Des auto-interdits et autres complexes sans queue ni tête

1 Mai

Berlin Août 2016 (403)

En ce premier mai, puisque le travail est proscrit, traiter de sujets graves et vous obliger ainsi à mobiliser l’ensemble de vos neurones me gênerait à la fois par principe et par peur de vos commentaires de représailles. Aussi préfère-je traiter d’une thématique légère, celle de ces principes que nous nous fixons en dépit de tout réel bon sens, pour « ne pas déranger » ou « ne pas passer pour un(e) malotru(e) (exactement comme celui de considérer qu’il ne faut pas vous contraindre à trop réfléchir devant votre brin de muguet). Afin d’éviter d’une part une liste à la Prévert, et d’autre part de passer ma journée de congés à écrire studieusement, cet article ne vise aucunement l’exhaustivité. S’il vous fait sourire et/ou vous reconnaître au moins une fois, il aura déjà atteint son but.

Casser un billet de 50 euros ou plus : pour les adeptes du paiement en monnaie sonnante et trébuchante, le retrait de billets fait que l’on se retrouve régulièrement, si l’on souhaite éviter de retourner au distributeur tous les deux jours (l’argent file vite nous le savons tous), avec des billets d’une valeur faciale supérieure à 20 euros. Et que pour une raison inexpliquée, nous éprouvons une réticence confinant parfois à la pudeur de jeune fille d’un autre siècle à tendre ce billet de 50 ou 100 euros pour un achat de moins de 10 euros. Comme s’il était honteux de ne pas disposer de petite monnaie systématiquement. Soyons clairs, si nous ressentons cette inhibition, cela n’est pas entièrement de notre fait : les yeux ronds et les commentaires désobligeants du boulanger / de l’épicière : du caissier / de la vendeuse dès lors que nous n’avons pas l’appoint ont contribuer à ancrer en nous ce sentiment malvenu de culpabilité. Mais il est encore temps de s’en défaire et d’assumer d’avoir dans notre portefeuille de quoi assurer plus d’une journée de trésorerie monétaire.

Faire une réflexion dans le train à un (des) parent(s) sur leur gamin insupportable : il peut paraître indélicat voire déplacé, surtout de la part d’une personne qui n’a pas d’enfant à supporter en permanence, de juger de la bonne ou de la mauvaise éducation inculquée par des parents débordés entre leur travail, les tâches ménagères, et naturellement le temps passer à s’occuper de leur progéniture. Ayant dans mon entourage beaucoup d’amis épuisés par un rythme effréné et s’efforçant de faire de leur mieux pour ne pas péter un câble entre la recherche du doudou encore perdu et la troisième tournée de lessive faire le bonheur de leurs chères petites têtes blondes (ou brunes ou rousses ou châtains, là n’est pas la question), je conçois qu’il faille faire preuve de la plus grande empathie face à des étrangers lorsqu’ils semblent dépassés. Néanmoins, les personnes sans enfants (dont je fais partie e le reconnais) subissent elles aussi un certain nombre de contraintes. Et que, lorsqu’elles prennent le train, que ce soit pour raisons personnelles ou professionnelles, elles aspirent à un minimum de calme et de sérénité. Surtout lorsqu’elles ont volontairement choisi l’ambiance « zen » de l’ID TGV et sont déjà de mauvaise humeur parce quelles se trouvent placées dans un de ces ****** de **** de ****** de carrés (toute ressemblance avec une auteure de billets de blogs serait purement fortuite). Ainsi donc, après 10 à 15 minutes à supporter les coups de pieds « involontaires » du petit voisin d’en face (auquel son père ou sa mère dit très mollement une fois tous les 100 coups de pieds d’arrêter » et sa 23ème interprétation des deux premières phrases du générique du dessin animé à la mode, le passager irrité en vient encore à espérer un miracle. Et tente de rester poli et de ne pas tenir de propos qui dépassent sa pensée sur l’incapacité à tenir sa marmaille les difficultés bien compréhensibles à se faire respecter dans ce train bondé où il fait trop chaud. Dans un tel cas, je dois vous dire, amis lecteurs, que tôt ou tard vous parlerez. Et que le plus tôt sera le mieux puisque plus vous attendez, moins le mot « zen » risque de refléter la teneur de vos échanges avec les parents du ou des petits diablotins. Il est heureusement possible de s’exprimer à la fois fermement et poliment. Et les parents réellement responsables réagiront en général positivement si vous y mettez les formes et seront vigilants à faire cesser le karaoké version vinyle rayé et l’entraînement à la destruction de tibias. Les autres parents s’offusqueront sans doute de la leçon que vous vous permettez de leur donner, mais vous bénéficierez en contrepartie du soutien de tous les autres passagers non amateurs de génériques de dessins animés ne provenant pas de leur lecteur mp3. Donc, dans le train (ou le tram ou le métro), ne craignez pas de vous défaire de votre empathie pour le bien du plus grand nombre.

Demander à un grand de prendre l’article en haut du rayonnage : lorsque nous personnes de petite et de moyenne taille faisons nos courses au supermarché, il arrive que nous soyons tentés par une denrée ou autre produit situé hors de notre portée. Ceci est valable également en librairie pour ce roman à la couverture alléchante, placé on ne sait pas trop pourquoi bien en évidence mais totalement insaisissable en l’absence d’escabeau par des personnes n’ayant pas la stature de joueurs de baskets (sans compter qu’en plus il faudra expliquer qu’on ne veut pas le premier de la pile parce qu’il est corné ni le 2ème parce qu’il est mal collé / relié…). Bien souvent, face à l’évidence de notre petitesse (physique), nous renonçons, pour mieux ruminer pendant des jours sur cet article désormais idéalisé. Ou nous considérons dans l’instant que nous préférons ne pas perdre de temps à attendre le passage d’un client de grande taille ou d’un vendeur pouvant aller chercher l’escabeau permettant d’atteindre le graal l’objet convoité. Ou, pris de frénésie consumériste, nous nous mettons en tête d’escalader le rayonnage, oubliant que notre agilité s’est envolée avec notre enfance, et finissons par nous ridiculiser, et, au moins une fois sur deux par retomber disgracieusement et lourdement sur le sol. Il est donc grand temps soit de vaincre notre timidité, soit de renoncer définitivement à regarder dans les magasins tous les articles qui ne nous sont pas accessibles (ou à faire circuler une pétition pour la mise à disposition d’escabeaux dans les boutiques ayant des présentoirs de plus de 1,80m de hauteur).

Poser des questions (ou demander un médicament plutôt qu’un autre) au médecin : il est bien entendu que le corps médical dispose sur nous patients d’une supériorité incontestable en matière de connaissances scientifiques. Et qu’il a parfaitement lieu de s’agacer gentiment ou franchement lorsque nous tentons de le persuader que notre auto-diagnostic, établi à partir de sources aussi sûres que les forums de sites aussi sérieux que ceux dont le nom commence par doc et finit par immo (il est évident que les sites médicaux sérieux parlent aussi d’immobilier), est le bon. Plus encore lorsque le sien a été établit à partir de 2 radios, 3 prises de sang et un IRM. Le médecin ou le soignant est d’ailleurs alors en droit de nous demander pourquoi nous venons le consulter si nous savons parfaitement de quoi nous souffrons et comment le soigner (nota bene : répondre « pour que vous inscriviez le nom des médicaments que je vous dicterai sur l’ordonnance risque de vous valoir une volée de noms d’oiseaux et d’être radié du fichier de ses patients). Cependant, si les patients ont leurs défauts, le corps médical a aussi les siens. Et notamment celui de ne pas réaliser justement l’immense infériorité de la culture scientifique des personnes qui viennent les consulter. Et donc d’établir un diagnostic ou de préconiser un traitement sans prendre quelques minutes pour s’assurer que la personne en face d’eux a bien compris ce qu’elle avait et pour quelle raison elle doit prendre tel cachet / spray / crème et quels vont en être les effets (normalement bénéfiques). Et, ayant le sentiment qu’il devrait normalement comprendre parfaitement tout cela, le patient va sagement prendre l’ordonnance pour la porter à la pharmacie (laquelle a le mérite de fournir un peu plus d’explications que le médecin sur le traitement, il faut bien le reconnaître). Et finir par retourner voir le praticien pour comprendre (creusant ainsi un peu plus le trou de la Sécurité sociale malgré sa répugnance à le faire) ou par mal suivre son traitement, ou s’étonner du temps que met la guérison et abandonner en cours de route (donc finir par retourner consulter, bis repetita). Cette attitude est évidemment la mauvaise, il est totalement contreproductif de se laisser impressionner par le savoir médical d’une personne dont c’est le métier (vous en auriez sûrement à lui en apprendre sur le vôtre), et être clair(e) dans ses explications fait partie de ses attributions. Sortir d’un lieu de soins sans comprendre ce qui s’y est dit n’est a priori pas normal, donc pas d’autre solution que d’insister quitte à passer pour une personne simplette. De la même manière, sans « dicter » l’ordonnance, octroyez-vous le droit de dire que vous préférez les pastilles pour la forge au citron plutôt que celles au menthol. Ou la marque de paracétamol 1 plutôt que la marque de paracétamol 2. Parce que même si c’est du placebo, le fait est que vous serez dans un état d’esprit plus positif qui ne peut que faciliter l’efficacité du traitement. Après tout, vous êtes libre de choisir le parfum de vos yaourts, pourquoi pas celui de vos pastilles contre le mal de gorge.

Oser exprimer un avis ultra-minoritaire (notamment sur l’économie ou la politique ou le management de votre entreprise) : le fait est que, face à un groupe dont les membres partagent en très large majorité voire en quasi-totalité la même opinion, il faut être doté soit d’un courage hors normes soit d’une sacrée dose d’inconscience pour prendre la parole et affirmer frontalement que l’on n’est pas d’accord. Ou bien d’un goût inné pour le conflit / la réfutation / l’argumentation, doublé d’un éloquence pouvant vous permettre de sortir la tête haute d’un débat à armes inégales. Et seule une minorité dispose d’une force de caractère (ou encore une fois d’une inconscience) suffisante pour se jeter dans l’arène et mener le combat. Néanmoins, si l’on peut le plus souvent se taire sans en souffrir, parce que le sujet ne nous tient pas spécialement à cœur, il est des circonstances où le silence sonne comme un reniement de soi-même et de ses convictions les plus viscérales. Bien évidemment, pour les natures discrètes ou fuyant toute forme de disharmonie, comme pour celles qui, bien que ne craignant pas l’opposition, ne trouvent pas les bons arguments à faire valoir, aller à l’encontre de la majorité est en général inenvisageable. Quitte à garder la boule au ventre des jours entiers de ne pas avoir réagi. Ou de laisser penser qu’elles partagent l’avis de tous et là aussi de le vivre très mal, ne se sentant pas à leur place et/ou observant avec tristesse les conséquences parfois fâcheuses de décisions qu’elles réprouvent. Plusieurs solutions s’offrent toutefois dans un tel cas : la plus simple est de trouver une autre personne pus audacieuse et sûre d’elle se trouvant elle aussi en minorité ; une autre possibilité est d’attendre que le groupe ne soit plus réuni et d’aller discuter d’égal à égal avec l’un de ses membres (de préférence le plus influent) pour dire votre ressenti / exprimer vos réserves / proposer une alternative susceptible de convenir au plus grand nombre y compris vous. Mais le plus souvent, vous aurez à braver votre appréhension pour tenter dans un premier temps d’introduire un peu de nuances dans ce qui se dit. Par petites touches pour éviter les phénomènes de résistance / braquage / blocage de la majorité non silencieuse. En sachant que les concesssions que vous obtiendrez (peut-être, rien ne les garantit) seront sans doute minces. Mais qu’elles vous permettront au moins d’être fier(ère) de ce petit accomplissement. Et d’avoir sans vous en rendre compte enrichi l’esprit de personnes qui n’avaient peut-être jamais adopté un angle de vue différent.

Il existe encore bien d’autres circonstances dans lesquelles chacun de nous se bride inutilement. Mais je sens que si je poursuivais, vous vous obligeriez à ne pas me vexer en me faisant remarquer que mes billets de blog sont horriblement longs (chose que je fais semblant de ne pas savoir tout en en étant parfaitement consciente). Je vous laisse donc profiter de cette soirée de 1er mai ensoleillée et sans interdit sur l’apéritif.

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