Ouragan Catégorie 5

7 Juin

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De prime abord, il peut sembler étrange de consacrer une soirée à une pièce qui se déroule à huis clos dans un bar de la Nouvelle-Orléans en 2005 où sont coincées 4 personnes « qui n’ont nulle part d’autres où aller » alors que l’ouragan Katrina est en train de décimer la ville, et que la plupart des habitants ont évacué. Plus encore lorsque le pitch laisse entendre à demi-mot que ces 4 personnes ne sont a priori pas des blanches colombes. Et pourtant, quelque chose dans l’enthousiasme des réactions face à ce spectacle (parce que oui, j’avoue ne pas être dans la prise de risque permanente et consulter moi aussi régulièrement les critiques avant de faire mes choix de sortie) m’a décidée à aller affronter la tempête de ces âmes torturées.

Et il faut dire qu’en l’espèce, les avis des spectateurs m’ayant précédée étaient plus que fiables, et je dois un peu les remercier pour la très belle soirée que j’ai passée en décidant de leur faire confiance. A eux, et, soyons honnêtes, à Nicolas Rocq, l’auteur et metteur en scène, qui a aussi apporté sa contribution. Toujours est-il que dès l’accueil très courtois de la serveuse du Muriel’s , le bar où se déroule l’action, bercée par la musique jazz interprétée au saxophone par le talentueux Constantin Alaïmalaïs (qui, sans faire partie des personnages, reste présent sur le plateau du début à la fin pour accompagner les 4 comédiens), je me suis sentie bien.

Et ce sentiment ne s’est pas démenti de toute la pièce. Malgré la dureté des histoires livrées par ces 4 naufragés de la vie, fuyant la noyade en se réfugiant dans ce bar. Celle de cet homme transformiste (excellent Nicolas Rocq) qui n’a pas fait le deuil de la mort de son meilleur ami un peu plus qu’ami, de cette femme alcoolique que son mari a quittée par désespoir et qui a sombré encore plus (très juste Laurence Facelina), de cet autre homme qui cherche à combattre les sombres penchants qu’il éprouve (sacré défi relevé par Philippe Gray), et de la serveuse, enceinte trop jeune et forcée à avorter, partie le même jour chercher sa mère ayant abandonné le foyer sans laisser d’adresse (sublime Candice Mechaly).

En racontant leur passé « pas comme il faut », ces 4 personnages, avec leurs aspérités, avec leur laideur, mais aussi avec leurs luttes intérieures et leurs aspirations au bonheur, nous font entrevoir l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus authentique. La mise en scène est d’une grande sobriété pour laisser toute la place à la formidable interprétation des comédiens, qui jouent des écorchés vifs plus vrais que nature, et nous invitent sans en avoir l’air à prendre de la hauteur sur des sujets difficiles.Et, point à souligner, en plein ouragan, ils nous font découvrir une lenteur que je me suis surprise à apprécier, parce que cette lenteur est pleinement habitée par les émotions et les sentiments qu’ils nous transmettent.

Si vous aimez être touchés, précipitez-vous A la Folie Théâtre avant que l’ouragan de l’été n’arrive et que les représentations s’arrêtent.

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Une Réponse to “Ouragan Catégorie 5”

  1. Anonyme 26 juin 2017 à 18:42 #

    Petite parenthèse comme vous les aimez dans mes recherches sur internet, voilà que j’atterris sur votre blog Plumechocolat … et j’ai ri discrètement devant mon écran de votre écriture drôle et précise, et dommage que je ne vis pas à paris pour voir cette pièce Ouragan … si bien mis en valeur par votre critique

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