Lettre à une femme cruelle

19 Juin

cruelle

 

Chère Madame,

Je m’autorise à vous adresser cette missive suite à des agissements graves de votre part ayant profondément nui à mon intégrité et à ma sérénité. Compte tenu de notre passif, je préfère employer le vouvoiement qui convient mieux à la distance qui s’est établie entre nous au cours des dernières semaines. Lorsque je vous ai connue, j’étais jeune et fringant, plein d’enthousiasme et de potentialités. J’avoue avoir été en premier lieu flatté que vous vous intéressiez à moi. Vous sembliez souriante et sympathique, et la lueur d’enthousiasme que je voyais dans vos yeux m’a semblé prometteuse. Aussi me suis-je laissé entraîner par votre enthousiasme communicatif et ai-je fait en sorte de me montrer sous mon meilleur jour pour que cet attrait que je semblais exercer sur vous se concrétise et que vous me choisissiez.

Cette rencontre m’a parue magique et j’ai été charmé par l’audace dont vous avez fait preuve en me conviant à votre domicile dès notre première rencontre. C’est hélas également ce même jour que les choses ont commencé à se gâter. Tout d’abord, voulant sans doute jouer sur les mots s’agissant du verre que nous devions prendre dans votre salon, vous m’avez en effet offert de quoi me désaltérer. Mais ma déception a été grande lorsque, au lieu d’un digestif, je me suis vu offrir une simple eau minérale. Qui plus est dans une bouteille en plastique.

Passant outre ce désagrément et après une première soirée malgré tout agréable où vous avez été aux petits soins pour moi, vantant la douceur de mon enveloppe extérieure et ma souplesse, vous intéressant à tout ce que je savais faire et ce que j’avais à offrir, je m’engageais immédiatement dans une relation exclusive avec vous et, après avoir beaucoup voyagé sans jamais vraiment me poser, j’emménageais aussitôt à votre domicile, suffisamment confiant pour faire preuve de cette audace, après que vous m’ayez donné vos clés avec la même confiance. Je vous suivais partout où vous jugiez bon que je vous accompagne, sentant qu’avec vous, je vivrais une vie pleine d’aventure. Je passais même outre le fait que vous requériez ma présence dans des lieux aussi peu enthousiasmants que le supermarché ou le service de l’état civil pour refaire vos papiers. Les sorties au cinéma, les soirées animées dans les bars ou au restaurant, les week-ends par monts et par vaux compensaient ces désagréments. J’étais également flatté que vous m’ayez présenté si rapidement à vos amis.

Et puis, les petits ennuis ont commencé à s’accumuler. D’abord, à cause de vous, je me suis incroyablement alourdi, j’ai vu ma peau auparavant ferme et bien tannée se distendre. Les attentions que vous aviez à mon égard se sont atténués. Souvent, à peine rentrés vous me laissiez dans un coin sans même me regarder. Vous empruntiez mes clés et mes cartes de fidélité. Et, sans que j’y prenne garde, vous avez subtilisé de plus en plus fréquemment ma carte de crédit que je prenais pourtant grand soin de ranger discrètement.

Vous vous êtes également mise à sortir éhontément mon smartphone de ma poche à tout moment, y compris dans les transports en commun, et à consulter tous les messages, ainsi que les jeux et les vidéos qui s’y trouvaient. Mais le pire a été que, tout en me dépossédant de tous ces éléments, c’est finalement vous qui m’avez trompé. Je n’ai pas immédiatement compris ce qui se passait, puisque certes vous me laissiez seul certains soirs de semaine, mais je bénéficiais encore de l’exclusivité de vos week-ends. Et puis est venue cette période terrible où malgré mes interrogations, je ne vous ai plus vue pendant 2 semaines d’affilée. A la suite desquelles vous êtes rentrée accompagnée par un autre, que vous regardiez avec les mêmes yeux que vous aviez pour moi quelques mois auparavant.

Je me suis donc retrouvé en l’espace d’à peine un instant plus seul que jamais, chassé de chez vous sans sommation et sans nulle part où aller. J’ai heureusement, dans mon malheur, eu la chance qu’une de vos voisines, me voyant ainsi éploré en bas de chez vous, me recueille chez elle. Mes blessures sont cependant encore vives et je compte bien faire savoir à toutes les personnes de votre entourage que j’aurai l’occasion de croiser, à commencer par celui qui m’a succédé, quelle personne insensible et profiteuse vous avez été. Je vous souhaite d’être abandonnée aussi lâchement et brutalement à votre tour.

Votre ancien Sac à Main

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