Petit coup de gueule d’une salariée lambda (ou zêta ou omicron)

11 Juil
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Crédit : photo-libre.fr

Cher gouvernement (ou plutôt devrais-je dire chers gouvernements puisque les têtes ont changé même si la direction prise est la même),

Depuis quelques mois déjà (enfin en réalité depuis quelques années, mais j’ai inscrit « petit » coup de gueule dans le titre, donc je vais éviter de remonter trop loin dans le temps), j’observe avec plus ou moins d’attention selon les périodes (mais globalement plutôt plus que moins) ce que l’on appelle les « réformes du travail ». Et je dois dire que mes réactions oscillent souvent entre l’inquiétude et la colère. Avec le balancier plutôt du côté de la colère, avouons-le.

J’ai conscience de mon impuissance. Et même de mon insignifiance. Je suis juste une salariée lambda (ou zêta ou omicron, comme dit dans le titre). Comme la plupart des salariés lambda, j’ai une attitude à dominante individualiste. Ce qui ne signifie pas que je ne me soucie pas d’un point de vue humain de mes collègues et de mes managers et de mes subordonnés et même des cadres dirigeants de mon organisation. Simplement que je ne suis pas syndicaliste ni déléguée du personnel et que j’ai l’œil davantage rivé sur mon évolution de carrière et mon salaire que sur ceux de toutes les personnes susnommées (oui, j’avoue humblement n’être ni candide ni altruiste, même si la poursuite du bien commun est une idée que je trouve noble et que je suis prête à défendre, sous réserve que la défendre ne me nuise pas, tout ceci montrant à quel point je suis un cliché ambulant de la « lambdattitude »).

Alors voilà, après cet énième abus de parenthèses et de digressions, j’en viens au fait et à ces fameuses réformes du travail que j’évoquais. Celles qui sont supposées plus ou moins dans l’idée nous aider à tenter d’essayer de revenir, sinon au plein emploi, au moins au moindre chômage. Bien entendu, je ne peux qu’approuver cet objectif. Néanmoins – sans doute par manque d’éducation me diras-tu, cher gouvernement – plus le temps passe et les annonces de mesure se succèdent, plus je suis sceptique sur ta capacité à atteindre cet objectif de cette manière.

Parce que, ce que je constate essentiellement, c’est que ta manière de concevoir le rebond magique de l’embauche consiste pour l’essentiel à retirer des droits et des protections aux salariés. Alors oui, en effet, les salariés ont plus de droits et d’avantages que ceux qui ne le sont pas. Tu noteras tout de même que malgré tout ce que l’on dit sur leur statut privilégié, ils paient quand même des cotisations en échange de ces avantages potentiels (bénéfices qu’ils financent donc malgré une occurrence qui paraît de moins en moins assurée, mais ne nous dispersons pas en évoquant le fâcheux sujet de l’avenir du système de retraites). Et qu’ils acceptent en général de bonne grâce de se plier à ce qui leur est demandé par leur employeur, y compris aux revirements successifs de stratégie, aux périodes où il faut mettre « un coup de collier » pour boucler une commande ou un dossier (eh oui, même parfois sans demander aucun paiement d’heure supplémentaire, juste parce qu’ils savent qu’ils sont dans le même bateau que tout le monde dans l’entreprise et que ça ne leur paraît pas anormal d’y mettre du sien au-delà du strict minimum quand c’est vraiment nécessaire). Bref, les salariés « lambda » ne sont pas, comme tu sembles le croire, des nantis blottis dans leur confort.

Je précise également, en tant que salariée zêta (oui j’ai fait du grec au collège, et j’étale le peu de souvenirs que j’en ai gardé), je ne suis pas « anti-patrons », et que je ne pense pas que « ce sont tous des salauds qui veulent nous exploiter » alors que les salariés seraient « tous des gentils ». Bref, je ne crois pas au binarisme. Je sais que c’est compliqué de gérer une entreprise, qu’il y a plein de

formalités à remplir, de règlementations à suivre, d’organismes auxquels il faut verser des cotisations. Et je comprends et soutiens certaines des plaintes que ces entrepreneurs formulent eux aussi à ton égard. De ce fait, ta position peut être délicate puisqu’il n’est pas rare qu’en satisfaisant les uns, tu mécontentes les autres.

Seulement, si je me permets aujourd’hui d’écrire mon ras-le-bol, c’est parce qu’à mon sens, ce que tu fais, cher gouvernement, a tendance à déposséder l’ensemble des salariés omicron dont je fais partie sans pour autant permettre un progrès collectif. Voire parfois sans que personne ne soit avantagé à part ceux qui, parmi les patrons (et j’ai tendance à croire tout de même, ou en tout cas à espérer qu’ils ne sont qu’une petite minorité), n’ont réellement aucun souci de l’autre et son prêts à tout pour gagner plus d’argent. Soit précisément le profil de ceux qui, quoi que l’on fasse, n’embaucheront pas tous puisque leur objectif sur le plan social est nul voire négatif.

Donc ton idée de vouloir supprimer l’obligation de prévention pour les postes pénibles, de vouloir minimiser le coût pour se débarrasser d’un salarié lorsque l’on n’a pas de motif réel et sérieux de le faire, de vouloir nier la responsabilité des organisations dans la survenance de ce que l’on nomme « burn-out » me met très sérieusement en rogne. Parce que je ne crois pas qu’agir ainsi créera le moindre recrutement. Je crois juste que tu fais passer un message négatif à des millions de gens qui sont cette fois en très grande majorité (enfin j’ai tendance à le croire ou en tout cas à l’espérer) et qui sont de bonne volonté. Mais qui ont ce besoin qui semble normal de se sentir rassurés sur le fait que leur employeur ne peut pas attenter à leur santé physique ou morale ou les licencier du jour au lendemain sans contrepartie. J’aimerais bien voir chacun de tes ministres aller occuper pendant un mois un emploi nécessitant de faire des gestes répétitifs ou pénibles, ou se retrouver sous les ordres d’un caractériel éternellement criard et insatisfait pour se voir « remercié » à la fin de ce même mois (et c’est bien que ce certains employés upsilon vivent des mois voire des années durant). Peut-être que cette « confrontation au réel » aurait un côté salutaire.

J’aimerais bien aussi que tu rencontres vraiment, dans un échange gratuit et authentique, ces entrepreneurs que tu souhaites voir embaucher en rognant sur les droits de ceux qu’ils emploient. Parce que, pour recruter, ce dont ils ont besoin, ce n’est pas d’une garantie qu’ils ne paieront pas de compensation financière si un de leurs salariés a le dos broyé ou se retrouve en burn-out. D’ailleurs, ces conséquences de la pénibilité nuisent objectivement à ces entrepreneurs, qui perdent des personnes formées et efficaces pendant des semaines voire des mois (ce qui peut leur coûter plus cher qu’un budget de prévention, mais là aussi ne nous dispersons pas). En fait, les entrepreneurs embauchent d’une manière générale parce qu’ils ont des commandes ou qu’ils estiment avoir de très grandes chances d’en avoir. Et il est vraiment extrêmement rare (ne serait-ce que pour des raisons évidentes d’image) , si cela s’est seulement déjà vu, d’entendre un patron dire « chouette, je vais embaucher un salarié ksi parce que je pourrai lui faire porter des charges lourdes sans restriction / lui hurler dessus à longueur de temps : m’en débarrasser dès que les affaires seront moins bonnes ». Ce n’est pas ainsi que raisonnent les vrais entrepreneurs. Certains agitateurs de ce que l’on appelle d’une façon trop générique « le patronat » évoluant dans certaines sphères peuvent à l’occasion tenir ce type de discours. Mais le patron (pas) bêta a généralement envie de travailler le plus possible sur le long terme avec des hommes et des femmes fiables connaissant bien le métier. En sachant qu’il devra aussi prendre le temps de les former à ses méthodes et de construire une relation de confiance avec eux. Et il râlera contre les règlementations qui l’obligeront à prendre en compte tous les facteurs de nuisance au travail, mais dans le fond, il sera content si elles fonctionnent et qu’il n’a pas à gérer des accidents de travail ou des arrêts pour épuisement. Et plus encore s’il travaille avec des gens souriants parce que conscients d’avoir vraiment le privilège de travailler pour des dirigeants qui se soucient d’eux.

Tous ces éléments m’amènent à penser que tu te trompes de combat. Et que si tu veux vraiment « inverser cette fameuse courbe », tu devrais plutôt t’interroger sur «quels sont les métiers / compétences / marchés » sur lesquels la France dispose de plein de ressources qu’elle n’exploite pas ? Et comment inciter les patrons et les salariés à exploiter ensemble ces atouts ? Mais tu me rétorqueras encore une fois que je suis une vile idéaliste trop engluée dans son quotidien pour comprendre.

En attendant, je te salue, je pars me muscler le dos, les abdos et le cerveau pour résister plus longtemps aux risques qu’ils pourraient subir grâce à toi.

Veuille agréer à l’expression de mes sentiments mitigés.

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