Lulu

15 Jan

Lulu

 

Lulu est une pièce à l’histoire peu banale : écrite par le dramaturge allemand Paul Wedekind entre 1892 et 1894, cette œuvre en deux parties ne verra le jour sur scène que près d’un siècle plus tard, en 1988 à Hambourg (bien après toutefois son remaniement par Alban Berg dans l’opéra éponyme). Cette mise en scène baroque et décalée de Paul Desveaux marque donc le trentième anniversaire de la « carrière » de ce spectacle un peu à part. Parce que l’histoire a toujours, même à notre époque, ce parfum de scandale qui est sa marque de fabrique.

Lulu, c’est en effet l’histoire d’une femme fatale ayant découvert le sexe trop jeune et d’une manière anormale, initiée par son propre père, et qui va devenir une veuve noire, avec 4 maris successifs. Avec chaque fois une mort relevant d’un apparent hasard ou par suicide. Jusqu’à celle de Schön, l’homme qu’elle aura mis le plus de temps à convaincre de renoncer à sa fiancée pour elle, et qu’elle va tuer avec le pistolet dont il la menaçait en l’ayant surprise avec un autre en son absence. Ce meurtre la conduira en prison s’où elle s’évadera, ouvrant sur la deuxième partie de la pièce au cours de laquelle elle s’enfuira de prison puis d’Allemagne pour gagner Londres en compagnie d’Alwa, le fils du médecin et désormais son nouvel amoureux. Elle y perdra ce qui lui reste de fortune pour échapper à une dénonciation, pour finir par se prostituer afin de se nourrir, elle, son père et le jeune Alwa.

Anne Cressent est exceptionnelle dans le rôle de Lulu et elle donne corps durant plus de 3 heures (avec entracte rassurez-vous) à ce caractère à la fois passionné et déterminé, dur et fragile, féminin et parfois très infantile, tantôt diva capricieuse, tantôt ardue au travail. Elle incarne avec talent cette femme mystérieuse, tout aussi courageuse que manipulatrice. Dans cette adaptation, Paul Desveaux fait le choix de gommer dans la première partie le côté à la fois cruel et sordide du passé de Lulu bien plus mis en avant dans de précédentes adaptations au profit d’une esthétique de cabaret élégant. On la voit tour à tour déguisée en pierrot espiègle et sûre d’elle dans une séance photo avant d’épouser le photographe, en peignoir élégant ou minaudant dans son costume de danseuse rose à paillettes. Celui-là même dans lequel elle fera connaissance de l’acrobate (étonnant et surdoué Jonas Leclère), le même qui la fera chanter bien plus tard.

Cette légèreté assumée tranche d’autant plus avec la deuxième partie, où l’atmosphère se révèle particulièrement sombre et lourde pour mener à la fin tragique de la splendeur de cette femme obligée de faire le trottoir pour survivre, et s’accrochant à chacun de ses clients pour en obtenir un peu de l’affection qu’elle ne reçoit plus depuis longtemps. Les dix comédiens qui accompagnent cette héroïne atypique et les trois musiciens présents sur le plateau sont tous exceptionnels de justesse et mis en valeur par les fabuleux costumes conçus par Alexia Crisp-Jones et Irène Bernaud. Tous ces talents permettent au temps de passer extrêmement vite et de rendre trépidant le suspense de cette histoire qui paraît moins sombre qu’elle ne l’est vraiment. Une adaptation d’une fabuleuse esthétique et d’une qualité rare.

Plus d’infos :

  • Lulu, jusqu’au 19 janvier 2018, le mardi et le vendredi à 20h, le mercredi, le jeudi et le samedi à 19h30
  • Théâtre 71 Scène Nationale, 3 Place du 11 Novembre, 92240 Malakoff
  • http://www.theatre71.com/Lulu.html

 

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Une Réponse to “Lulu”

  1. Cat 15 janvier 2018 à 21:54 #

    Intéressant. Je ne connaissais pas. 3h la pièce est longue…

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