Djihad

10 Oct

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Comme vous l’avez sans doute déjà compris pour ceux qui lisent régulièrement mes chroniques de spectacles, une des choses que j’aime beaucoup au théâtre, c’est la diversité de ce que l’on peut y voir. Des gros boulevards lourdauds aux spectacles intello-philosophiques de 4h30 mêlant du Brecht et du Kant (si si, je suis certaine que quelqu’un a du faire ça). Evidemment, ces deux catégories m’attirent globalement peu, mais entre ces deux extrêmes se trouvent un spectre de créations que j’apprécie beaucoup, ou qui à tout le moins suscitent ma curiosité.

Djihad fait partie de ces spectacles un peu inclassables qui ont réellement suscité ma curiosité. Ecrite en 2014 par l’auteur belge Ismaël Saïdi, cette pièce a malgré elle rencontré un succès important en Belgique avant de venir rencontrer son public français, lié aux tristes actualités de ces deux dernières années. Mais pas que. Parce qu’il serait réducteur de penser qu’il suffit d’un titre qui accroche les regards pour remplir les salles.

Cette pièce, c’est l’histoire de Ben, Reda et Ismaël, trois jeunes belges musulmans, qui partent n Syrie pour mener cette guerre sainte, sans que l’on ne sache trop au départ pourquoi ils ont fait ce choix. On les suit donc à chaque étape de leur voyage, de leur départ de l’aéroport de Bruxelles pour Istanbul d’où ils doivent continuer le trajet en voiture pour plus de discrétion jusqu’à la zone de combats. Sans jamais savoir réellement où ils vont et du coup où l’on va en tant que spectateur.

Cette pièce, c’est surtout l’histoire de trois jeunes qui se cherchent, comme beaucoup d’autres jeunes, et qui partent combattre des mécréants dont ils ignorent le visage et ce qui en fait des mécréants, comme d’autres jeunes partiraient faire le tour du monde. Une sorte de voyage initiatique d’un genre particulier avec trois jeunes hommes qui ne se sont pas choisis et ne s’apprécient d’ailleurs pas particulièrement, mais qui, petit à petit, créent des liens inattendus. Qui se révèlent également, et qui révèlent également comment leurs déceptions les ont tous amenés à prêter l’oreille aux discours intégristes, jusqu’à les convaincre de partir dans un pays qui n’est pas le leur pour tuer des gens dont ils ne savent pas au fond ce qu’ils ont fait qui mérite la mort.

Djihad est ainsi, et c’est ce qui le rend inclassable, une pièce assez déroutante. Parce que l’on y rit, parce que l’on juge, parce que l’on a peur, parce que l’on se rend compte que l’on peut tous parfois basculer du côté sombre de la pensée. Et puis, parce que, comme écrit ci-dessus, on ne sait pas où l’on va. Et qu’il faut accepter, en tant que spectateur, de se laisser porter vers cette destination inconnue. Pour ma part, j’y suis parvenue sans même y réfléchir, mais il est possible et même probable que tous les spectateurs n’aient pas eu la même facilité, et même que certains n’aient pas apprécié. A mon sens, c’est vraiment un risque à prendre, et c’est aussi l’une des raisons de mon addiction au spectacle vivant, celle d’accepter la prise de risque et d’être tantôt déçu, tantôt très content. A la sortie de Djihad, j’étais heureuse d’avoir assisté à ce moment déroutant et un peu unique, d’avoir vécu 1h30 en calant mon pouls sur celui de ces 4 comédiens très investis et touchants. Je souhaite sincèrement le même contentement à tous ceux qui verront ce spectacle. Et à ceux qui seront plus heurtés ou désappointés d’avoir au moins profité de ce moment pour réfléchir aux questions que la pièce pose sur cette jeunesse oscillant entre rêves et désillusions comme toutes les jeunesses, mais différemment de la jeunesse qui l’a précédée et de celle qui lui succèdera.

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