Silence on tourne

8 Fév

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Il y a six ans, alors que je n’avais même pas encore 30 ans et que j’ignorais ce qu’était un blog, mais que j’allais déjà au théâtre à un rythme frénétique, je découvrais « thé à la menthe ou t’es citron », l’une des 7 pièces écrites par le très talentueux Patrick Haudecoeur et certainement la plus jouée (de 1991 à 1993 et de 2010 à 2016). Et ce fût un coup de foudre que de découvrir ces vrais comédiens incarnant pour de vrai des faux comédiens (ou l’inverse, je ne sais plus trop, après 30 ans la mémoire décline) en pleine répétition avec des accidents en cascade et menée à un rythme effréné. Aussi, lorsque j’ai découvert totalement par hasard, à la faveur d’une multitude d’affiches 4*3 de toute discrétion dans le métro (comme quoi la publicité par affichage fonctionne encore), qu’une nouvelle pièce avait été écrite, se déroulant cette fois pendant le tournage d’un film, celle-ci est tout naturellement passée dans le haut de la pile de ma wishlist (laquelle comprend environ 250 pièces au total pour la période de janvier à juillet). Et elle s’est retrouvée encore plus haut dans la liste lorsque j’ai eu l’honneur d’être invitée à une représentation VIP permettant de rencontrer l’équipe à l’issue de la représentation. Je voudrais toutefois préciser ici que si les conditions de découverte de « silence on tourne » étaient plus qu’idéales, mon avis enthousiaste ne doit vraiment que très très peu aux deux financiers et aux trois macarons accompagnés de cidre qui étaient à disposition des quelques privilégiés dont j’ai fait partie entre deux questions aux comédiens (mais dans un souci d’honnêteté, je ne saurais passer sous silence mon penchant incurable pour les macarons et les financiers).

Après cette très longue digression qui n’aura sans doute pas surpris les quelques lecteurs fidèles et patients qui connaissent un peu mon penchant pour les introductions interminables (et qui savent que j’aurais pu faire encore deux fois plus long), j’en viens donc à mes impressions réelles sur cette nouvelle comédie qui devrait enchanter les spectateurs parisiens, après quelques dates à Lyon et, souhaitons-le, beaucoup de représentations hors de la capitale.

L’histoire se déroule donc, et je vous présente mes excuses pour cette répétition, sur le tournage d’un film. Ce qui permet naturellement de mêler les maladresses et accidents plus ou moins fortuits se déroulant lors des différentes prises aux intrigues qui se déroulent en coulisses. Naturellement, il est difficile de détailler trop toutes les situations sans risquer de trahir des éléments qui gâcheraient le plaisir de la découverte.

Mais si vous avez la chance de voir cette pièce, vous y découvrirez une jeune première au caractère bien trempé (Nassima Benchicou), partageant son temps entre ses deux amants, le réalisateur du film (Jean-Pierre Malignon) et le régisseur gaffeur qui joue contre sa volonté les remplaçants ou les doubleurs, (Patrick Haudecoeur, qui excelle dans ce registre), l’assistante en chef (ndlr : ce n’est pas sa dénomination mais l’auteure de ce billet s’y connaît mal en métiers du cinéma) qui met tout le monde au garde-à-vous (géniale Véronique Barrault), l’acteur qui se prend pour une star et qui est bien le seul (Stéphane Roux), l’héroïne du film (Isabelle Spade) éternellement taxée par son mari producteur et surtout joueur de poker invétéré et peu doué (Philippe Uchan) et toujours suivie par sa maquilleuse non francophone qui interprète mal les mots (Adina Cartianu), ainsi que des musiciens danseurs facétieux.

La combinaison de tous ces caractères bien trempés permet un enchaînement de quiproquos et de ratés plus rythmé qu’une symphonie de Wagner, le tout pour le plus grand plaisir du public qui – en tout cas me concernant – en vient littéralement à pleurer de rire. L’écriture et l’interprétation sont parfaitement dosés pour que les rebondissements se succèdent sans pour autant tomber dans l’excès ou la lourdeur. Et c’est bien la force de « silence on tourne » que cette écriture subtile et ce véritable travail de troupe pour trouver la justesse de ton que requiert le véritable humour. Je ne peux hélas pas en dire plus pour préserver votre plaisir, aussi me somme-je de tourner désormais ce billet vers le mode silence concernant l’intrigue.

En revanche, comme je suis décidément d’humeur à digresser, j’ai envie de vous parler un peu de cette « deuxième partie de matinée » (puisque les représentations d’après-midi ont cette spécificité qu’elles se nomment des matinées, sans doute une invention de Ionesco ou d’un de ses confrères) évoquée en introduction, celle de la rencontre avec les comédiens. Et là, fini de rire et place au trac. Parce que j’avoue être une éternelle timide qui ne se sent pas spécialement à sa place dans le rôle de l’intervieweuse. Ce que j’aime, c’est écouter les gens parler. Et éventuellement rebondir et réagir, ou faire part d’une interrogation qui me vient dans l’instant. Mais arriver avec une liste de questions, je ne sais pas faire. Passer le cirage qui va bien non plus, même si en l’occurrence il y avait de quoi. J’apprécie qu’un échange soit le plus naturel possible, même lorsqu’il est provoqué comme ici. Coup de chance, il existe sur cette terre des personnes moins timides que moi, et puis des comédiens qui savent aller vers les spectateurs et les mettre à l’aise et satisfaire leur curiosité et leur donner des idées de questions. J’ai profité de la présence des uns et des autres donc pour écouter des bribes de plein de conversations en tentant de me donner une contenance avec mes macarons. Et puis, dans cette ambiance bon enfant, je ne sais comment, j’ai réussi à discuter avec le génial mais très simple Patrick Haudecoeur sur le temps de création (deux mois pour écrire la structure, puis deux mois pour peaufiner l’écriture puis deux mois de répétition avec resserrage de l’écriture), et puis à plaisanter avec plusieurs des comédiens sur tout et n’importe quoi n’ayant pas forcément de rapport direct avec la pièce. Tout ça pour conclure que finalement, ce qui fait la force de la prestation des comédiens, sur scène comme en coulisses, c’est d’être réunis par le rire. En verres (de cidre) et contre toux.

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