Quelque chose

24 Mar

QUELQUE-CHOSE_3528967468048333669

 

Il est des sujets dont il est difficile de parler, et précisément pour cette raison, il est nécessaire de parler de ces sujets.Il en va ainsi de l’inceste et de ses répercussions sur ceux et (ici) celles qui le subissent. C’est le défi que s’est lancé Capucine Maillard avec sa pièce « quelque chose », où 4 femmes d’âges différents se rencontrent dans un groupe de paroles pour « survivantes », des années après avoir subi l’inimaginable.

Rapidement lassées des règles trop strictes imposées par l’animateur, l’une d’elles propose une rencontre conviviale et hors cadre à l’occasion de la fête de la musique. C’est là que, la nuit s’écoulant, leur amitié va se créer, teintée de rires, de confrontations, et amenant surtout chacune d’elles à se révéler progressivement, et à parler des traces que ce « quelque chose » a laissé dans leur vie.

Il y aVic (Carole Sauret), la benjamine du groupe, toujours de bonne humeur, ayant le virus des voyages lointains, souvent plus pour s’oublier que pour se trouver. Il y a aussi Lucy (Claire Guillamaud), femme en apparence « bien sous tous rapports », ayant fondé une famille bourgeoise dans laquelle elle se sent frustrée et enfermée et qui collectionne les amants sans y trouver plus de plaisir que de son couple. Et puis Michèle (Capucine Maillard) qui, après avoir « été mariée 15 ans avec un con » teste son potentiel de séduction en parlant et en ondulant trop du bassin. Et enfin, Cléopâtre, femme discrète et romantique ayant grandi avec les grands auteurs et parlant de façon plus littéraire encore qu’ils ne l’ont fait dans leurs ouvrages.

La découverte progressive des caractères et des parcours de vie de chacune ne se fait pas, comme dans toute amitié naissante, et plus encore compte tenu des circonstances de leur rencontre, sans réactions fortes, dans la complicité comme dans la surprise, et aussi dans le jugement. Chacune a pour les autres quelque chose d’à la fois fascinant et irritant, et c’est précisément ce parti pris de mise en exergue des sourires comme des coups de gueule qui donne à ce spectacle toute sa profondeur. C’est aussi le parti pris de mêler légèreté et intensité dans le déroulement de la soirée tout comme dans le dialogue qui nous permet à nous spectateurs de nous laisser subrepticement happer par l’émotion. D’abord celle de voir ces 4 femmes exister, échanger, se lâcher au son de la musique pour mieux se crêper le chignon quelques minutes plus tard. Il y a déjà dans le mélange de bienveillance, de maladresse et d’appétit de vie de ces 4 femmes « quelque chose » d’extrêmement touchant.

Et si ces moments de découverte peuvent au départ sembler un tout petit peu longs avant que le véritable élément qui les a rassemblées n’émerge véritablement, ils sont a posteriori nécessaires et pleinement justifiés. Parce qu’avec l’arrivée d’un homme dans le groupe, le patron du bar où travaille Vic, et le « coup de foudre » que va éprouver Lucy à sa vue,  les langues vont petit à petit se délier sur ce traumatisme vécu dans l’enfance. Et sur ce mélange de fêlures et de furieux appétit de vivre de ces 4 « survivantes ». Il est impossible de ne pas frissonner, être révolté, mais surtout de ne pas se laisser envahir par l’émotion brute de ces 4 comédiennes qui incarnent leur rôle avec une sincérité et une sensibilité hors pair. Et plus que tout, ce qui touche dans ces portraits brillamment travaillés à la fois par Capucine Maillard lors de l’écriture et par ses partenaires de jeu, c’est cette authenticité faite de pleurs et de fous rires, de tristesse profonde et d’espoir tout aussi grand, et ce message positif que la vie, même si elle ne fait pas de cadeaux, offre toujours des opportunités et des joies, y compris aux plus meurtris.

Un grand moment de théâtre dont on ne sort pas indemne.

 

Plus d’infos :

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

amenaviguante

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Broute le gazon

mais souris pas ! t'en as sur les dents !

cylklique

Des images... et des mots

rienaredire

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Chroniques erratiques d'une emmerdeuse

Wandering City et tout le reste

Les confidences extraordinaires du Professeur Bang

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

#EtaleTaCulture – La Culture Générale pour briller en société

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

%d blogueurs aiment cette page :