Une page qui se tourne

27 Fév

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La vie est souvent considérée, par les littéraires surtout, comme un roman qui s’écrit mot après mot, phrase après phrase, page après page, chapitre après chapitre. Pour autant, il arrive qu’elle échappe à cette vision bien structurée, et que certaines pages ou certains chapitres soient très voire trop dense tandis que d’autres tirent en longueur de telle façon qu’on aurait presque envie, si l’on était un lecteur extérieur, de fermer le livre et de suivre le roman d’un autre vivant.

Simplement, nous ne sommes pas des lecteurs extérieurs de nos propres vies, nous sommes bien le personnage central de « ce livre dont vous êtes le héros / l’héroïne » (non, pas la drogue je vous vois venir vils petits plaisantins). Et nous vivons donc en direct le suspense, les rebondissements et les lenteurs associés à nos choix et à leurs conséquences. Et également les changements relatifs aux évènements qui s’imposent à nous. Parfois sans qu’il ait été possible de les anticiper, ou parfois plus insidieusement, qu’ils soient agréables ou désagréables.

Ces éléments extérieurs nous perturbent invariablement, parce que nous les subissons sans avoir rien fait d’autres que de nous trouver à un endroit untel à un certain moment. Et que nous n’avons aucune influence sur leur occurrence, ni pour la déclencher ni pour la stopper. Seulement, ces hasards ou ces accidents, eux, ont une influence sur nous. Ils nous déstabilisent, nous émeuvent, nous révoltent, changent parfois nos façons de penser. Nous les ressassons, les analysons, en portons la marque, physiquement ou moralement. Mais nous n’y pouvons toujours rien. Que l’on se trouve emporté dans un moment de liesse collective ou que l’on se retrouve piégé par une avalanche, bien que les conséquences de l’une ou de l’autre de ces scènes n’aient évidemment rien à voir.

Bien évidemment, lorsque ces « chocs » non prévus ont lieu, les plus difficiles à encaisser sont ceux qui ont des incidences négatives sur nous et/ou sur les autres personnes présentes. Cela met souvent du temps de donner du sens à ce qui en fait n’en a pas. D’essayer de comprendre alors que précisément, il n’y a rien d’autre à comprendre que le fait que l’on n’était pas au bon endroit à un instant T. Et c’est dans ces moments-là où le livre de notre vie traîne sans que le chapitre avance. Avec des phrases creuses reflétant notre hébétude, notre peine et notre sentiment d’injustice. Et ces émotions sont normales, elles reflètent notre humanité. Le risque cependant est de s’y enfermer et d’écrire un chapitre incommensurablement long et qui nous masque progressivement les autres surprises positives qui pourraient permettre de passer au chapitre suivant.

Il n’y a pas de recette pour décider d’écrire une suite qui rompe avec la lenteur ineffable de l’action dans ces périodes. Il est tout aussi inutile de se juger trop sévèrement de succomber à la mélancolie. Mais il y a un moment où la page doit se tourner. Et il y a presque toujours un moment où l’on sent qu’on est capable de la tourner. La marque laissée restera, elle aura peut-être un effet important sur le reste du roman. Mais le chapitre aura changé. Laisser passer ce moment est toujours possible, on peut avoir la tentation de vouloir tout de même finir d’écrire la page, ne serait-ce que pour l’harmonie du style et la fluidité de l’histoire. Cette manière de s’accrocher est vaine et le lecteur saura parfaitement accepter de passer à autre chose de plus vif et enlevé ou à un pan du roman plus calme et posé, même sans explication, pourvu que la suite en vaille le coup. Tourner cette page sans la conclure est agréable et libérateur. S’affranchir des codes du bien faire et simplement accepter que l’épisode s’arrête là et qu’un autre commence. Cette décision n’est jamais simple mais elle est souvent tout aussi brutale que l’évènement qui l’a provoquée et ô combien salutaire. Tourner la page comme on fermerait la boite dans laquelle sont rangées nos dents de lait. Et reprendre une autre plume pour noircir une autre page.

Et en parlant de page, j’arrive à la fin de cette page Word et il est temps de ranger mon clavier pour écrire un nouveau chapitre avec le marchand de sable.

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