L’abattage rituel de Gorge Mastromas

2 Mar

gorge mastromas

 

Si je devais décrire « l’abattage rituel de Gorge Mastromas » en une phrase, je dirais que « c’est complètement barré et cynique et c’est ce que j’ai adoré ». Il se trouve que j’ai plutôt tendance à trop écrire que pas assez et que donc, je ne me contenterai pas d’une seule phrase. Mais c’est la fin de la semaine, vous êtes sans doute fatigués, et vous pouvez donc si vous le souhaitez vous contenter de cela pour décider d’aller ou non voir cette pièce.

Pour les plus courageux qui souhaitent en savoir plus, le rideau s’ouvre donc sur 6 personnages en pantalon et vestes noirs avec des masques d’animaux avec à leur pieds un homme nu en position fœtale (que les âmes prudes se rassurent, il utilise un t-shirt en guise de feuille de vigne, l’honneur est donc sauf et tant pis pour les âmes non prudes) qui donnent tout de suite le ton : à savoir que ce spectacle ne s’adresse pas aux amateurs exclusifs de classiques joués en costume d’époque (ndlr : je peux aussi prendre beaucoup de plaisir à voir des classiques joués en costume d’époque, simplement pas exclusivement). Dans une alternance très rythmée, ces 6 magnifiques comédiens qui ne ménagent pas leur énergie, vont nous raconter l’enfance et la jeunesse de Gorge Mastromas. A savoir celui d’un garçon puis d’un jeune homme sans histoire qui s’empêche de vivre par loyauté aux autres et aux « bons principes ». Avec cette question systématiquement posée lors de chacun de ces choix qui le ramènent à la case départ de ses vélléités d’ascension : courage ou lâcheté ?

Au cours de ce récit, Gorge Mastromas (rhabillé) s’anime tout en restant dans un jeu non verbal et l’on commence à découvrir cet homme touchant mais trop lisse, restant fidèle à son ami de primaire même lorsque celui-ci devant bouc émissaire, ne cédant pas à la fille de ses rêves parce qu’il sort avec une autre, renonçant à son premier grand amour parce qu’il a passé une nuit avec une autre. Jusqu’au jour où tout bascule : modeste employé dans une entreprise familiale centenaire en mauvaise passe, la présidente du groupe souhaitant racheter lui fait miroiter une généreuse récompense s’il conseille au patron dépassé de vendre.

Cette décision transformera le cours de sa vie, le propulsant très rapidement à la tête d’un empire économique dont il n’aurait jamais pu rêver, et grâce auquel il apprend que tout s’achète. Enfin presque tout : Louisa, l’une de ses collaboratrices, résiste à son amour éperdu. Et pour la conquérir, tous les moyens seront bons, surtout les plus mensongers et les plus manipulatoires. Du jeune garçon effacé et intègre qu’il était, il finira par ne plus rien subsister, et surtout pas le plus petit atome de scrupule pour se débarrasser de ses « problèmes ». Néanmoins, à toujours s’élever, l’on risque toujours plus intensément de retomber. Et pour éviter la chute, l’argent ne suffit pas toujours…

Comme à son habitude, le dramaturge contemporain Dennis Kelly nous livre un texte à la fois féroce et plein de nuances, qui sous ses airs d’humour noir est plus efficace que beaucoup de plaidoyers académiques pour faire réfléchir le public. Yannick Laurent est exceptionnel dans ce rôle qui l’amène véritablement à incarner la folie, soutenu par des acteurs tous très à l’écoute les uns des autres (Amélie Manet, Marie-Caroline Le Garrec, Adrien Guitton, Geoffrey Couët, Marion Feugère et José Corpas) dans une pièce qui donne véritablement la chair de poule et d’où l’on ne ressort pas indemne, mais qu’il serait dommage de ne pas découvrir.

Plus d’infos :

  • L’abattage rituel de Gorge Mastromas, jusqu’au 11 avril 2018, les mardis, mercredis et samedis à 21h et le dimanche à 17h
  • Studio Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris
  • https://www.studiohebertot.com/mastromas

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