Rhinocéros

27 Oct

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Malgré une fréquentation assidue des salles de théâtre, je n’avais jamais assisté à une représentation de l’une des pièces de Ionesco. Essentiellement par scepticisme, après avoir lu certaines d’entre elles, sur la façon dont cet univers absurde caractéristique du dramaturge pouvait être retranscrit sur scène. De la même manière que j’évite d’aller voir au cinéma l’adaptation de certains romans après les avoir lus. Et puis j’ai fini par tenter l’aventure avec ce « Rhinocéros ». Et bien m’en a pris parce que la performance de Stéphane Daurat est exceptionnelle.

Un dimanche, Bérenger et son ami Jean se rencontrent au café et voient passer, fait pour le moins étrange, un rhinocéros dans la rue. Ils s’étonnent tous les deux en s’interrogeant sur sa provenance. La scène se reproduit le dimanche suivant, avec cette fois un chat qui devient la victime de l’animal, ce qui crée un scandale au sein de la population révoltée. Avec un débat d’un comique féroce sur le fait qu’il s’agisse ou non du même rhinocéros que la semaine précédente ou non.

La réponse à cette question se présente très vite puisque la présence des rhinocéros se multiplie, et que l’on découvre rapidement, que ce sont les habitants eux-mêmes qui se transforment en animaux sauvages. Le premier cas de l’entourage de Bérenger est celui de son collègue M. Bœuf, qui se transforme sous ses yeux et ceux de son chef Botard et de sa collègue et objet de ses fantasmes Daisy, en présence de sa femme qui tentait de le rattraper et de le convaincre de ne pas sombrer. Petit à petit, le nombre de rhinocéros se multiplie, obligeant les humains « résistants » à se cloîtrer chez eux. Même les plus virulents, au premier rang desquels l’on retrouvait le fameux Jean, succomberont à la tentation, en faisant l’apologie de cette nouvelle forme d’existence. Ayant réussi à séduire Daisy, Bérenger fera tout pour la convaincre de rester dans le camp des humains, tout en sentant ses propres résistances faiblir devant la raréfaction de son espèce.

Seul en scène, le comédien interprète brillamment l’ensemble des personnages, de Jean à Botard en passant par la commerçante terrifiée à la vue de son chat mort. Avec une pièce qui semble très actuelle dans un contexte où la montée des totalitarismes et la bataille pour imposer une idéologie dominante que dénonçaient Ionesco dans sa pièce ont de nouveau cours. Pour autant, la mise en scène de Catherine Hauseux est suffisamment empreinte de légèreté pour apprécier l’œuvre en elle-même sans y ressentir cet écho politique. L’utilisation de la musique et de la vidéo, justement dosée pour souligner les moments clés de l’histoire, apporte une vraie intensité à cette prestation formidable. Stéphane Daurat réussit vraiment pleinement à nous entraîner dans ce suspense haletant qui invite à la réflexion.

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