Harold et Maude

10 Mar

harold et Maude

Crédits photo : Fabrice Robin

 

Très loin des discours sur la génération Z, ce sont plutôt les plus de 40 ans et les cinéphiles vraiment passionnés ou un peu vintage de moins de 40 ans qui se souviendront avec émotion de ce film de 1972, contant la rencontre entre un jeune homme de 20 ans fasciné par la mort et une femme légèrement moins jeune de 79 ans passionnée par la vie. Son scénariste Colin Higgins avait dans la foulée réécrit cette histoire en version théâtrale. Jean-Claude Carrière l’a adaptée au français en 1973 et ce petit bijou a depuis connu quelques reprises. Dont celle actuellement présentée par la compagnie du Théâtre de l’Arc en Ciel au Théâtre de l’Epée de Bois.

L’on y découvre donc, lors de l’ouverture, le jeune Harold Chaesen procédant à l’une de ses très nombreuses mises en scène de suicide, exécutées dans le but d’attirer ne serait-ce qu’une seconde l’attention de sa mère, une veuve bourgeoise blasée et légèrement égocentrique, plus préoccupée par sa manucure à venir que par les démonstrations de son fils. Si elle a cessé de prêter le moindre crédit à ces jeux macabres, elle n’en demeure pas moins désireuse de voir Harold cesser ses étranges pitreries, et surtout convoler avec une jeune femme. Aussi le fait-elle suivre régulièrement par son ami médecin pour tenter de le convaincre de se mettre à des loisirs plus « normaux » et l’inscrit-elle dans une agence matrimoniale, sans réelle conviction mais avec tout de même l’espoir qu’il puisse faire bonne impression. Sans grande surprise, le jeune homme ne sera pas très coopératif lors de ces rendez-vous avec des femmes, qui, disons-le, s’avèreront à leur manière tout aussi atypiques et marginales que lui.

Entre temps, sa vie commencera toutefois à être chamboulée par l’arrivée de la fameuse Maude. Se rendant à un enterrement d’inconnu, l’un de ses autres loisirs favoris, il se fait ainsi aborder par cette vieille dame haute en couleurs (y compris dans son habillement) qui commencera inévitablement par l’agacer avec sa joie de vivre et son sens du partage. Il n’est d’ailleurs pas le seul à être déstabilisée par cette femme pas comme les autres, le prêtre souhaitant aussi voir partir cette hurluberlue dégustant des cacahuètes dans son église, arguments sur le souhait divin de voir les hommes s’épanouir dans sa maison à l’appui. Cherchant à la fuir, il la recroisera toutefois quelque temps plus tard au cimetière, lors d’une inhumation toujours célébré par le même prêtre. Elle vient y planter un arbre volé en ville et devant le refus du gardien du cimetière, entraînera Harold malgré lui et empruntera la voiture du prêtre pour aller en forêt.

De ce moment naîtra une amitié touchante entre cette femme ayant traversé les épreuves de la vie sans se départir une seconde de son sourire et de son optimisme et cet enfant gâté aux allures sombres et en quête d’affection. Découvrant son logement de bric et de broc mais plein d’inventivité, il se laissera touché par l’humanité de cette femme dont le corps a vieilli mais donc l’esprit a toujours 20 ans, lui qui est aux antipodes. Et lorsque l’inspecteur de police agacé depuis de nombreuses années par ses frasques bien intentionnées mais contraires au fameux ordre public trouvera le moyen de saisir ses biens et de l’expulser, Harold fera tout pour voler à son secours. Mû par des sentiments non entièrement platoniques que ses rendez-vous de l’agence matrimoniale sont loin de lui avoir fait éprouver.

Cette pièce nous entraîne dans un tourbillon de moments tour à tour drôles, poétiques et émouvants, où l’émotion est là à chaque instant. Le décor modulable conçu par les Ateliers des Forges est une réussite, de même que la mise en scène très dynamique de Jean-Denis Monory. Sans citer tous les comédiens, ils nous livrent tous une interprétation très généreuse, Léo Pochat (Harold) et Iris Aguettant (Maude) naturellement plus encore que les autres. Si la pièce fait réfléchir et contient son lot de moments durs, elle fait avant tout sourire, célébrant la vie et tout ce qu’elle contient de beau. Et l’on en ressort un peu galvanisé, avec l’envie de transmettre cette joie communicative.

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