffusant de informations non vérifiées qui s’avéreront fausses dans l’heure pour attiser les passions, les multi-criminels qui ont donné lieu à ces réactions gagnent. Parce qu’en plus de vies humaines, ils réussissent à détruire un peu de l’humanité que nous possédons tous. Tout comme, hélas, en nous « habituant » à vivre avec l’épée de Damoclès d’une mort non accidentelle un peu partout dans le monde, ils nous dépossèdent un peu de cette propension à être en deuil qui elle aussi fonde notre humanité. Au fil des découvertes de ces tragédies, c’est cette déshumanisation que je crains le plus. En même temps que j’admire sans réserve les solidarités à l’œuvre dans certains lieux ou de la part de personnes où nos représentations et préjugés n’auraient pas forcément cru cela possible.

Je ne sais pas de quelles tristes nouvelles demain sera fait, je ne sais pas si je pleurerai les prochains morts, je ne sais pas si je chercherai des coupables autres que ceux qui ont tenu les armes entre leurs mains ou les ont déposées dans les mains des coupables. Je souhaite juste arriver d’abord à ne jamais trouver normal ces horreurs qui ne le sont pas, et ensuite et surtout à ne jamais mettre de l’huile sur le feu. Résolution difficile s’il en est, mais ô combien indispensable pour ne pas laisser la haine gagner !!

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