La Bonne nouvelle

14 Jan

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Les spectacles traitant du monde du travail ont toujours été présents, et même nombreux. Mais, jusqu’à il y a quelques années, leur orientation était souvent caricaturale et ne montrait que des rapports binaires et sans nuance avec « les gentils » d’un côté et « les méchants de l’autre » . Étrangement, la crise économique de 2008 a eu cet effet bénéfique de dé-binariser les pièces traitant de l’emploi et plus généralement du système économique. Et d’inspirer des auteurs venus de l’intérieur du système ou des organisations dont ils parlent et/ou ayant mené un vrai travail d’investigation.

François Bégaudeau et Benoît Lambert, auteurs de « La Bonne Nouvelle » ont ainsi choisi de montrer les coulisses du « monde des dominants » (selon leur propre terme) avec un regard critique d’autant plus intéressé qu’il est juste et étayé. Tous deux nés en 1971 et ayant fait de brillantes études littéraires, ils donnent corps dans la pièce à 5 jeunes cadres dynamiques, ambitieux et « ayant réussi » qui vont chacun faire face à une énorme désillusion après quelques années de carrière. Avec des prénoms naturellement non choisis au hasard au regard du titre de la pièce : Jeanne (Elisabeth Hölzle), Madeleine (Géraldine Pochon), Marthe (Anne Cuisenier), Simon (Emmanuel Vérité) et Luc (Pierric Plathier). Cinq disciples fervents croyants des promesses de l’évangile des grandes entreprises.

Tous les cinq ont accepté d’être reçus dans l’émission de Patrick (Christophe Brault) pour raconter leur expérience et leur conversion à une idéologie autre. Et tous les cinq ont suivi l’un des parcours « typiques » des cadres dirigeants, : Simon le fils de bourgeois des Yvelines, Madeleine la fille choyée de deux professeurs, Luc l’autodidacte excellent commercial, Marthe la brillante HEC devenue une trader passionnée ne vivant qu’au travaille et Jeanne la communicante intraitable. Tous livrent avec humour et dynamisme l’excitation qui a été la leur de monter les échelons, d’être membres à part entière du monde des puissants, d’avoir les responsabilités et le pouvoir qui va avec. Autant de sentiments qui, s’ils sont gentiment moqués, ne sont jamais condamnés par les auteurs ni par les personnages.

Et c’est bien là la force de cette Bonne nouvelle, celle de susciter la réflexion sans simplisme et sans donner de réponse non plus. En peignant des caractères réellement façonnés et que l’on peut s’imaginer croiser dans les organisations dont il est question (ou avoir déjà réellement croisé, et, pire encore, en lesquels on peut reconnaître une part de soi), l’invitation à la remise en cause du « moule » dans lequel les « cols blancs » rentrent presque inévitablement prend plus de force. Et dans le même temps, en analysant leurs réussites et leurs ratages, leurs convictions et leurs doutes avec recul, la pièce ne tombe pas dans le travers de vouloir clouer au pilori le libéralisme financier pour tomber dans un anticapitalisme extrême. Elle joue avec les concepts avec intelligence, secoue des idées reçues et invite chacun à sortir de sa zone de confort et de ses dogmes, pour trouver une troisième voie. Le tout avec une construction irréprochable, une interprétation plus que convaincante, des séquences plus légères entre deux scènes denses ou dramatiques, et surtout surtout un humour fin et impertinent. Le tout permet au public de vivre deux heures d’enchantement, en faisant fonctionner son cerveau. Et ça, c’est déjà une bonne, que dis-je, une excellente nouvelle.

Plus d’infos :

  • La Bonne Nouvelle, jusqu’au 21 janvier 2017, du mardi au jeudi à 19h30, le vendredi à 20h30, le samedi à 18h et le dimanche à 16 h
  • Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, 2 rue Édouard Poisson, 93300 Aubervilliers
  • http://lacommune-aubervilliers.fr/la-bonne-nouvelle
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