Parlons d’autre chose

16 Jan

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En préambule, je dois vous prévenir que ce billet va bien parler du spectacle sus-cité. Et aussi, puisque le titre s’y prête, d’autre chose. Mais en lien avec ce que j’ai pu voir en me rendant au théâtre du Funambule Montmartre. Je commencerai donc par une première digression sur la salle elle-même, puisque ce petit théâtre du quartier de Montmartre (comme son nom l’indique) s’est refait une beauté, et même une opération de chirurgie esthétique. Il bénéficie désormais de jolis fauteuils tous neufs, de gradins, et d’une scène toute neuve dont l’orientation a été inversée par rapport à la précédente configuration.

Bien installée dans mon fauteuil flambant neuf, j’ai donc découvert la nouvelle pièce de Leonore Confino, auteure franco-suisse de 35 ans déjà deux fois nommée aux Molières. Avec « parlons d’autre chose », elle nous invite à entrer dans la tête de 9 jeunes lycéens de la classe de terminale L du lycée Saint-Sulpice. 8 filles et 1 garçon qui ont formé une sorte de clan. Tous bien policés en apparence mais qui chacun à leur manière, comme d’autres générations d’adolescents avec eux, cherchent à transgresser un monde qui les fascine et les inquiète à la fois.

C’est lors de leurs soirées en boîte ou le plus souvent chez les parents souvent absents de certains d’entre eux qu’ils testent leurs limites, qu’ils flirtent, que les filles se prennent pour des amazones, qu’ils s’interrogent aussi. Renvoyant au public des questions absolument pas anodines. Qui sont d’ailleurs souvent certainement plus celles de l’auteure que celles de jeunes de 17-18 ans. Mais cette jeune troupe très talentueuse a su, sous la direction de Catherine Schaub, les intégrer et les faire siennes pour mieux nous les livrer. Ils s’interrogent sur ce monde qui va trop vite, ils condamnent absolument l’amour, singeant par là-même leurs aînés blasés, et pourtant, on les sent prêts à y céder comme tant d’autres avant eux, ils ont conscience d’être guidés par le marketing, ils ne comprennent pas les scandales financiers mais ils en parlent, ils chantent du Amy Winehouse pour oublier toutes ces questions….

Et puis, un jour, à force de chercher gentiment la transgression, les filles vont trop loin. Elles prennent pour cible le seul homme du groupe, comme emblème en quelque sorte de la gent familiale. Et cela dérape et casse le fragile équilibre qu’ils s’étaient construit. De jeunes femmes se voulant conquérantes et affranchies, elles redeviennent des filles apeurées par elles-mêmes et par leur cruauté. Elles se déchirent sur ce qu’il faut faire, fuir ou assumer. Elles voient leurs convictions ébranlées. Tandis que leur victime elle aussi prend une nouvelle place, ni tout à fait dans la bande, ni tout à fait à part. Jusqu’à un dénouement inattendu.

Voilà pour le résumé donc, mais comme annoncé en préambule, il est temps désormais de parler (à nouveau d’autre chose), à savoir, très narcissiquement, mon ressenti. Qui n’est pas univoque. J’ai énormément apprécié le travail de ces 9 jeunes comédiens du collectif Birdland, la cohésion de troupe qu’ils ont su créer, la justesse de leur interprétation, la coordination assez extraordinaire aussi qu’ils atteignent lors des séquences « chorégraphiées ». A peine plus âgés que ceux qu’ils incarnent, ils ont déjà un talent certain. Pour autant, je n’ai pas adhéré à tout dans le spectacle (et c’est tant mieux), même si je le reverrais sans hésiter si j’avais à re-choisir.

D’abord, je ne tiens pas à jouer les prudes, mais je n’aime pas le principe du déshabillage sur scène qui est assez présent. J’observe que c’est courant justement pour des jeunes troupes de faire se déshabiller les comédiens / comédiennes, sans doute dans une figuration de la « mise à nu ». Ce n’est certes pas gênant en soi, ça doit même faire plaisir à certains spectateurs que de voir des corps jeunes et musclés en sous-vêtements (voire pour d’autres pièces entièrement dénudés) et d’apercevoir comme ici des seins sortir du soutien-gorge. Simplement, cela n’apporte absolument rien, et encore une fois sans vouloir jouer les prudes, je trouve que ce partage d’intimité corporelle n’a pas grand-chose à faire là. Il y a des spectacles – et j’en ai vu – où la nudité a un sens véritable, ceux comme celui-ci (et j’en ai aussi déjà vu) n’en fait pas partie. J’exprime ici un certain agacement j’en conviens, d’une part que l’on demande à des jeunes qui débutent quelque chose d’inutile qu’on ne demanderait pas à des acteurs de 10 ou 20 ans de plus, d’autre part que l’on impose au public de voir ce qu’il ne demande pas à voir. Mon autre réserve porte sur la crédibilité du « dérapage » qui constitue la clé de voûte de cette pièce. Et que l’on ne voit heureusement pas véritablement. Toute l’équipe a su créer autour de ce moment une telle intensité dramatique que l’on s’attend « presque à encore pire » et l’on peut encore une fois admirer le travail réalisé. Néanmoins, le propos sur ce qui motive régulièrement les actes posés manque à mon sens de clarté. On le voit un peu esquissé, avec un évènement déclencheur bien identifié, mais le processus d’avant cet évènement est un peu vague. De la même manière, le dénouement est trop rapide et l’on ne comprend pas vraiment comment chacun et chacune arrive finalement à dépasser ce qui s’est passé ce soir-là. Et finalement, c’est cette mise à nu là qui aurait vraiment été intéressante, bien plus que la vision des comédiens en lingerie.

Ces réserves étant posées, je conseille vivement tout de même de venir découvrir cette création intelligente qui sait déranger et interroger. Et qui parle d’autre chose que des clichés habituels sur la jeunesse.

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Une Réponse to “Parlons d’autre chose”

  1. Mobivince 21 janvier 2017 à 11:27 #

    Je te rejoins sur l’utilisation parfois complaisante de la nudité. Bien souvent, ceci n’apporte rien au propos mais ça permet de faire le buzz.

    Or, il y a sûrement plus à faire et plus intéressant à montrer au niveau des émotions.

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