Quelques réflexions sur la possibilité du désaccord

23 Nov

le-6-9

 

Régulièrement présente sur les réseaux sociaux, j’observe de plus en plus fréquemment l’impossibilité d’y avoir un débat, si ce n’est constructif, tout du moins serein et respectueux. Certes, ce constat pourrait sans doute être étendu à d’autres environnement allant des plateaux de télévision (lieu où de toute façon traditionnellement, aucun invité ne vient avec l’idée d’écouter l’autre) au café du coin en passant par certains repas de famille lorsque l’on y aborde des thèmes non consensuels. Mais, l’anonymat aidant, le déploiement de venin qui peut servir sur les lieux d’échange 2.0 n’est pas loin de battre tous les records non encore homologués par le guinness (ne pas confondre avec LA Guinness).

Naturellement, le climat anxiogène alimenté par un avenir économique incertain, un avenir encore plus incertain de certains actifs, des guerres qui se multiplient dans des pays pas si lointains et l’insistance de nos politiques en quête de réélection de nous signifier que nous sommes dans une situation de danger grave permanent (autrement appelée état d’urgence) de laquelle ils sont les seuls à pouvoir nous protéger (même Bruce Willis a renoncé) ne contribue pas réellement à des interactions sociales (ou e-sociales) sereines. Pas plus qu’elles n’incitent à se concentrer sur les sujets vecteurs d’optimisme, et ils sont pourtant nombreux si l’on prend le temps et la peine (pour plus de joie ultérieure) de regarder la vie sans lunettes occultantes.

Dans cette période un peu floue, les réseaux sociaux servent donc d’exutoire pour nombre de personnes (et je m’y inclus) souhaitant extérioriser leurs interrogations sur moult sujets allant de la dernière loi sur les dosettes de café (cette loi n’existe pas, ne perdez pas votre temps à chercher) à la (ou plutôt à l’impossible) réforme de l’éducation nationale. Et dans bien des cas, les sujets abordés touchent à des représentations ou des valeurs solidement ancrées dans la vie des individus qui les abordent, et qui les empêchent d’avoir assez de recul pour avoir une discussion autre que passionnelle (là encore je ne saurais me dédouaner de cette tendance même si la conscience de mes propres passions m’incite à me soigner, ou tout du moins à me modérer, et de plus en plus souvent à me taire).

A mon sens, rien de fructueux ne pourra se produire dans ces débats sans l’acceptation nécessaire que certains sujets sont quasi-systématiquement abordés avec ce ressenti dicté par nos valeurs personnelles. Et que cette façon de les aborder est naturelle et au fondement de ce qui fait de nous des hommes et des femmes. Oui, notre vision de la famille, de la géopolitique, du rôle des institutions, et même des dosettes de café (si si, il, est possible de débattre et même de s’énerver en long, en large et en travers sur leur packaging, leur goût, leur grammage et leur empreinte écologique, pour ne citer que certaines des polémiques possibles dans ce domaine) est dictée par notre vécu (et souvent aussi par celui de nos ascendants / de nos proches / des gens que nous avons rencontrés volontairement ou non), par nos souhaits pour l’avenir, par notre capacité à agir ou pas de façon déterminante sur les thématiques abordées et par les moyens disponibles pour ce faire, ainsi que par les résistances que nous avons l’habitude de rencontrer lorsque nous « discutons » de ces mêmes sujets (je vous prie de bien vouloir m’excuser pour cette phrase volontairement abominablement longue contenant beaucoup trop de parenthèses). De ce fait, lorsque ces sujets émergent dans le « débat public », souhaiter qu’un point de vue l’emporte est aussi vain qu’illusoire. Il est sain au contraire que les désaccords subsistent même lorsqu’une décision doit être prise à l’issue de ces débats contradictoires (ce qui n’est évidemment pas le cas sur les réseaux sociaux). Parce que les désaccords (pour peu qu’ils ne soient pas juste des désaccords de principes émanant de personnes obtuses) témoignent d’une fidélité de chacun à lui-même qui n’empêche pas d’accepter, et mieux encore de respecter que la fidélité à soi-même des autres conduise la pensée et cheminer et aboutir différemment.

Sur ce, je vous laisse tout le loisir de débattre de ma perversion des parenthèses et des phrases alambiquées.

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4 Réponses to “Quelques réflexions sur la possibilité du désaccord”

  1. JCM (@jchmfly) 27 décembre 2016 à 22:47 #

    pour certains utilisateurs de reseaux sociaux, il y a un regroupement par affinités. Du coup, un filtre se met en place progressivement, et les opinions dissonantes sont rares et parfois malvenues. Pour Twitter en particulier, il me parait difficile de pouvoir vraiment débattre avec ce format. Toutefois, il n’est pas interdit de dire son désaccord, et de l’argumenter (avec liens, sources, etc..) et de poursuivre le debat dans un contexte plus adapté 🙂

    • plumechocolat 3 janvier 2017 à 00:36 #

      Oui, en effet, c’est compliqué de débattre parfois, mais c’est dommage parce que justement, on peut s’y ouvrir à des opinions dissonantes et tenter de comprendre leur fondement même si on ne les partage pas.

  2. lespintadeaux 24 novembre 2016 à 20:56 #

    Pour parler plus précisément de Twitter je pense qu’il y a aussi une course au bon mot, à la bonne vanne qui claque et va être RT des centaines de fois, à la phrase qui fait mouche. Tout cela n’invite guère à la subtilité…

    • plumechocolat 3 janvier 2017 à 00:35 #

      Oui, c’est sans doute un peu le cas, mais c’est dommage parce que c’est aussi un lieu d’échanges enrichissant pour qui veut bien y débattre plutôt qu’y imposer sa vérité.

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