Trois précédé de Un et de Deux

1 Mai

Il y a trois ans, je découvrais dans la salle du Tarmac le spectacle Un de Mani Soleymanlou. Et j’étais pleinement séduite. Trois ans plus tard, le même homme revient à Paris avec Trois. Mais il n’oublie pas d’emporter les racines de ce cheval de Trois, soit Deux et Un.

Et c’est bien de racines qu’il est question pour ce triptyque réjouissant de 4h30 (pauses comprises). Dans Un, sans tomber dans la redite de ce que j’avais pu en dire il y a trois ans (j’espère que vous n’êtes pas perdus dans les chiffres), Mani Soleymanlou raconte son histoire, de ses premières années en Iran à son arrivée à Paris avant un départ pour le Canada à l’âge de 9 ans, pays où il est désormais établi, et où il a vécu à Toronto, Ottawa et Montréal. Et à travers ces multiples déplacements, il interroge son identité, celle d’un homme qui a en lui un peu de tous ces endroits où il a vécu sans faire réellement parie d’aucun. Dans Deux, il réalise une sorte de mise en abyme, en mettant fictivement en scène son comparse québécois Emmanuel Schwartz comme nouvel interprète de Un. L’occasion pour ce dernier de livrer aussi un peu de qui il est. Et de renvoyer à Mani ses propres questions.

Dans Trois, changement total d’échelle puisque 36 comédiens sont désormais sur scène, de tous âges, de toutes couleurs de peaux, nés ou non en France, avec des parcours de vie en apparence banals ou hors du commun. Mais qui tous ont quelque chose à dire sur qui ils sont ou qui ils croient être, ou comment ils cherchent à être eux-mêmes en transcendant le regard que l’on porte sur eux. Autant de parcours de vie et d’interrogations ponctuées avec humour par les délicieux « proverbes togolais » bourrés d’humour improvisés par Gustave Akakpo. Cette fresque atypique, née tambour battant par ces 36 comédiens bourrés d’énergie, de sens de la dérision, et de capacité à nous interroger en tant qu’humains, publics et, particulièrement en ces semaines d’élections, comme citoyens, achève de nous convaincre du génie de toute cette troupe menée avec conviction par Mani Soleymanlou.

Il est difficile de réellement décrire cette expérience un peu folle qui a réuni une salle comble pendant cette longue soirée avec des pauses très courtes (moins de 30 minutes au total pour les 2 entractes). Mais plus la soirée avançait, plus les esprits semblait s’éveiller et plus le public semblait uni, dans sa diversité aussi grande que celle des artistes. Si la première partie est très sobre, favorisant l’intériorité, les invectives entre les deux artistes amènent une fraîcheur qui trouve son apogée dans Trois. Et particulièrement en ces jours de débats hélas agités et houleux (quand il s’agit bien de débats et pas de concours de qui crie le plus fort) entre les deux tours de l’élection présidentielle. Ces 4h30 ont été une belle occasion de voir que nous sommes tous encore capables, artistes comme publics, de nous rassembler en riant autour de ces questions d’identité qui paraissent si propices au conflit dans la bouche de certaines personnalités politiques, alors qu’elles sont si riches et prometteuses de belles réalisations lorsqu’elles sont bien posées. C’est en vivant des soirées empreintes de beauté et d’un peu de magie que l’on se dit que le théâtre devrait être élu plus souvent que certaines émissions télévisées comme lieu où passer ses soirées.

Un grand merci (en mode Molières) à Mani Soleymanou, Emmanuel Schwartz, Gustave Akakpo, Jean Alibert, Loïc Bernard-Chabrier, Nil Bosca, Marguerite Bourgoin, Marco Collin, Anissa Daaoul, Geoffrey Dahm, Judith Davis, Emmanuel de Chavigny, Noémie Durantou Reihac, Slim El Hedli, Jean-Baptiste Foubert, Didier Girauldon, Nina Klinkhamer, Jocelyn Lagarrigue, Constnce Larrieu, Denis Lavalou, Dominique Leclerc, Julien Lewcowicz, Maïka Louakairim, Agathe Maneray, Jean-Moïse Martin, Mathieu Mintz, David Nguyen, Karine Pedurand, Néphélie Peingnez, Samira Sedira, Lætitia Somé, Elkhana Talbi, Kevin Tussidor, Frankie Wallach,  Miléna Wendt et Hichem Yacoubi.

Plus d’infos :

 

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