Cosi fan Tutte

25 Oct

Christophe Pelé

Crédits : Christophe Pelé

 

Profitant pour la deuxième fois des soirées moins de 40 ans moins 40% (déjà évoquées pour la veuve joyeuse), j’ai eu la chance d’assister le 17 octobre dernier à l’une des dernières représentations de Cosi fan Tutte au palais Garnier. Bien évidemment, le cadre à lui seul vaut le déplacement. L’escalier majestueux, les plafonds peints dans chaque salle, la magnificence du salon de réception, les fabuleux volumes, et bien sûr les dorures et le plafond de Chagall dans la salle de spectacle elle-même constituent en eux-mêmes un spectacle. Avec, autre privilège de cette soirée, la possibilité de déambuler dans les différentes salles à l’issue du spectacle jusqu’à minuit.

Après cette digression (dont j’avoue être coutumière), il est temps d’en venir au spectacle lui-même. L’histoire est celle de deux jeunes officiers italiens, Guglielmo et Ferrando, persuadés de la fidélité de leurs fiancées Fiordiligi et Dorabella (qui sont toutes deux sœurs), qui acceptent de relever pour 100 sequins le pari proposé par le fourbe Don Alfonso d’éprouver la constance des jeunes femmes. Pour cela, ils font croire à leurs promises qu’ils doivent partir à la guerre et se déguisent ensuite pour tenter chacun de séduire la fiancée de l’autre. Pour gagner son pari, Don Alfonso convainc Despina, la servante des deux sœurs, de pousser ces dernières à céder aux avances des deux gentilhommes qui se présenteront (sans l’avertir de leur véritable identité).

Fiordiligi et Dorabella se montrent très vite sensibles aux charmes de leurs nouveaux prétendants mais hésitent à leur céder, souhaitant rester fidèles aux serments faits à leurs fiancés partis à la guerre. Mais devant les assiduités et le romantisme dont elle est l’objet, Dorabella cèdera. Fiordiligi restera ferme, pour la plus grande fierté de Guglielmo qui paradera devant son concurrent en faisant valoir la probité de sa dulcinée, avant de céder elle aussi, donnant l’occasion à Ferrando de savourer une juste vengeance. La supercherie finira par être révélée, et les amants tricheurs ne manqueront pas d’accuser leurs fiancées (oui, il y a certes de quoi ici fâcher une demoiselle du 21ème siècle dans la misogynie patente qui sous-tend ces assusations, mais hélas, au 18ème siècle, cela ne choquait personne). Mais Don Alfonso, reconnaissant sa responsabilité, fera en sorte de réconcilier les couples fâchés pour pouvoir malgré tout célébrer les noces.

La version présentée cette saison à l’opéra Garnier se veut résolument contemporaine. Dans un décor très épuré qui pourrait faire penser à un gymnase, avec des traits et cercles au sol, chacun des 6 personnages principaux (Guglielmo, Ferrando, Fiordiligi, Dorabella, Alfonso et Despina) est doté d’un avatar qui danse pendant leurs chants. Ce parti pris original et audacieux d’Anne Teresa de Keersmaeker, qui signe la mise en scène, est un peu déstabilisant. Non que l’idée ne soit pas excellente, mais, dans sa concrétisation, elle semble plus ou moins destinée à des « initiés » des tendances contemporaines. Déjà parce que l’on ne comprend pas forcément d’emblée le principe des avatars, malgré le code couleur des costumes. Mais aussi parce qu’il y a une volonté de dissymétrie dans les chorégraphies qui est elle aussi un pari, mais à laquelle j’avoue, en tant que néophyte un peu conservatrice, n’avoir pas pleinement adhéré. Sans regretter pour autant d’avoir eu l’occasion d’assister à ce spectacle.

Les voix sont en effet sublimes, portées naturellement par un orchestre irréprochable. Les chanteurs-comédiens sont également très convaincants, avec une mention toute particulière pour Ginger Costa-Jackson, fabuleuse dans le rôle de Despina. Il est également intéressant de découvrir cet opéra, habituellement assez léger, sous un angle plus sombre et noir, qui lui donne un relief particulier et permet une nouvelle lecture de cette fausse comédie. Une version plutôt réservée aux amateurs avertis de par son parti pris, mais qui a le mérite d’oser sortir des sentiers battus.

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Une Réponse to “Cosi fan Tutte”

  1. Mumu67 3 novembre 2017 à 11:20 #

    Très bon article, sur une pièce sublime qu’est Cosi fan Tutte ! J’ai hâte de retourner au cinéma voir la diffusion en direct depuis le Metropolitan de New York, quelle joie !

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