Du droit à être victime

23 Août

Alsace et Nancy Août 2016 (895)

Cela fait quelque temps que j’ai pris un peu de distance dans ce blog avec les sujets très personnels. Parce que j’ai évolué, ma vie avec, parce que de plus en plus de lecteurs me connaissent « dans la vraie vie » (ou IRL, pour employer le terme 2.0 idoine), par manque de temps pour me poser et réfléchir avant d’écrire aussi (ce qui ne signifie pas pour autant que mes billets sont bâclés ou totalement dénués de la moindre prise de recul). Et en même temps, ce blog est aussi un espace que j’apprécie aussi parce que je m’y livre toujours d’une manière ou d’une autre, et que parfois, je m’y dévoile plus franchement et complètement (avec certes, toujours une réserve nécessaire à mon sentiment de libre expression).

Ce soir, j’ai envie de parler de ce sujet qui me tient à cœur, celui du « statut de victime ». Un thème qui est difficile à aborder sans paraître chercher la compassion, ou les larmes, ou passer pour quelqu’un qui se fait passer pour non responsable de ce qui lui arrive. Il se trouve que rien ou quasiment ne me fait davantage sortir de mes gonds que lorsqu’une personne tierce me reproche de me victimiser (je peux vous fournir au moins 10 témoignages de personnes tierces ayant subi ma rogne suite à l’emploi de ce terme). Je ne supporte pas ce jugement parce que j’ai pour principe absolu de toujours assumer ma part de responsabilité dans les évènements désagréables qui peuvent m’arriver, et même souvent au-delà. J’estime en effet que, sauf rares (mais hélas réelles) exceptions, la répartition de la culpabilité n’est jamais de l’ordre de 0 % versus 100 %.

Malgré cela, il existe des comportements et des actes objectivement coupables qui sont imputables à leurs auteurs, et cela même si ceux qui les subissent ont pu, consciemment ou non, les favoriser par leurs propres actes ou comportements. Dans de tels cas, ceux qui subissent sont des victimes. Pas des geignards ni des faibles, ni des gens qui se victimisent. Des vraies victimes. Factuellement parlant. Et ces victimes ont « normalement » le « droit » à être reconnues comme telles. Il se trouve d’ailleurs que cette reconnaissance est souvent beaucoup plus attendue que toute sanction qui pourrait être octroyée au coupable. Parce qu’aucune sanction n’est susceptible d’effacer ce qui s’est produit. Et que la sanction n’a pas forcément de sens si elle n’amène pas le sanctionné à prendre conscience des conséquences de ce qu’il (ou elle) a fait et si possible à au moins formuler le désir de ne pas le refaire (mais ceci est un autre vaste sujet qui a déjà été maintes fois analysé par des experts que je vous invite à lire ou à rencontrer et sur lequel je vous ferai grâce d’un long développement).

Pour en revenir au sujet du soir, comme certainement tout le monde ou presque, je ne suis pas un bisounours et il m’est arrivé de subir des choses dont je me serais très volontiers passée. Elles m’ont forgé la caractère, mais il est probable que j’aurais tout de même eu du caractère sans cela. Parmi ces évènements, j’en compte deux pour lesquels je considère avoir été « victime » (et là aussi, je serais très heureuse de pouvoir me passer d’employer ce terme). Dans les deux cas, je me suis tournée vers ce qu’on appelle « les autorités compétentes », dans la mesure où cela concernait des faits pour lesquels des procédures juridiques susceptibles d’aboutir à des sanctions existent. Dans les deux cas, je me suis retrouvée bredouille. Parce que le système veut qu’une victime doive fournir un nombre de preuves incontestables presque aussi gros qu’un bottin, corroborées par des témoignages de personnes qui peuvent craindre des représailles ou se faire acheter ou manquant tout simplement de courage, ou bien encore inexistantes pour les faits s’étant entièrement déroulés sans témoins. Et aussi parce que malheureusement, et cela a été le cas pour les deux évènements auxquels je fais référence, les êtres qui font du mal aux autres savent qu’ils seront soutenus par des personnes suffisamment puissantes pour dissuader le plaignant d’aller plus loin, et se permettent de faire du mal précisément parce qu’ils comptent sur ce soutien.

J’ai beaucoup souffert des combats que j’ai menés contre ces deux grosses injustices. Pour l’une des deux, je crois même avoir plus perdu dans le combat que dans l’injustice elle-même. Je ne pouvais simplement, pas, pour de multiples raisons, faire le dos rond dans cette situation précise. Je ne regrette pas d’avoir lancé cette procédure, je suis même quelque part fière de la combativité que j’ai eue dans des circonstances m’ayant fragilisée. Et pourtant, je garde cette sorte de peine, ou d’amertume, mêlée d’une forme de révolte, de savoir que je ne pourrai jamais revendiquer avoir été victime. Je considère aussi que les « autorités compétentes » ont cruellement manqué de l’empathie que je pensais pouvoir en obtenir. Dans le deuxième cas, j’ai très rapidement vu que je me heurtais à un mur d’incompréhension et de mauvaise foi de la part des autres autorités compétentes concernées. J’ai renoncé à poursuivre. Je n’avais vraiment rien à gagner. Sauf peut-être cette appellation de « victime ». C’est peut-être principalement pour ça que j’avais envisager de lutter une deuxième fois pour « obtenir justice » comme on dit (en réalité, il y avait cette fois-là des raisons que je pense très altruistes mais ce n’étaient certes pas les seules). Avoir le « droit » d’écrire « victime victorieuse » sur le CV de ma vie. Je n’ai pas eu cette reconnaissance. Je resterai donc une « victime inconnue » ou une « victime silencieuse ». On dira très certainement dans quelques années que j’ai dû exagérer les faits, que j’étais trop sensible, que tout ça n’était pas si grave et que j’en suis ressortie plus forte. Il y aura du vrai, parce que je suis naturellement une personne très (trop) sensible et que je ressors plus forte de chaque combat que je mène. Mais avec déjà quelques années de recul, je n’ai exagéré aucun fait et j’estimerai toujours qu’ils étaient graves. Et j’aurai toujours cet arrière-goût d’inachevé et cette petite fissure en moi de n’avoir pas pu accéder à cette reconnaissance de « victime ». Je souhaite sincèrement à tous ceux qui mènent des combats justes avec détermination d’obtenir un jour ce simple mot, qui n’a l’air de rien mais qui peut changer tant de choses pour celui ou ceux à qui on l’offre enfin, pour pouvoir refermer le livre du passé et en commencer un autre. Et je remercie tous ceux, qui, parmi les autorités compétentes, les autorités non compétentes, les non autorités compétentes et les soutiens sur lesquels comptent les êtres malfaisants comptent, savent accompagner le combat des vraies victimes. Ils sont trop rares mais heureusement, ils sont nombreux.

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