Le déni d’Anna

17 Avr

index

Amis de la rationalité et des rebondissements en série, je préfère vous prévenir d’emblée, le déni d’Anna n’est pas pour vous. Parce que cette histoire de famille et de deuil est un exemple emblématique de ce que l’on appelle le théâtre de l’absurde, dont Eugène Ionesco et Samuel Beckett font partie des représentants les plus connus, bien que de nombreux autres auteurs aient pratiqué le genre.

Enfin après cette brève parenthèse, revenons au 21ème siècle et à cette pièce écrite par Isabelle Jeanbreau, qui prend place dans une famille en apparence tout ce qu’il y a de plus normal. La mère est atteinte d’un cancer et n’en a plus pour très longtemps à vivre. Sa propre mère, un peu harpie, et son frère au caractère bien trempé sont venus pour l’entourer dans ses derniers jours. Malgré l’évidence de la situation, le père s’échine à masquer la vérité à son fils et sa fille. Mais ce déni ne fonctionne que pour lui-même, ses enfants étant très conscients de l’imminence de la mort de leur mère. Le jour du décès, il se refuse à les réveiller pour leur annoncer cette nouvelle fatidique, à tel point qu’ils le devinent d’eux-mêmes devant tant de détours pris pour ne pas avouer ce fait tragique. Dans ce refus absolu d’affronter la réalité, le père fera incinérer sa femme mais sans organiser de cérémonie ni déposer l’urne au cimetière.

On retrouve vingt ans plus tard le père, l’oncle, la grand-mère et les deux enfants pour commémorer la mort d’Anna. Avec toujours les mêmes caractères marqués. Le père vit avec une autre femme qu’on ne verra pas mais souvent évoquée, et qui partage apparemment son caractère névrotique. Malgré les années écoulées, les vrais sujets sont toujours systématiquement et soigneusement évités. Jusqu’à ce que la fille craque et demande l’urne de sa mère pour l’apporter au cimetière. Mais là encore, la visite au cimetière n’empêchera pas l’évitement.

La force du déni d’Anna, c’est d’illustrer cette incapacité à dire ses sentiments et cette volonté de préserver les apparences. Les acteurs sont tous excellents dans leur posture, pour les enfants de curiosité et d’attente de communication, pour les adultes de refus de se confronter à la tristesse. Et la présence des musiciens sur scène participe de cette ambiance un peu hors du temps. Un bel exercice de lâcher prise pour les comédiens comme pour les spectateurs.

Plus d’infos :

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Les carnets du bien-être

Des idées et des outils pour se détendre et se ressourcer

amenaviguante

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Broute le gazon

mais souris pas ! t'en as sur les dents !

cylklique

Des images... et des mots

rienaredire

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Chroniques erratiques d'une emmerdeuse

Wandering City et tout le reste

Les confidences extraordinaires du Professeur Bang

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

#EtaleTaCulture – La Culture Générale pour briller en société

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

%d blogueurs aiment cette page :