Providence

12 Avr

providence

 

 

Assister à une première est toujours à la fois excitant et complexe. Parce que la première, tout comme la dernière, sont très différentes de toutes les autres représentations. La première parce que les comédiens se confrontent pour la première fois à un public, et aussi parce que généralement, la règle veut qu’il reste encore des détails à régler (par expérience, on n’a jamais assez de temps pour répéter et tout mettre au point avant cette fameuse date butoir). Et la dernière pour des raisons très différentes de nostalgie déjà présente de laisser derrière soi une jolie aventure. S’agissant de Providence, j’étais donc présente lors de ce « point zéro » du spectacle. Qui s’accorde bien avec le sujet puisqu’il y est question du fameux « ground zero », autrement dit du jour où les tristement célèbres twin towers se sont effondrées avec ce dramatique acte terroriste.

Si l’on a souvent évoqué cette date sous l’angle du tragique, le dramaturge Neil Labute a choisi de raconter une autre histoire : celle d’un homme qui envisage de saisir l’opportunité de sa disparition supposée pour changer de vie, en quittant sa femme et ses filles pour partir avec sa maîtresse (et écrire une nouvelle page de leur existence loin du tumulte new-yorkais. Parce que ce fameux matin, il était avec elle et en retard pour son rendez-vous dans ces tours. Depuis, il vit retranché dans son appartement, afin de ne risquer de croiser personne pouvant mettre à mal son plan.

Seulement, sa maîtresse, qui est accessoirement sa supérieure hiérarchique, s’interroge sur ce virage, et sur le fait de tout quitter. Dans ce huis clos, on voit donc deux visions s’affronter, deux résistances devrait-on plutôt dire : celle d’une femme qui souhaite disposer de son amant en toute transparence, et celle d’un homme qui veut disparaître et filtre tous les appels reçus de sa femme et de ses filles depuis deux jours. Le point intéressant, c’est qu’on prend parti tour à tour pour puis contre chacun des deux protagonistes. Parce que tous deux sont ambivalents. Parce que tous deux en demandent beaucoup à l’autre et luttent pour limiter les concessions à leur amour que lui-même fera. Parce que tout bonnement, ils sont humains, avec tout ce que cette caractéristique implique de grandeur et de bassesse.

Première oblige, le face à face met un peu de temps à démarrer. Et puis, progressivement, au fur et à mesure de ces échanges existentiels, l’alchimie prend, cette dynamique des aimants que les deux comédiens ont su créer. Xavier Gallais entre dans le costume de son personnage (lequel a justement tombé son costume de businessman) tour à tour infantile, persuasif ou sensible. Et Marie-Christine Letort est exceptionnelle dans ce personnage de femme à la fois profondément amoureuse et déterminée, et tout aussi fragile et en quête d’un amour vécu au grand jour. La dernière partie de la pièce est d’une intensité émotionnelle extrêmement forte, qui augure d’un bel avenir pour la deuxième et les suivantes.

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