Audience et Vernissage

4 Déc

affichevaclav

En cette saison 2016-2017, les pièces de théâtre à dimension politique fleurissent, s’inscrivant dans le prisme des élections à venir. Le pari de l’Artistic Théâtre de porter à la scène ces deux pièces écrites il y a 40 ans par Václav Havel en Tchécoslovaquie, en 1975, alors que la répression politique y sévit et que la liberté d’expression est fortement mise à mal. L’auteur est l’un des porte-paroles de la contestation qui émerge alors, et à ce titre empêché de poursuivre officiellement sa carrière de dramaturge (avant que le vent ne finisse par tourner et que l’ancien dissident ne se retrouve président entre 1989 et 1992).

Dans la première pièce, Audience, on retrouve l’auteur, ainsi relégué au rang de manutentionnaire dans une fabrique de bière, et convoqué dans le bureau du directeur. Celui-ci prend des airs bonhommes et fraternels pour exercer sur lui une pression de plus en plus intensive (cela dit sans mauvais jeu de mots sur la bière produite). Il le contraint en outre à boire, sans doute à la fois par habitude et pour le mettre dans des conditions de désinhibition facilitant l’acceptation des conditions qu’il cherche à lui faire accepter. Stéphane Fiévet est brillant en chef d’atelier bourru et autoritaire, ayant les circonstances atténuantes d’un homme lui-même contrôlé de près par les autorités. Cédric Colas est tout aussi extraordinaire dans sa capacité à conserver le flegme que l’on imagine avoir été celui de Václav Havel dans la même situation. Et le décor, opportunément installé dans le sous-sol un peu en bazar de l’Artistic Théâtre, dans cette configuration très originale, fait que l’on se sent pleinement au cœur de la scène, susceptibles d’être convoqués à notre tour pour cette drôle d’audience pas si marrante.

Changement de lieu et donc naturellement de décor pour Vernissage, la deuxième pièce représentée, où l’on assiste à une petite réception en l’honneur de Václav Havel, où il est reçu par un couple d’amis très exubérant, désireux de lui montrer leur appartement refait et les œuvres d’art qu’ils y ont disposées. Sous des apparences beaucoup plus légères, cette fausse comédie jouant très nettement sur l’absurde dénonce très clairement l’emprise que ces « amis » cherchent à avoir sur le dramaturge, critiquant ouvertement sa femme pas assez fée du logis et responsable selon eux du fait qu’ils n’ont pas d’enfants, et plus généralement leur mode de vie à tous les deux. Frédérique Lazarini est étonnante en femme sensuelle et survoltée, parfaitement envahissante. Et Marc Schapira en mari misogyne et déjanté prompt à donner des leçons. Quant à Cédric Colas, il se révèle encore plus dans cette seconde partie de soirée, en homme poli faisant tout pour ne pas sortir de ces gonds malgré l’ingérence insupportable de ce couple atypique. On rigole beaucoup des mimiques des uns et des autres, des phrases bien senties sur le couple, des jugements à l’emporte-pièce que l’on a tous entendus, voire pire, formulés. Et l’on se prend à avoir beaucoup plus envie de rester dans ce salon bien décoré que le principal invité.

Une très joli soirée avec deux textes denses et joliment adaptés, portés par 4 comédiens très convaincants et capables de beaucoup de nuances dans leurs interprétations. A ne pas rater !

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