A propos de la sensibilité et des moments de craquage

4 Oct

 

Comme beaucoup de personnes, j’ai souvent l’impression, réelle ou imaginaire ce n’est pas forcément à moi d’en juger, d’être plus perméable à mon environnement que la moyenne. J’ai ainsi tendance, malgré ma détestation des « cases », à me définir comme une hypersensible, terme à la mode pour désigner les personnes qui réagissent plus fortement que les autres face aux évènements du quotidien ou du moins quotidien, et qui, selon les estimations des experts, représenteraient 15 % à 20 % de la population environ (avec très certainement plusieurs niveaux ou gradations dans cette hypersensibilité). Il existe naturellement comme pour tout concept à la mode une littérature abondante qui va de Carl Gustav Jung aux écrits de Josette la psychologue du café du commerce consultante pour la TNT à ses heures perdues (Josette est un nom inventé je le précise), et que je me suis jusqu’ici abstenue de lire.

J’avais toutefois envie de parler de ce sujet depuis assez longtemps, puisqu’après tout, il n’y a aucune raison que Josette écrive des bouquins dessus et que je ne puisse même pas m’octroyer le petit plaisir d’apporter mon article de blog à l’édifice. Je dois dire que j’ai détesté pendant de très nombreuses années cette plus grande perméabilité déjà évoquée à ce qui m’entourait, en ce qu’elle me renvoyait de moi (eh oui, je suis aussi narcissique, je suis une cumularde des états non souhaitables donc, comme d’autres cumulent les mandats politiques) l’image d’une fille puis d’une femme faible et inapte au contrôle de ses émotions.

Et puis comme le petit prince et le renard, j’ai appris à apprivoiser cette chose qui fait partie de moi et qui m’enrichit plus souvent qu’elle ne me bloque. Parce qu’elle m’a permis à maintes reprises de percevoir très vite l’état ou le caractère des gens que je rencontre, de réagir plus vite également à certains stimuli positifs ou négatifs. Et puis surtout parce que qui dit plus forte sensibilité au négatif dit aussi plus forte sensibilité au positif. Et je me réjouis chaque jour que ce que j’ai au départ vu comme une forme de tare ou tout au mois de défaut me permette aussi de rire plus souvent que bien d’autres gens.

Malgré le cadeau que tout cela représente, malgré aussi les progrès accomplis au fil du temps pour dompter les aspects qui ne font pas bien dans le paysage, je reste cette femme qui parfois n’arrive pas à maîtriser ses ressentis négatifs. Et souvent, j’en suis presque contente parce que je considère que la colère ou les pleurs font aussi naturellement partie de la vie humaine. Mais je sais aussi que les manifestations de cette sensibilité sont mal acceptées en général, même par ceux qui savent les excuser avec patience et compréhension. Dans ces moments que j’appelle « de craquage », souvent dans des périodes de fatigue favorisant le relâchement du contrôle de soi, j’avoue éprouver un mélange de honte et de faiblesse envers ces manifestations émotives que je ne maîtrise pas. Comme si cela n’était pas autorisé d’avoir les yeux rouges et/ou la voix qui tremble. Comme si ces instants de fragilité n’avaient pas le même droit d’exister que les fous rires de l’heure d’avant. Cette non désirabilité est réelle et elle doit amener à s’interroger selon moi sur ce qu’il y a de si tragique à ne pas être à la hauteur. Et sur l’empathie que l’on peut témoigner aux autres dans ces moments où leurs résistances leur font défaut, tous solides et bons vivants qu’ils puissent être.

Je rêve souvent d’un monde où l’on jugerait avec plus de clémence la propension des plus sensibles à se laisser submerger et parfois déborder par ces toutes petites ou moins petites choses qui touchent à leurs existences. Ce vœu formulé, il est temps d’aller rêver différemment, emmitouflée sous la couette .

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