Quelques réflexions sur le statut de blogueuse invitée

17 Oct

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En rédigeant ma dernière chronique théâtrale, j’ai commencé à aborder la question à la fois riche et épineuse du rapport que les blogueurs tels que moi peuvent avoir face aux invitations. J’ai eu envie d’approfondir ce sujet, parce qu’il a pour moi son importance. J’ai en effet la chance que ce blog ait acquis auprès d’un certain nombre de professionnels du théâtre une certaine reconnaissance. Et qu’avec cette reconnaissance viennent des invitations, le plus souvent de la part des attachés de presse, mais aussi parfois de la part des troupes ou de l’auteur ou du metteur en scène, ou de l’un des comédiens. Je suis toujours honorée de cette distinction, parce que c’en est une. Et j’espère ne jamais être blasée ou prendre qui que ce soit de haut, ou que si cela m’arrive, les gens qui me connaissent bien me feront redescendre sur terre. Je dis cela en préambule pour bien insister sur le fait que même si je peux parfois être gênée ou agacée, je suis flattée que l’on pense à moi. J’ai toujours mis du cœur dans mon blog, depuis sa création, et le fait que cela soit ressenti et plaise, et me permette également de nombreuses découvertes que je n’aurais sans doute pas faites sans ces invitations est une récompense très appréciable. D’autant plus que j’ignorais tout de ce type d’avantages lorsque j’ai eu l’inconscience de créer le blog, et qu’il s’est d’ailleurs écoulé beaucoup de temps avant que cette micro-renommée ne me donne l’accès à ces conditions VIP lors de certaines de mes sorties théâtrales.

Passé ce préambule, il me faut cependant émettre des réserves sur mon rapport au système des invitations. Rapport qui m’est personnel, chaque blogueur ou blogueuse ayant le sien. D’abord, bien évidemment, et tout ceci est bien naturel, ces invitations ne sont pas de simples invitations, mais une forme « d’échange-marchandise » pour parler en des termes affreux de business. Il est logique que des professionnels ne distribuent pas des sésames à l’aveugle, mais espèrent que cela leur permettra de bénéficier d’une publicité, si possible positive. Lorsque j’accepte une proposition, je suis pleinement consciente de cette dimension gagnant-gagnant et j’en accepte le principe. Mais cela ne va pas sans poser quelques questions à gérer :

  •  La première question est celle du tri : il s’agit certes d’un « problème de riche », mais prendre connaissance des e-mails reçus après avoir déjà répondu à 50 e-mails professionnels dans la journée, se renseigner un peu sur les spectacles, et sélectionner en conscience ce qui m’intéresse ou pas prend du temps. Du temps en plus d’une activité professionnelle à plein temps, de celui consacré à mes proches, de mes activités associatives et des tâches quotidiennes à gérer. Donc, à certaines périodes, je suis peu réactive, parce que comme tout être humain normal, j’ai d’autres priorités ou juste envie de me reposer. Je finis toujours par répondre à tous les e-mails mais parfois tardivement, parfois même une fois les dates de représentations passées si le message est arrivé peu avant. J’en suis désolée, surtout pour ceux qui se donnent du mal pour personnaliser leur invitation. A l’inverse, je peux être un peu agacée lorsque je reçois des relances automatiques après avoir répondu. Je comprends bien évidemment les difficultés à faire le tri dans les mails groupés lorsque l’on envoie un rappel, mais c’est frustrant lorsque l’on se donne vraiment du mal pour limiter le nombre de « messages en souffrance ». 
  • Vient ensuite la question de l’acceptation ou refus : je vais éviter le bis repetita en évoquant le travail, les proches, les activités etc., mais malgré mon addiction au théâtre, je ne peux pas tout voir. Et je n’ai pas non plus envie de voir certaines pièces. Comme tout le monde, j’ai mes goûts propres. J’aime beaucoup découvrir des spectacles variés, mais il y en a qui ne me tentent pas du tout. Et je trouve toujours cela difficile d’expliquer cela simplement. Par peur de vexer, ou de passer pour une spectatrice snob ou capricieuse. Seulement, il y a des types de spectacles ou des auteurs ou des metteurs en scène ou des acteurs auxquels je me suis confrontée, et dont je sais que je n’éprouve aucun plaisir à les voir. Or le principe du gagnant-gagnant est bien que je sois heureuse de ma soirée et que je dise du bien. C’est hélas toujours un exercice délicat que de dire la vérité crue. Cela est en général plus facile, et tant mieux, lorsque je connais un peu l’attaché(e) de presse et que je peux faire preuve de franchise sur mes goûts. Mais c’est extrêmement complexe face à un acteur ou un metteur en scène. Je fais de mon mieux et j’espère ne pas avoir été blessante. Il m’arrive aussi, le plus souvent, de refuser parce que je n’ai qu’un ou deux soirs disponibles dans la semaine, et que je suis dans l’impossibilité technique de dire oui. Comme vous vous en doutez, accepter est beaucoup plus facile et enthousiasmant.
  • La question du choix de spectacles où je ne suis pas invitée est également importante : parce que je suis une modeste blogueuse pas connue et invitée partout et parce que j’estime aussi important de rémunérer les artistes, je privilégie régulièrement des spectacles que j’ai repérés par moi-même et/ou je préfère réserver ma place par moi-même. Ces sorties en tant que « spectatrice normale » sont très importantes pour moi. Parce qu’elles me donnent aussi plus de liberté. La liberté de parler de la pièce ou de me taire, d’en dire du bien ou du mal, à l’échéance que je veux et sans me policer.
  • Une question fondamentale est celle du retour après le spectacle : je me suis toujours fixée comme principe de ne pas faire d’article sur les spectacles que je n’ai pas aimés. Je ne m’empêche pas de dire que je n’ai pas apprécié sur les réseaux sociaux ou les sites de réservation lorsque j’estime vraiment que l’on se moque du public (cela arrive hélas). Mais je ne souhaite pas faire d’articles à charge, je préfère bouquiner ou me reposer plutôt que dire du mal quand une pièce n’est pas à mon goût ou manque un peu de professionnalisme malgré de bonnes intentions. En revanche, dès lors que j’ai accepté une invitation, je fais toujours un retour à la personne qui m’a conviée, soit en mode gagnant-gagnant en écrivant un billet de blog si j’ai aimé, soit par e-mail quand j’ai été déçue. L’un des problèmes à ce sujet est lorsque la personne qui m’a conviée veut un retour rapide et se montre très pressante. Encore une fois, je sais lorsque j’accepte qu’il existe un rapport d’échange-marchandise. Mais la personne qui me convie sait aussi que je n’ai pas l’obligation d’écrire. Je ne suis pas critique professionnelle, je n’ai pas de contrat, je produis des billets que j’essaie de soigner et que je pense être de qualité sans la moindre rémunération (et je n’en demande pas dans la mesure où je ne suis pas professionnelle), la promotion de spectacles n’est donc pas en top de mes priorités. C’est une spécificité des blogs, celle de la liberté des blogueurs de prendre leur temps. Et de « critiquer » de façon non professionnelle. En citant ou non les acteurs et l’équipe technique, en dévoilant trop (sans pour autant casser ce qu’il estime la surprise de la pièce s’il y en a une) ou pas assez de ce qu’il a vu. En employant un mot plutôt qu’un autre. J’ai tendance à ne pas dire oui deux fois à une personne un peu « envahissante » et à préférer, comme dit au paragraphe précédent, réserver toute seule. Une autre contrariété courante est celle de l’absence de remerciement lorsque je fais un retour par e-mail ou lorsque j’écris. J’ai aussi tendance à ne pas dire oui deux fois à ceux qui se vexent d’un retour constructif mais sans adhésion ou à ceux qui ne savent pas être reconnaissants d’une publicité positive.

Sur ces quelques réflexions, je voudrais remercier sincèrement, et ils se reconnaîtront j’espère, les professionnels avec lesquels il s’est construit une jolie relation de confiance, que je les ai rencontrés ou pas lors des représentations. Tous ceux qui se battent au quotidien pour des spectacles exceptionnels en lesquels ils croient avec sincérité, en renonçant souvent à leur temps personnel pour se faire connaître ou faire connaître les artistes qu’ils défendent. Le monde du théâtre recèle de gens formidables qui créent des choses formidables, et à ma modeste mesure, j’aime contribuer aussi à les mettre en avant.

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