Affaires courantes

11 Fév

Affaires Courantes 19

 

Affaires courantes fait partie de ces spectacles que l’on va voir par curiosité, parce qu’on est vaguement attiré par le sujet, et dont on ressort avec le sentiment qu’on n’aurait surtout pas voulu manquer. La pièce met en avant le milliardaire Achille Harley de Thou, PDG de l’entreprise AHdT, l’un des leaders de « l’essuyage industriel ». Secteur d’activité on l’imagine sujet à quolibets mais non moins extrêmement prospère.

La fortune ne faisant apparemment pas en soi le bonheur, Achille utilise son argent pour jouer avec toutes les personnes qu’il rencontre, en testant leurs limites face aux grosses sommes qu’il est prêt à leur verser pour obtenir une partie de ce qu’ils ont ou de ce qu’ils sont. Tout comme il joue à faire grossir encore et toujours son empire industriel, n’hésitant pas à mentir à ses salariés aux emplois menacés par les prochaines opérations de croissance externe.

En tant qu’homme aussi brillant qu’exigeant, vivant des lois de l’économie, il se voit confronté au fait que sa satisfaction résiduelle augmente au fur et à mesure qu’il tente de repousser les limites qu’il a déjà franchies. Sa soif de conquête le mènera ainsi à acheter une maison beaucoup plus que sa valeur en en faisant partir les occupants en 24h, à jouer un jeu dangereux avec sa psychanalyste, à faire le show en mégalomane lors des grands meetings de sa société… tout en constatant le vide abyssal qui se creuse en lui après chacune de ses expériences.

Le texte de Xavier-Valéry Gauthier est extrêmement bien construit, témoignant à la fois d’une solide connaissance du monde de l’industrie acquise dans sa première vie professionnelle (celle avant de choisir le théâtre) et d’une sensibilité très juste aux beautés et aux laideurs de l’âme humaine. Comportant autant de gravité que d’humour, la pièce tient en haleine de la première à la dernière minute, et s’est vue récompenser en 1995 par le prix Léopold-Bellan.

Brontis Jorodowsky, comédien plus que chevronné et expérimenté, rayonne dans ce rôle qui paraît taillé pour son talent mieux encore que le costume qu’il porte pour incarner ce patron à la fois sympathique et détestable. Il est entouré par une troupe d’excellents comédiens, en particulier Juliette Croizat dans le rôle de cette psy se soumettant à tous ses désirs tout en conservant finalement une part de pouvoir, ainsi que Christophe Labas-Lafite, très crédible dans son rôle de délégué du personnel berné par un patron plus habile que lui n’est fervent militant syndical. La mise en scène habile de Xavier-Valéry Gauthier et Diane Calma, les jeux de lumière et de vidéo et le stratagème habile et rapide trouvé pour les changements de décors renforcent encore la portée de cette histoire rythmée et pleine de rebondissements. Un coup de cœur à ne pas manquer pour ceux qui ont la possibilité de se rendre dans le charmant et accueillant petit théâtre de Belleville.

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