Oncle Vania

27 Oct

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Plus d’un siècle après sa mort, le succès de Tchekhov ne se dément pas, puisque, de Platonov à Oncle Vania, en passant par la Cerisaie, La mouette ou ses œuvres en un acte comme L’ours ou Une demande en mariage, ses pièces sont très régulièrement reprises. Ou servent de source d’inspiration à d’autres auteurs. Il est d’ailleurs amusant à ce titre de noter qu’Oncle Vania est lui-même un texte inspiré… d’une autre pièce de Tchekhov, écrite un an avant (en 1889), le Sauvage, qui avait connu un échec retentissant (preuve que persévérer paie parfois).

L’originalité de la version présentée au théâtre Essaïon cette saison (créée en 2015) est de n’avoir gardé que les 5 principaux personnages de la pièce (qui en compte 9 au total). Vania vit avec sa nièce Sonia dans la maison dont cette dernière a hérité à la mort de sa mère. Depuis 15 ans, tous deux travaillent d’arrache-pied pour payer le restant dû sur cette maison en envoyant le reste de leurs gains au père de Sonia, le professeur Sébriakov, que Vania vénérait jusqu’à prendre conscience il y a un an que ses écrits qu’il pensait géniaux étaient loin de l’être et qu’il avait donc sacrifié sa vie à un homme arrogant qui ne le méritait pas.

Depuis cette découverte, Vania (Fabrice Merlo) sombre dans l’alcool et laisse Sonia (très sensible et subtile Marie Hasse) gérer presque tout seule. C’est là que le professeur à la retraite (Idriss), ne gagnant plus assez pour se loger en ville, vient vivre chez eux avec sa deuxième épouse Eléna (sublime Céline Spang), une magnifique femme bien plus jeune que lui, et impose sa loi et ses horaires « d’écrivain » à toute la maisonnée. Souffrant de la goutte, il fait aussi appeler le docteur Astrov (Philippe Nicaud), ami de Vania, lequel, fasciné par la beauté d’Eléna, va s’installer à domicile dans l’atelier. Pour compliquer encore les choses, Sonia est secrètement amoureuse du docteur depuis des années.

Dans ce huis clos où tous les espaces cohabitent (le bureau du professeur, l’atelier où vit Astrov, le bureau de Vania et Sonia et la salle à manger) s’installe très vite l’ambiance étouffante qui fait vivre les tensions entre les personnages et donne corps à leur ennui et à leur désespoir, notamment à travers la présence permanente de Sébriakov, que personne n’ose bousculer et contrarier. Sa fille semble le craindre, sa nouvelle femme s’ennuie clairement en sa présence mais cherche à rester fidèle à ses vœux, Vania poursuit sans succès Eléna de ses assiduités pour combler sa solitude, et le docteur marmonne contre lui sans oser l’affronter. Mais petit à petit, l’attention va se tourner vers Astrov, le seul qui, dans cette configuration, ait fait le choix d’être là et ait la possibilité de partir à tout moment. Celui-ci va devenir le personnage pivot capable de faire basculer les équilibres, servant de confident et de compagnon de beuverie à Vania, alimentant les espoirs et fantasmes de Sonia et conquérant peu à peu la belle Eléna en l’incitant à céder à l’attirance qu’elle ressent pour lui.

Grâce au talent et à l’investissement des comédiens, et également des très belles chansons, l’on se laisse complètement embarquer dans cet univers mélancolique, où chacun se débat pour ne pas perdre espoir. Le jeu et les sentiments sont justes, et les scènes de confrontation de la fin sonnent comme une libération. Malgré la permanence du tragique qui l’emportera sur ces courts instants de liberté.

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