T-Rex

6 Fév

Copyright Armand Luciani

Crédits photo : Armand Luciani

 

Les sujets liés au travail ont de très longue date intéressé les dramaturges, et pendant très longtemps sous un angle soit très caricatural, soit sous celui un peu binaire de la confrontation ouvriers-patrons, avec là aussi des raccourcis souvent faciles. Depuis quelques années, accompagnant un mouvement de transformation profond de l’ensemble du monde du travail, les angles se diversifient pour montrer des situations plus proches du réel, sous un angle tantôt comique tantôt dramatique. Certes comme pour tout art vivant, certains essais peuvent être qualifiés de loupés, mais globalement la qualité est au rendez-vous. Et avec sa pièce T-Rex, Alexandre Oppecini, son auteur et interprète, se situe indéniablement du bon côté de la balance.

L’histoire est celle d’Alexandre, un jeune cadre de banque, travaillant en back-office de salle de marché sur les logiciels permettant d’assurer le bon fonctionnement des opérations financières, dont le manager se suicide et qui se retrouve soudainement propulsé à sa place un mois pile avant la date butoir de migration vers le nouveau système d’information. Et qui, souhaitant se montrer à la hauteur des responsabilités qui lui sont confiées et gagner ses galons de manager, va s’impliquer au-delà de ses capacités et entrer ainsi dans une spirale infernale dont on pressent dès le départ qu’elle risque d’avoir une voire plusieurs issues malheureuses. Les quelques heures de sommeil qu’il s’octroie sont elles aussi parasitées par des cauchemars au cours desquels surgit le T-Rex, la même créatrice destructrice qui le faisait se réveiller la nuit lorsqu’il était enfant, métaphore du sentiment de menace d’être broyé qu’il ressent au quotidien de façon de plus en plus prégnante à mesure que le jour de la migration approche.

Au fur et à mesure de la pièce, on découvre avec lui l’apprentissage de l’encadrement et des stratégies plus ou moins fructueuses et aussi plus ou moins borderline pour inciter chacun à la coopération. On rigole (un peu jaune c’est vrai) de la N+2 hystérique qui harcèle Alexandre au téléphone et de la gestion de la motivation par la carotte dont l’on sait qu’elle s’évaporera en fin de mission. Et puis, naturellement, on s’interroge sur la transformation que la surcharge de travail entraîne dans la vie familiale et sentimentale de ce cadre, sur l’irascibilité attenante à ce rapide glissement vers le burn-out et sur l’incapacité à prendre du recul qu’entraîne parfois – voire souvent – la course aux délais qui est souvent la nôtre.

Le tour de force de T-Rex est de réussir à mêler la dimension dramatique et le rire pour aborder ce sujet en vogue avec profondeur mais sans pathos excessif. Et le travail d’écriture et sans doute de documentation préalable témoigne du souhait de retranscrire ce monde de cadre « dinosauresques » avec le plus de réalisme possible. La mise en scène précise de Marie Guibourt et l’investissement du comédien en font une jolie réussite.

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